Cela se déroulera à l’espace Thierry-la-Fronde à Janville en Beauce le samedi 14 février 2026 à 15h30. Une expo, réalisée localement par Monsieur Delangle, sera présentée à cette occasion. Elle relate la période de l’occupation, de la Résistance et de la Libération de Janville et ses environs.

Le film du CEDREL, d’une durée de 1h30 et intitulé “Résister en Eure et Loir” sera projeté dans la belle salle commune du village. Outre l’expo et le film des échanges sont prévus avec les spectateurs sur cette période. des livres avec dédicaces possibles seront présentés par le réalisateur du documentaire, également auteur spécialisé sur la résistance locale.

C’est gratuit, Venez nombreux.

Cette ville située dans les fameuses Poches de l’Atlantique sera détruite à 90 % par les bombardiers alliés causant plus de 400 morts et des centaines de blessés civils en janvier 1945.

Le général américain ROYCE considérait que les plus de 2000 civils habitant de Royan n’étaient que des “collabos”, argument utilisé pour détruire la ville alors que l’Armée Française reconstituée du Général De Larminat avait fortement exigé d’éviter la ville.

Finalement seuls 47 permissionnaires allemands furent tués dans ce bombardement, les milliers d’autres étant à l’abri dans des centaines de blockhaus.

Ce lien permet de visionner le documentaire sur ce sujet : https://www.publicsenat.fr/emission/documentaire/1945-royan-sous-les-bombes-alliees-e0

Château de Baronville, Béville le Comte, le 5 novembre 2025.

La vidéo reprend le reportage du CEDREL sur Simone Ségouin et la fin du documentaire “Résister en Eure et Loir” sur la libération du département par l’Armée de Patton.

Lire la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=eTR6IskAemo

Avant-Propos du livre :

“85 années se sont écoulées depuis la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne d’Adolf Hitler.

Comment le traumatisme résultant de ce conflit a-t-il été vécu dans la France rurale de 1940-44 dont le département d’Eure et Loir faisait partie ? Quels souvenirs, quelles anecdotes ont traversées ces années pour forger la petite histoire locale et la confronter à l’Histoire ?

Les grands auteurs et historiens spécialisés ont développé leurs analyses sur la seconde guerre mondiale au long de centaines de publications, mais le ressenti des « gens de la terre » a été souvent négligé dans la grande Histoire.

En 1939, l’armée française, sûre d’elle-même comme première du monde, allait conduire cette guerre en reproduisant la stratégie des tranchées qui avait donné la victoire de 1918.

Immobilisme dans la ligne Maginot pour attendre une offensive allemande qui se briserait sur de puissantes installations défensives, voilà quel était le message qui arrivait jusque dans le plus petit village du pays.

Les moissons étant faites au moment de l’entrée en guerre, les gens de la terre pouvaient partir, rassurés, pour quelques semaines ou quelques mois. Tous étaient persuadés d’être de retour à la ferme pour Noël afin de préparer la prochaine saison agricole.

L’adversaire nazi opposera la guerre éclair (Blitzkrieg) alliant mobilité terrestre et couverture aérienne pour déborder et finalement enfermer les bataillons français dans une nasse sans issue.

Le choc est immense, notamment dans les campagnes. La guerre est perdue et les hommes de la terre sont prisonniers pour longtemps. C’est l’avenir même de la société rurale, en Eure et Loir comme ailleurs, qui est devenu subitement incertain.

La société se délite progressivement avec l’invasion des troupes allemandes, précédées des rumeurs les plus sanglantes, rumeurs propagées par le flot de réfugiés belges et français du nord qui déferle sur Chartres et le département.

Alors que Jean Moulin, préfet nommé récemment à Chartres, tente vainement d’endiguer la fuite massive et éperdue des euréliens vers la Loire, plus rien ne s’oppose à l’avancée allemande malgré les combats héroïques des soldats coloniaux du 26 ème régiment de tirailleurs sénégalais.

Commencent alors, les quatre années noires de l’Occupation allemande.

Cette période, fortement documentée au plan national au travers du parcours des élites, peine à relater la réalité sociale de la vie rurale confrontée à des bouleversements inconnus. Comment les populations locales ont-elles réagi ? Des clivages nouveaux sont-ils apparus ? Et que dire de l’espoir de retrouver la liberté ?

Cet ouvrage, en donnant la parole aux maires au plus proche du terrain, est une belle opportunité de compléter, voire de découvrir, l’Histoire telle qu’elle se constitue au travers des populations, y compris en intégrant toutes les contradictions.

85 années après, les derniers témoins directs ont disparu et avec eux la mémoire issue de leurs souvenirs. Comment dès lors transmettre ces mémoires qui s’effilochent génération après génération ?

Réunir les faits attestés, les témoignages, les documents et les lieux pour tenter de reconstituer une mémoire collective passe obligatoirement par la confrontation avec la « grande histoire ». La simple lecture d’un monument aux morts est une source méritant un peu de recherches. Qui étaient ces défunts et quels parcours ont-ils suivi pour que leurs noms apparaissent ainsi au cœur du village ?

Le temps est venu de passer de la multitude des mémoires accumulées, en évitant soigneusement le piège de l’anachronisme, à la confrontation avec l’Histoire.

Cet « annuaire départemental » devient alors une source précieuse pour comprendre ce qui s’est déroulé ici : l’exode, les bombardements, les arrestations, la disparition des juifs, le marché noir, la collaboration, les fusillés, les aviateurs tombés, les premiers combats de la résistance naissante et, enfin, la libération avec ces GI distribuant les premiers chewing-gums.

Tout cela ne peut être détaillé dans un seul ouvrage certes, mais ce livre est aussi un appel à connaitre et à compléter les faits décrits afin que la transmission des mémoires et de leur contexte alimente une recherche exigeante sur ce que furent ces années noires en Eure et Loir.

Connaitre le passé et ses vicissitudes, permettra peut-être de mieux comprendre l’avenir qui se présente aujourd’hui avec les bruits proches de la guerre qui pointe de nouveau à l’Est de l’Europe.

Albert HUDE

Président du CEDREL”

Cet Avant-Propos figure dans ce livre qui contient près de 300 contributions rédigées par les élus(es) municipaux. Des textes qui révèlent la richesse des informations recueillies au plus près des habitants(es).

Sollicité par l’équipe du sénateur Albéric de Montgolfier, le CEDREL s’est limité à enrichir les propos des maires sans les déformer. Chaque ajout est signalé dans la page concernée.

Compte tenu de l’ampleur de l’intérêt des élus(es) pour cet ouvrage, ampleur qui s’est manifestée par la présence de plus de 500 élus et adjoints lors de la présentation du livre à Béville le Comte le 5 novembre 2025, une nouvelle édition est tout à fait envisageable ce qui permettrait d’y inclure les textes manquants sur quelques dizaines de communes.

Par ailleurs, ce site contient une courte vidéo sur la période 1940-44 telle qu’elle a été projetée lors de cette soirée de présentation du livre (Page Documents puis Vidéos).

Tous droits réservés.

A DREUX et VERNOUILLET :

Dans le cadre des commémorations de la fin de la première guerre mondiale le 11 novembre 2025, plusieurs initiatives ont été mises en place sur 9 écoles de ces deux villes d’Eure et Loir : déplacement de certains écoliers sur Paris pour assister au ravivage de la flamme du soldat inconnu et manifestations locales du souvenir coordonnées par le Souvenir Français.

Le CEDREL a été sollicité par les organisateurs pour présenter, durant une heure, l’année 1940 et Jean Moulin, préfet d’Eure et Loir lors de l’invasion allemande, aux élèves de CM2.

Une présentation orale appuyée par des panneaux de photographies d’époque a suscité curiosité et questions des élèves de 11-12 ans. Se plonger dans la société rurale, habiter en ferme, participer aux menus travaux avant de rejoindre l’école du village ne fût pas évident pour des enfants habitués à la vie d’aujourd’hui avec TV et téléphones mobiles…

En fin de session, une petite reproduction du portrait de Jean Moulin a été distribuée à chaque enfant.

Programme à renouveler ont souhaité les enseignantes.

Courville sur Eure 30 août 2025

Discours inaugural de Frederic Hallouin, adjoint au maire de Courville sur Eure et membre du bureau du CEDREL

Mesdames Messieurs les élus, Mesdames Messieurs représentant les forces armées et les corps constitués, messieurs les porte-drapeaux, chères courvilloises, cher courvillois, Mesdames, Messieurs, Courvillois de cœur :

Dans notre belle commune, comme vous venez de le constater au fil de ces inaugurations nous œuvrons pour le bien-être de nos concitoyens, et celles des générations futures. Mais nous n’oublions pas ceux qui nous ont précédé, ceux qui nous ont permis en ce jour de nous retrouver en toute liberté.

Retracer le parcours du général Philippe de Hautecloque dit Leclerc et de sa 2e DB en quelques minutes est une gageure tant le destin et l’aura de l’un et l’épopée de l’autre sont riche et indissociable.

 Le 28 mai 1940 la 4e DI à laquelle il appartient est encerclée dans la ville de Lille, il s’échappe en traversant les lignes allemandes. Refusant la défaite, il rejoint le Général de Gaulle à Londres pour poursuivre le combat. Chargé par celui-ci de rallier l’empire colonial français, il s’acquittera de cette tache en rattachant le Cameroun et la Gabon à la France libre. Nommé commandant militaire du Tchad, il s’empare de l’Oasis de Koufra tenu par l’armée italienne. Première victoire française qui devient l’élément fondateur de son destin en y déclarant devant ses camarades de combat ce qui deviendra le serment de Koufra : « jurons de ne déposer les armes que lorsque nos belles couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». La campagne de Tunisie conclue la reconquête de l’Afrique sur les forces de l’axe. La 2e DFL qu’il commande est transformée en 2e DB. Sa tache est de la constituer de l’équiper et de l’entrainer et d’en faire le symbole de l’unité nationale.

Français libre de la première heure, soldats de l’armée d’Afrique fraichement passé dans le camp gaulliste, évadés de France et engagés volontaires la constitueront. De fait la fusion n’en sera pas facile. L’insigne de de la division prend deux symboles forts la croix de lorraine posé sur la carte de France symbolisant les origines des hommes la composant. Il dira plus tard « la constitution de la 2e DB fut ma plus belle victoire ».

Le 10 avril 1944 elle embarque pour l’Angleterre. Le 3 juillet les unités reçoivent leurs étendards et drapeaux. Rattachée à la 3e Armée américaine commandé par le général Patton, elle est techniquement prête et attend avec impatience de participer aux combats en France. Le 1er aout Le G Leclerc débarque à Utah Beach sur la plage de St Martin de Varreville.

Le 10 aout elle entre dans la bataille et est engagée dans les combats visant à fermer la poche de Falaise. Premiers combats et premières pertes.

Le 12 Le général Leclerc est à Alençon. A l’avant-garde de l’armée américaine, ignorant les ordres, il fonce et bouscule deux divisions blindées ennemis. Le 13 il est à Argentan.

Le 14 aout la 3e armée du Général Patton reprend son avance vers le bassin parisien à partir de le Mans. L’armée allemande n’a plus les moyens d’arrêter le déferlement de celle-ci, elle ne peut que la freiner afin de permettre le repli de ses unités en retraite. Suivant cette tactique elle positionne un groupe de combat au bout de cette rue armé de canons antichar, mortier et mitrailleuses. Les éléments de l’avant-garde la 7e AD se présentent devant notre commune arrivant de St Denis des puits en début de soirée. Cette division blindée fraichement débarqué était encore quelques semaines plus tôt aux états unis et n’a pas encore subit l’épreuve du feu. La section de reconnaissance du 23 AIB est aussitôt pris sous le feu des armes allemandes. Le lieutenant James Gomer commandant celle-ci est tué. Natif du Missouri, il s’engage en novembre 1942 en tant que soldat de première classe. Gravissant les échelons il est first leutnant lors de l’engagement de son unité en France. Marié à Edna il était père, de jumelles qui avaient 6 mois au moment de son décès. Il avait 23 ans.

L’artillerie américaine réplique en envoyant 20 obus de 105 mm sur le secteur où nous nous trouvons. Un soldat allemand perd la vie dans ce bombardement. La nuit tombé, l’unité allemande évacue la ville, non sans avoir fait sauter les ponts enjambant l’Eure. Nos libérateurs entreront le lendemain 15 aout en tout début de matinée.

La bataille de Normandie se termine par la fermeture de la poche de Chambois, et la 2e DB est mise au repos mais tous les esprits sont tournés vers Paris. L’ordre tant attendu de faire mouvement vers la capitale arrive en toute fin de la journée du 22aout. Dans le courant de la nuit les convois commencent à se mouvoir. Les 3000 véhicules les constituant, oblige afin d’éviter la saturation du réseau routier de répartir leur déplacement sur deux itinéraires. le premier partant de Mortrée traverse les villes de Mortagne, Longny, Digny, Chateauneuf en Thymerais, Maintenon, Epernon, Rambouillet et se termine à Saint Cyr. Le deuxième partant de Boucé, Alençon, Mamers, Béllème, Nogent le Rotrou, Courville sur Eure Chartres Ablis, Limours, Saclay et se termine à Villacoublay.

Un point de ravitaillement en carburant est installé avant l’entrée de notre commune.

Habitué au passage incessant des convois de l’armée américaine les courvillois découvrent avec émotion et fierté des véhicules de combats américains conduits par des français.

Fernand Gastambide, Notaire honoraire et ancien maire, note les faits dont il est témoin tout au long de la guerre. A la date du 23 il écrit : L’armée française Colonne Général Leclerc défile Rue de Nantes. Leurs voitures portent les noms de 1914, Douaumont, Biraken, Mort Homme, Iena, ils étaient en voiture américaine ils portaient le calot. (il s’agit du 501eme régiment de char de combat, il est accompagné du 3e Bataillon du RMT, le R de Marche de spahi marocain, le RBFM, diverses unités de services et le 13e R du génie dont les dignes héritiers nous font l’honneur de leur présence. Celle-ci est pour moi d’autant plus symbolique que c’était le régiment de mon père et qu’il en gardé une grande fierté d’en avoir fait partie.

Nous aurons une pensée pour Rober Bizard qui fut maire de notre commune de 1983 à 1995. Chef de char au 12e régiment de chasseur d’Afrique, il ne fera pas parti de la montée sur la capitale ayant été blessé au cours des combats de Normandie. Il m’avait confié que son grand regret était de pas avoir participé à la libération de Paris.

Au milieu des rames de véhicules portant l’insigne à la croix de lorraine sur carte de France qui défilent à l’endroit où nous nous trouvons, vers 13H45 passe le général de Gaulle sous les acclamations des courvillois renseignés préalablement.

Le 24 la division combat dans la banlieue ouest de Paris avant pour y entrer le 25. Le 26 c’est le défilé triomphal sur les champs Elysées. 

L’avance continu vers l’Est les combats de d’Andelot et Baccarat modèles de manœuvre du cavalier qu’est le général Leclerc, l’auréole de la gloire qui rejaillit sur la 2e DB. Il déclarera « une de mes plus belle réussite ».

La campagne d’Alsace peut commencer avec en ligne de mire les clochers de la Cathédrale de Strasbourg. Elles se conclura par la charge sur Strasbourg modèle du genre. le 23 novembre le drapeau tricolore flotte au sommet du clocher de la cathédrale. Le serment de Koufra est tenu.

Mise au repos dans l’Indre, elle est engagée dans les combats des poches de l’Atlantique. Mais Les yeux des soldats de Leclerc sont tournés vers l’Allemagne l’objectif final qu’ils craignent de manquer. Finalement transféré en Allemagne la campagne se terminera avec panache le 4 mai 1945 par la conquête de Berchtesgaden et la prise du Berghof, la résidence bavaroise de Hitler.

Seul unité française engagée dans les combats de libération de l’ouest de la France la 2e DB tient une place à part dans la mémoire collective. Les journaux de l’époque l’ont porté aux nues la qualifiant de division Leclerc voire pour les plus dithyrambiques d’armée Leclerc. Mais au-delà de ces aspects journalistiques, il régnait dans cette grande unité, une cohésion, une solidarité et un esprit de corps qui se renforcera au fur et à mesure des combats. L’esprit de la 2e DB c’est celui de leur chef qui l’avait initié dès la création que ses subordonnés appelaient avec respect le patron.

Borne de la voie de la 2e DB tu rejoins tes sœurs euréliennes de Digny et Maintenon. Tu t’intercales dans le glorieux cheminement de St Martin de Varreville à Strasbourg. Tu n’es pas seul car ta cousine de la voie de la liberté marquant la ruée libératrice de la 3e armée du Général Patton est à tes côtés. Tu es la témoin que des ténèbres peut naitre l’espoir, que de la volonté et de l’abnégation des hommes peut revivre l’honneur et la liberté.

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22 novembre 2025 à 17 heures

La salle des Fêtes de la commune accueillera les habitants et les voisins des communes alentour pour cette projection gratuite du documentaire “Résister en Eure et Loir” en présence du réalisateur.

Ce sera l’occasion pour commenter les activités résistantes de plusieurs familles du village durant l’Occupation.

Les familles Leveau, Le Noc et Bichon seront à l’honneur pour leurs actes en solidarité avec le maquis de la Ferté Vidame installé à la Tuilerie abandonnée dans un petit bois situé justement entre les fermes de ces familles qui en assuraient la protection et la nourriture.

Le Général De Gaulle sort de la cathédrale, entouré des FFI commandés par Sinclair, derrière le général et aux cotés du préfet de la libération Chadel (23 aout 1944).

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Périodiquement, ce sujet revient dans les colonnes de l’Echo Républicain qui relate des prises de positions de particuliers, historiens divers et familles de soldats américains.

La thèse est toujours la même : c’est untel qui a “sauvé” (parfois “libéré”) la cathédrale de Chartres.

Ces affirmations, dont certaines sont absolument fantaisistes, sont rarement étayées par des faits dont les témoins ont pu rendre compte depuis aout 1944.

Or, si l’on dépasse le terrain de l’appropriation des faits historiques, on remarque que la logique militaire comme les témoignages de la libération par les FFI ne peuvent que contrecarrer ces prétentions.

Afin d’éclairer le débat, le CEDREL propose la lecture de plusieurs documents ci-après reproduits y compris les coupures de presse y afférentes.

Articles de l’Echo Républicain :

18 aout 2025

28 aout 2025

Les arguments militaires de l’HMCEL 28

Texte adressé le 12 aout 2019 au président du CEDREL par Yves Cusin, président

de l’Historial Militaire de Chartres et de l’Eure et Loir au sujet d’arguments militaires

relatifs à l’utilisation des tours de la Cathédrale de Chartres par les soldats allemands lors de la libération de la ville par les Américains.

     ….. des arguments plus militaires :

–          Le poids d’emport de munitions à monter dans les tours (environ 8 Kg pour 300 munitions).

–          Le poids de l’eau pour le tireur est important car nous sommes en aout.

–          Le poids d’un système de transmissions à l’époque (pas de smartphone ni autre).

–          Le fait que la ville médiévale vue du haut ne permet pas des vues ouvertes.

–          La distance de tir vue du haut : au moins 100 m de distance d’efficacité gâchée pour une distance de tir moyenne de 300 m.

–          Un objectif réduit car silhouette vue de dessus ou de travers.

Ces arguments militent pour l’ineptie d’y placer des observateurs et encore moins des tireurs, à une époque où le snipping n’est pas trop d’actualité. Ces soldats seraient de toute façon sacrifiés après ne pas avoir été utiles.

A ces arguments, j’avais rajouté ceux d’un artilleur (ce dont je suis) :

–          La tour gauche de la cathédrale est un point remarquable pour tirer aux alentours avec une batterie de tir d’artillerie (cf. utilisation de la carte du rapporteur et du point coté).

–          Tous les champs de batailles avant l’invention du G.P.S. (dont l’armée n’est pas utilisateur pour des questions stratégiques, lui préfèrent les plates formes inertielles) présentent au milieu des ruines les cathédrales intactes), on règle un tir à partir d’un transport de point remarquable.

–          Faire de l’observation sur des points éloignés alors que l’on maîtrise le champ de bataille est inutile.

On peut rajouter l’argument de protection des monuments auquel les américains avaient été sensibilisés.

Dernier point, dans tous les témoignages, il est fait état de balles qui tombent près des témoins, je répondrais simplement que dans tous les cas de figure, une balle tirée retombe par le phénomène naturel de la gravitation…. Autrement dénommé balle perdue. Il aurait été intéressant que les témoins ramassent le projectile afin de voir quel est son origine.

Pour information un fusil allemand courant, le Mauser 98K a une munition dont la hausse de combat est de 1 800 m (létale), donc en balle perdue, on peut penser que 2 500 m (non létale) est le maximum de sa balistique, alors évidemment cela laisse beaucoup d’approximation concernant le point d’origine des tirs.

Normalement, on se fie au son et non à l’émotion de l’instant, donc les tours étaient toutes désignées pour être le point de départ des coups de feu.

On peut penser que le phénomène du « brouillard de la guerre » a ajouté à la confusion.

  

L’étude du CEDREL appuyée par les témoignages

LES TOURS DE LA CATHEDRALE LORS DE LA LIBERATION DE CHARTRES

A la suite de l’article de Philippe Rousseau dans l’Echo républicain du 28 septembre 2015 relatant un épisode de la libération de la ville et mettant en valeur le rôle supposé d’ Airey Naves agent britannique de l’Intelligence Service il apparaît nécessaire de reprendre ces informations à la lumière des sources disponibles.

Selon Michel Robinson cet agent est présent « un soir » en aout 44 avec Jean de Blommaert. Il monte dans les tours pour empêcher un soldat américain de tirer sur les clochers au motif que des tireurs allemands sont embusqués. Après cette visite sans armes il redescend bredouille car il n’y a pas de tireur embusqué.

Qui sont Jean de Blommaert et Airey Naves ?

Airey Naves a été fait prisonnier en 40 et s’est évadé trois fois dont une fois de la dure forteresse de Colditz.

L’Intelligence Service décide de créer en zones occupées d’Europe un service chargé d’organiser et de gérer les récupérations d’aviateurs tombés lors de missions de bombardement. Ce sera le Military Information 9 ou MI 9 dans lequel est affecté Airey Naves instructeur des agents parachutés qui sont formés au renseignement. Dans cette mission Airey Naves formera nécessairement  Jean de Blommaert de même d’ailleurs que Lucien Boussa (Cousine Lucienne).

De Blommaert est l’organisateur du réseau Cométe, réseau d’évasion des aviateurs en France créé par Andrée de Jongh et son père. Ce réseau fût infiltré par Jacques Desoubrie pour le compte du SIPO-SD (Gestapo) et cela aboutira à l’arrestation d’ Andrée de Jongh et sa déportation à Ravensbruck. Des dizaines d’aviateurs récupérés seront ainsi remis à Paris aux allemands qui les transfèrent en camps de concentration d’où très peu reviendront.

Après cette dramatique destruction du réseau, Jean de Blommaert est écarté  par Airey Naves de la mise en place du camp de regroupement des aviateurs (l’opération Sherwood) créé à Fréteval par les FFI d’Omer Jubault sur l’ordre de Sinclair (Maurice Clavel). C’est donc Lucien Boussa qui va diriger ce camp, mais il prendra tout de même Jean de Blommaert avec lui pour diriger un second camp clandestin à Richeray. Ces camps regrouperont en sécurité près de 150 aviateurs tombés un peu partout en Europe. Les rapports entre Boussa et de Blommaert ne sont pas excellents et quand les américains arrivent au Mans avec Patton le 10 aout, chacun va organiser, séparément et sans prévenir l’autre, une expédition pour traverser les lignes allemandes, contacter l’armée US,  et obtenir son appui et libérer les camps d’aviateurs isolés au milieu des forces allemandes. L’un et l’autre, séparément, vont donc rencontrer Airey Naves au Mans.

Le 13 aout un détachement part du Mans pour cette opération de libération avec Airey Naves qui a débarqué avec les américains et qui connait bien ces aviateurs comme Boussa et de Blommaert qu’il a formés en Angleterre.

Il est donc tout a fait possible que de Blommaert et Airey Naves se trouvent dans Chartres à partir du 16 aout date à laquelle les allemands se sont repliés sur le Coudray et St Chéron, retrait qui a permis aux américains de pénétrer en ville haute jusqu’à la cathédrale.

Toutefois, cette pénétration des forces alliées est limitée à quelques patrouilles des Sherman et Half-Tracks, les gros des forces de la 5ème DI et de la 7ème DB américaines étant à l’extérieur de Chartres. En ville, il reste des allemands isolés ici et là. Certains se rendent aux FFI présents, d’autres continuent de combattre par petit groupes. La situation est très confuse et il n’y a pas vraiment de zones libérées, chaque quartier pouvant être sous le feu allemand ou alors libéré par les FFI un moment et réoccupé après par les éléments isolés de la Wehrmacht.

C’est alors que la rumeur des tireurs embusqués dans les tours de la cathédrale se propage.

Depuis la Préfecture le commandant FFI Grima donne l’ordre de vérifier cette rumeur et envoie une patrouille pour monter dans les tours et débusquer les tireurs éventuels.

Henri Léreau, maquisard de Plainville arrivé dans Chartres avec Sinclair le 17 aout au petit matin est désigné avec une dizaine d’hommes pour cela. Dans ses mémoires enregistrées, Henri déclare que personne ne se trouvait dans les clochers et qu’il n’y avait aucune trace de tirs. Aucun américain ou anglais n’était présent.

Jacques Gérard ( FFI chartrain) explique que le 16 aout au matin, il est présent avec des américains armés d’un canon antichar qu’ils mettent en position de tir en direction des clochers, car des rafales sont tirées depuis la cathédrale. Il a des difficultés pour les empêcher de tirer (L’Echo Rep. du 20 aout 2014 , texte des lycéens de Jehan de Beauce).

Eric Santin relate (Derniers Combats 1ère édition) que le Colonel Welborn Barton Griffith, chef des opérations militaires (corps G-3), désigné pour coordonner les troupes US au nord de la ville par le général Sylvester, arrive en jeep place de la cathédrale au moment où les soldats américains se positionnent face à l’édifice. Après avoir interpellé des subalternes il grimpe dans les clochers pour rassurer ses hommes et en redescend en disant que les clochers sont « propres ». Dans la seconde édition de son livre Eric Santin est plus interrogatif sur le fait que Griffith soit monté réellement dans les clochers.

Dans un long chapitre annexe son livre (La libération de Chartres), Roger Joly rapporte plusieurs témoignages à propos de cet épisode :

Dans l’Echo rep. du 4-8-2014, Fréderic Levent titre que le sauveur de la cathédrale est Welborn Barton Griffith et qu’il aurait dressé un drapeau américain au sommet ce qui aurait annulé les ordres de bombardement de la cathédrale. D’autres informations non vérifiées font alors état d’explosifs trouvés dans la nef.

Enfin selon(source recherchée) un officier américain nommé Gordon Gaskill se présente au peloton qui est au pied de la cathédrale et qui s’apprête à tirer sur les clochers au canon. C’est un officier qui est en visite d’inspection des troupes au combat et qui se trouve là par hasard.Il doit menacer le lieutenant américain commandant le tir si ce dernier ne lui laisse pas 20 minutes pour monter dans les clochers vérifier la présence des tireurs allemands. Quelques résistants accompagnent l’officier et on ne trouve personne, les canons américains disparaissent alors.

Que retenir de tout cela ?

D’abord la présence inéluctable du mythe de la cathédrale de Chartres qui définit elle-même la ville entière que l’on ne connait qu’à travers elle. Participer à son sauvetage éventuel ou rapporter des faits réels ou supposés mettant en danger son intégrité relève de l’histoire. En être partie prenante permet d’intégrer cette histoire en tant qu’individu.

Il faut d’abord se poser la question : le bombardement de la cathédrale par les américains était-il prévu ?

Lorsque  se déroule la journée du 15 aout et l’échec sanglant de la tentative américaine d’investir la ville (20 morts, autant de blessés, 9 chars détruits ou endommagés sérieusement), le général Sylvester doit revoir ses plans. Il considère désormais que les canons de 88 allemands disséminés en ville sont trop meurtriers pour ses hommes. Apparemment, il ignore aussi la réalité des combats de rue qui mêlent FFI  et soldats américains dans une ville livrée à la confusion.

Les ordres de Patton d’éviter de bombarder la ville ne tiennent plus pour Sylvester et notamment les observatoires en hauteur comme les tours de la cathédrale qui peuvent diriger les tirs de l’artillerie allemande groupée au Coudray et au Gord.

A-t-il donné les ordres de tirs sur les tours avant de rencontrer André Gagnon ? C’est possible. Mais lorsqu’à 10 heures le 17 aout un sous lieutenant US rencontre Maurice Gagnon fils d’André responsable FFI du BOA, c’est pour lui demander de contacter son père d’urgence afin de voir le général Sylvester qui le cherche.

Sylvester le reçoit et lui annonce que l’ordre de tir sera donné à 16 heures si la situation ne s’améliore pas en ville où les Allemands se renforcent à Lèves pour contre attaquer.

Gagnon retourne en ville et récupère une femme (madame P…) collaboratrice des allemands et la ramène à Sylvester pour qu’elle lui témoigne que les américains sont nombreux au combat en ville. Bombarder par dessus ses propres troupes pose un sérieux problème à Sylvester. Il embarque (ou peut être un de ses officiers) à bord d’un Piper Blindé et va survoler la ville livrée aux combats. Convaincu, il ne donnera pas suite à son projet de bombarder Chartres.

Il est donc possible que les soldats stationnés au pied de la cathédrale avec leurs canons aient reçu l’information d’un bombardement envisagé dans un premier temps qui se trouvera annulé par le commandement américain.

Au demeurant, aucun tireur allemand n’a été trouvé dans les tours des clochers et encore moins des observateurs équipés de radio transmission pour l’artillerie allemande.

En conclusion de cet ensemble de versions qui pourrait dire qu’il a sauvé la cathédrale ?

Il semble bien que le Général Sylvester soit la personne la plus probable.

C’est dans cette petite commune rurale et ses alentours que se sont déroulés des évènements importants pendant les combats et les actions que la résistance a mené contre l’occupant allemand. Mary Thibault, le maire, est considéré comme le fondateur de la Résistance dans la région.

Outre la ferme des Pleins qui fonctionne réellement comme une exploitation agricole et d’élevage, Mary Thibault possède quelques dépendances et une petite ferme aux Rayers autre hameau du village. Celle-ci est louée aux époux Barreau dont un des fils, Joseph, est au maquis sous le nom de Tobby. Raymond le second fils est prisonnier en Allemagne. Leur jeune sœur Marie est infirme suite à un accident.

A la ferme des Pleins, il y a du travail et personne pour tenir la maison et les trois fils lorsque Mary Thibault est à ses occupations officielles ou clandestines. Il a donc décidé de prendre une gouvernante en la personne de Georgette Haincourt dont la maison est au hameau des Rayers et où elle habite avec son mari Modeste et sa fille Paulette.

On peut considérer que la ferme des Pleins et ses annexes constitue un foyer de premier ordre pour les activités maquisardes : recrutement, hébergement, fausses cartes d’identité, cache d’armes et de tracts, tenues de réunions etc…

Les voisins sont solidaires comme M. Portant ou Mme Ruelle qui fut considérée par André et Maurice Thibault comme leur seconde mère ; la vraie étant décédée.

Il y a aussi d’autres voisins beaucoup plus dangereux pour les maquisards et Mary Thibault.

Au château du Gland dans la commune proche de Beauche et à peine quelques kilomètres de la ferme des Pleins, Anton Schifferer, un major allemand, a choisi ce domicile avec une dizaine d’officiers et de sous-officiers. Ils ont réquisitionné une bonne partie du château reléguant le propriétaire Joseph Lefebure et sa famille dans d’autres pièces.

Dans la ferme contigüe de La Chauvière, Roger Debue, adolescent à l’époque se souvient d’une quarantaine de soldats allemands qui logent dans la ferme familiale et qui assurent la sécurité du major et de ses officiers.

Pour compléter l’appareil répressif de cette petite région du nord de l’Eure et Loir, une unité SS de 200 à 300 hommes est cantonnée au château de La Ferté Vidame non loin de la Kommandantur logée au château blanc appartenant à la famille Hayem

L’unité SS dispose d’un armement important : véhicules blindés légers équipés de canons, mitrailleuses lourdes, nombreux camions et autres véhicules. Des chiens dressés pour suivre les pistes font partie de l’arsenal de cette unité arrivée fin juin 1944 et dont la mission exclusive est la chasse aux maquisards.

Le maquis de La Ferté Vidame dirigé par Gustave Roussel (Jim) se compose de plusieurs groupes de 8 à 12 hommes chacun sur une zone déterminée. Les opérations militaires se font de nuit avec le groupe entier ou une partie de celui-ci selon l’objectif. Chaque chef de groupe dispose d’un armement déterminé et d’une grande autonomie.

Sur la départementale 4 qui va de La Ferté Vidame à Brezolles et qui englobe les communes latérales comme Morvilliers, c’est le groupe de Fernand Jourdain (Clark) qui est à l’œuvre.

Le sergent-chef Jourdain, 22 ans, est secondé par le sergent Guenard et le caporal-chef Collet Georges (surnommé Le Marin car il fut marin sur le cuirassé Le Bordelais et a rejoint le groupe de Digny dès sa démobilisation).

Huit à dix hommes complètent le groupe dont ceux de Morvilliers.

Georges Collet dit le Marin (photo M.Barreau)

Jean Rousseau (Estell) est originaire de Rasville près de Chérisy. Tireur au fusil-mitrailleur, il a fait partie du maquis de Crucey avant d’être muté en juillet 1944 au maquis de la Ferté Vidame.

                                            Jean Rousseau (Estell)

                                                                                                        Marcel Bravo (Mickey)

dont le père tient le café-épicerie de Morvilliers est également dans ce groupe de jeunes maquisards.

Bravo, Rousseau et Collet sont logés dans la grange de Mr.et Mme Barreau aux Rayers, car ils sont quasiment clandestins.

Constituer les groupes avec les enfants du pays, permet d’accroître l’efficacité des maquisards par la connaissance des lieux, des chemins et des abris potentiels. Cela permet surtout de connaître les endroits à éviter.

Tous les groupes sont dans l’action en ce début d’août 1944 et chaque chef décide en toute autonomie des objectifs.

C’est alors que le groupe Clark ou du moins une partie du groupe dirigée par le sergent Chopin (Fred) attaque avec cinq hommes une voiture allemande sur le D4 en bordure du bois de Malassis. La voiture est détruite et les deux Allemands dont le secrétaire de la Kommandantur qui y était, sont tués.

Ceux-ci logeaient chez M. Boudier à La Ferté Vidame. Il est possible également qu’une femme amie d’un allemand ait été blessée dans la voiture Les faits se déroulent de jour à 10 heures du matin le 9 août 1944 à 300 mètres du hameau des Rayers.

Cette attaque du bois de Malassis répond à l’ordre qui a été donné aux groupes d’attaquer partout alors que les Américains approchent et que les Allemands, inquiets, commencent à préparer leur retraite. De plus les jeunes maquisards veulent participer aux derniers combats avant la libération prochaine et c’est avec un certain enthousiasme que ces attaques se déroulent au maquis de La Ferté Vidame. 

Alors que les Allemands viennent d’apprendre l’attaque de Malassis, la ferme des Pleins reçoit des chefs maquisards. Cette ferme est depuis longtemps un lieu de regroupement temporaire, d’hébergement court des résistants et un lieu où les échanges d’information se font. La ferme des Pleins est un relais où le maquisard de passage trouvera gîte et couvert sans problème. Ainsi, le 10 août, quatre chefs maquisards sont à Morvilliers ignorant la rafle et les perquisitions qui vont s’y dérouler le lendemain.

De leur côté, les Allemands diffusent une menace contre Mary Thibault auprès des habitants de Morvilliers : il doit se présenter avant 18 heures à la Kommandantur ou sa ferme sera incendiée.

Apprenant l’attaque de Malassis, les SS consultent leurs dossiers qui rappellent que le maire de Morvilliers a été arrêté fin 1943 et perquisitionné en 1940. Or, le bois de Malassis est à 300 mètres de la ferme des Pleins et c’est là qu’ils vont se rendre en masse pour rechercher « les terroristes ».

Prévenu par Pécoul, Thibault réunit sa famille et ses ouvriers et décide de quitter Les Pleins au plus vite.

Pendant l’absence de la famille Thibault, les SS perquisitionnent Morvilliers et en priorité les propriétés de Mary Thibault. La brigade SS part du lieu de l’attaque à l’angle Est du bois de Malassis et arrive naturellement au hameau des Rayers visible de la route départementale.

Ils se dirigent vers la grange attenante où ils entendent des voix et découvrent trois jeunes : Jean Rousseau 20 ans, Georges Collet 21 ans et Marcel Bravo 20 ans. Au sol des armes sont visibles et c’est l’arrestation.

Les SS sont satisfaits de leur prise et ne pensent pas à monter à l’échelle vérifier sous le foin du grenier où sont endormis 7 autres maquisards.

Une fois les soldats partis avec leurs prisonniers, Madame Barreau prévient les jeunes maquisards qui sont dans le grenier de la grange. Ils partent de suite se cacher ailleurs et notamment dans les trous de marnière environnants en emportant leurs armes.

Marcel Bravo, Jean Rousseau et Georges Collet sont conduits à pied par les SS au château du Gland, résidence du major allemand et non à la Kommandantur de La Ferté Vidame.

Apparemment les Allemands veulent faire parler tout de suite leurs prisonniers. Le château du Gland sur la route de Beauche est proche de Morvilliers et du bois de Malassis. C’est une grande maison bourgeoise entourée d’un parc assez grand clos par de grands murs.

Immédiatement les tortionnaires se « mettent au travail » sur les jeunes maquisards qui sont atrocement torturés au feu, probablement dans les pièces au-dessus des remises qui comportent des cheminées. Les trois sœurs Reversé qui habitent au Gland pendant leur service entendent une bonne partie de la nuit les cris de douleur des martyrs.

Que veulent savoir les nazis ? D’abord où se cache Mary Thibault l’insaisissable et sûrement aussi des détails sur le réseau de résistance les noms, les adresses, les dépôts d’armes, etc…

Toutes ces informations ne sont pas connues des prisonniers qui sont de jeunes recrues sans expérience militaire et, qu’en raison des règles de sécurité imposées au maquis, ne peuvent leur avoir été données.

M. Joseph Lefebure, propriétaire et habitant le château du Gland intervient longuement auprès du major allemand, Anton Schifferer, pour sauver la vie des trois jeunes. Il plaide leur jeunesse, leur innocence dans l’attaque de Malassis et souligne qu’ils ont compris leur erreur d’être au maquis, mais ce ne sont pas des assassins. Il ne sera pas entendu, l’officier veut faire un « exemple ».

Jean Rousseau est fusillé le premier le 11 août 1944 après avoir creusé lui-même sa tombe sous la contrainte et les coups dans la clairière du parc dominée par un grand chêne.

Cette première exécution doit accroître la pression sur les deux autres maquisards qui creusent également leurs tombes. Elles sont disposées en étoile autour du chêne dominant une petite clairière où M. Lefebure fera dresser une stèle.

Les SS continuent de torturer les prisonniers et conduisent l’un d’eux, encadré par 5 soldats qui le frappent, au café de Morvilliers pour confronter Marcel Bravo à son père qui tient le café. Bien que le gros chien blanc de la maison fait la fête à Marcel les deux hommes affirment ne pas se connaître… Retournant au château du Gland, il retrouve Georges Collet et ils sont fusillés au même endroit que Jean Rousseau.

Après la guerre, le docteur Jorel examinera les dépouilles de ces hommes et confirmera l’exécution et les tortures par le feu.

Les SS ne vont pas tarder à arriver pour brûler la ferme de Mary Thibault s’il ne se rend pas, ce qu’ils font proclamer partout dans la région

Aux Pleins, la ferme, attaquée par des grenades incendiaires, brûle toute la nuit ainsi que la maison habitée par la famille Roussel. Tout a été pillé avant la mise à feu vers 16 heures. Les soldats emportent le bétail à pied vers le château du Gland En passant au Nicochet, autre hameau de Morvilliers, les bêtes sont mélangées avec celles de Madame Ruelle qui a libéré volontairement les siennes pour gêner la progression des soldats. Elle fait rentrer ses animaux sur ordre des allemands et en profite pour y intégrer quelques vaches de Thibault qu’elle lui rendra plus tard.

Les prises de position courageuses de Madame Ruelle valident sans doute possible son attachement à la libération du pays et son soutien à la résistance locale. Elle sera d’ailleurs présente au procès de l’officier allemand responsable du massacre des trois jeunes de Morvilliers.

La ferme des Pleins après l’incendie du 12 août 1944 (Photo Y.Thibault)

Le 15 aout 1944, les Américains arrivaient à La Ferté Vidame.

Quant au major Schifferer, commandant la garnison du château du Gland, l’histoire et la justice militaire le rattraperont en Allemagne après la guerre.

Devant ses dénégations une question se posera : le major de la Wehrmacht a-t-il le pouvoir de sauver la vie des prisonniers alors qu’ils sont entre les mains des tortionnaires de la SS ?

C’est un autre système de défense qu’Anton Schifferer adoptera lors de son procès (pour crimes de guerre) à Paris en février 1949. Arrêté en Allemagne par les armées d’occupation après la guerre, il a été transféré à Paris pour être jugé en tant que responsable militaire de l’unité L53081 qui était cantonnée au château du Gland à Morvilliers en août 1944.

Schifferer plaidera n’avoir pas donné d’ordre d’exécuter les trois FFI, ce qui est totalement contradictoire avec les faits. Son avocat, maître Langlais du barreau de Paris, obtiendra l’acquittement au bénéfice du doute « car aucun témoin ne peut apporter la preuve formelle de la responsabilité du major allemand 

Au procès à Paris, Mary Thibault, Mme Bravo mère de Marcel et Madame Ruelle, témoignent des évènements. Mme Bravo ajoute que lors de la perquisition du café par les cinq soldats, ceux-ci ont prélevé 20 000 francs aux propriétaires avant de repartir pour fusiller leur fils Marcel.

Tous ces éléments concrets n’ont pas convaincu la justice française de 1949 malgré des évidences : comment des soldats SS pouvaient perquisitionner un village, arrêter des jeunes FFI, les torturer sur place à leur cantonnement, les déplacer pour confrontation, les fusiller enfin dans l’enceinte du château du Gland, sans ordres de leur major, commandant cette garnison ?

Chaque année depuis 1947, un hommage est rendu à Morvilliers pour le souvenir de ces trois jeunes gens qui ont donné leurs vies pour notre liberté. Sachons perpétuer leur souvenir par le recueillement sur les lieux mêmes où ils furent assassinés.

Texte du CEDREL publié le 17 aout 2025 reproduisant une partie du livre «  la Résistance en Eure et Loir » par Albert HUDE, Editions du petit Pavé.2015.

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