BRUHL Robert

Nom de guerre :

Barnabé, Beaumestre, lieutenant Georges, Bandit

il est né le 14 Août 1921 .
Il habitait avec ses parents à Sermamagny (Territoire de Belfort).

Passionné d’aviation, en 1938 il devient élève pilote de l’aviation populaire puis est
breveté pilote civil.

Août 1939: il s’engage dans l’armée de l’Air à La Rochelle et obtient son brevet de pilote militaire en Février 1940. Il est envoyé à Istres puis en Afrique du Nord.

Juillet 1940: avec 4 camarades, il tente de voler un avion pour rejoindre l’Angleterre via l’Espagne. Ils se font “épingler”. Ayant désobéi aux ordres formels de ne pas tenter de rejoindre les anglais, ils auraient dû passer devant le conseil de guerre! Finalement, la période étant très floue, ils sont démobilisés. Il rejoint alors Lyon.

Décembre 1940: voulant obstinément rejoindre l’Angleterre par une filière Suisse, il est arrêté à Villers Farley (Jura) sur la ligne de démarcation qu’il avait traversé clandestinement.

Il est jugé par un tribunal allemand. Refusant de s’enrôler dans l’armée allemande, il a dû purger une peine de 70 jours dans la prison centrale de Clervaux.

Mi Février1941 : il est libéré et renvoyé en zone libre à Lyon et a toujours son plan en tête : rejoindre Londres. Quelques temps plus tard, il réussit à pénétrer, cette fois avec succès, en zone occupée. A Belfort, en attendant de trouver une filière, il travaille à l’usine Alsthom pendant un peu plus d’une année. Il était difficile de trouver une filière sûre. Il pensait avoir enfin trouvé le moyen de rejoindre l’Angleterre, mais, en dernière minute, il est averti que la filière est véreuse et il doit rapidement s’éclipser.

Juin 1942 : il franchit la ligne de démarcation pour se rendre à Lyon et
décide de tenter de rejoindre l’Angleterre par l’Espagne.
Il part travailler à Toulouse dans les usines de construction aéronautique Breguet.

Octobre 1942 : il participe à une manifestation à Toulouse et est arrêté par la police française. il réussit à lui fausser compagnie. Il tente alors de traverser seul les Pyrénées, échec. Il va travailler, clandestinement, à Bergerac chez les parents d’un camarade pilote. Ils tenaient une exploitation forestière. Il conduit des camions de transport de bois.

Noël 1942 : La police française retrouve sa trace. il décide de retourner à Lyon. Avec quelques résistants, il récupère et cache un stock de 800 kg d’armes qui risquait de tomber aux mains des Allemands. Ils mènent quelques actions de résistance dans Lyon (vol de ronéos pour confectionner des tracts, distribution de ces tracts….).

Février 1943 : La police française, suite à dénonciation, a tendu une souricière sur le lieu de leur cache d’armes. Avec les 5 autres membres du groupe il est arrêté et incarcéré à la prison St Joseph puis à la prison St Paul à Lyon .

Avril 1943 : Après jugement rendu par le tribunal français il est condamné à 10 ans de travaux forcés pour vol de ronéos et détention illégale d’armes. De la prison Saint Paul il est transféré à la prison centrale d’Eysses (Lot et Garonne) où il passe 11 mois très éprouvants à l’écart du monde et dans l’incertitude de son sort.

3 Janvier 1944 : Depuis quelques temps, ils sont un petit groupe décidé à s’évader. Après une longue et minutieuse préparation de leur plan, et sans aide extérieure, le 3 Janvier à 6 heures du soir, ses camarades de cellule, et lui-même, assomment leurs gardiens.
Comme prévu, une cinquantaine de détenus politiques leur emboîte le pas et ils s’évadent, au pas cadencé par la porte des livraisons située dans une zone d’ombre que les projecteurs ne peuvent pas atteindre!
Un des gardiens, Yvan Gaillard, s’est joint à eux.
Il y a parmi eux un major anglais, Sidney Hudson. Il avait été parachuté en Auvergne (Septembre 1942) par le S.O.E. Il avait été arrêté trois semaines plus tard et avait réussi à faire croire à son histoire de couverture : navigateur sur un bombardier anglais abattu au dessus de la France.
Donc, après l’évasion de la centrale d’Eysses, Hudson a sélectionné 15 personnes qu’il a jugées aptes à continuer le combat en rejoignant l’Angleterre, avec lui. Bruhl ne se souvient plus des noms de tous. Il y a, entre autres, Aaron, Fontaine, Gerschel, Werther, Dedieu, de Vomecourt, Glaesner, Stagard , Roux, Gaillard (le gardien) et lui-même .
Dans cette troupe d’évadés on retrouvera De Vomécourt, Dedieu et Gaillard en Eure et Loir au cours de l’Occupation.

Ils sont pris en charge par le réseau d’évasion Hilaire du S.O.E. qui les achemine, par petits groupes, en direction des Pyrénées. Tout au long du trajet, ils sont hébergés par des familles très courageuses.

15 Février 1944 : ils sont cachés dans la cantine du chantier d’un barrage en haute montagne. Il a fallu attendre plus d’une semaine que la météo s’améliore. Quand la tempête de neige s’est calmée, ils marchent dans la neige et le froid glacial pendant 32 heures pour passer un col isolé à 2576 mètre d’altitude. Le vin gèle dans les gourdes, ils n’ont que des vêtements en toile légère. L’un d’eux fait un malaise dans l’ascension du col de Plan de Rioumajoux, un autre a de graves gelures au pied. Côté espagnol ils sont récupérés par une voiture diplomatique anglaise : ils sont sauvés et sous protection anglaise. Ils retrouvent enfin une vie normale et une nourriture plus abondante.

3 Mars 1944: Arrivés à Gibraltar ils prennent un avion militaire anglais pour rejoindre enfin l’Angleterre.

10 Mars 1944: arrivés à Londres ils sont immédiatement mis à l’isolement à Patriotic School. Ils subissent un certain nombre d’interrogatoires pour savoir s’ils ne sont pas des espions et aussi pour apporter des renseignements précieux sur ce qu’ils ont vécu et vu en France. Vingt et un jours plus tard il est libéré.

Par fidélité au Major Hudson (du S.O.E.), compagnon d’évasion, il décide de servir dans les rangs du S.O.E. (anglais) et non pas dans ceux du B.C.R.A. (français). Pour lui , ces deux organisations mènent le même combat donc, pourquoi pas servir dans le S.O.E. Ce n’étais pas le point de vue de De Gaulle (il l’a appris à ses dépends à la libération).Presque tous ses compagnons d’évasion, passés en Angleterre, en on fait de même.
Il prend le pseudonyme de Beaumestre et part immédiatement, avec 4 de ses camarades d’évasion, pour des formations très intenses en différents lieux d’Angleterre et d’Ecosse. Ils sont accompagnés jour et nuit par un capitaine qui doit les évaluer tout au long de leur formation.

Ils forment un groupe à part, totalement isolé du millier de commandos parachutistes qui s’entraînent pour le débarquement. Le premier saut est effectué à partir d’un ballon dirigeable, les 3 autres depuis un avion. Ils font un saut de nuit et c’est tout. Ils n’ont pas de parachute ventral de secours.
En Stage de commando en Ecosse (Loch Morhar), l’entraînement est très rude et intensif : marches d’endurance, tir avec toutes sortes d’armes (anglaises, américaines, allemandes, russes etc.), attaque de sentinelle au couteau, combat à mains nues, survie, orientation etc. Ils sont complètement isolés du monde.

Puis c’est un stage d’agent secret: ils apprennent à faire une filature, à déjouer des poursuivants, à prendre contact avec un correspondant, à mettre en œuvre une valise radio émetteur récepteur, un S-phone, une balise Eureka, à coder et décoder des messages, à repérer et préparer des terrains de parachutage, à recevoir des parachutages de containers et agents, à subir des interrogatoires musclés, à cambrioler une maison, à conduire une locomotive et toutes sortes de véhicules etc.

Enfin dans le Stage de sabotage, ils apprennent à manipuler toutes sortes d’explosifs pour détruire ou saboter des installations industrielles, des voies ferrées, des locomotives, des ponts etc.

Début Juillet 1944 : Aux environs du 13 Juillet 1944, sa formation étant achevée il est jugé apte à partir en mission. En France, il va porter le nom de Robert Baumand. Sa fausse carte d’identité le vieillit de 4 ans afin qu’il ne soit pas accusé de s’être soustrait au STO.

Son ” histoire de couverture” le fait électricien habitant à Toulouse, venu prospecter dans la région d’Eure et Loir pour une éventuelle installation de l’entreprise électrique de son futur beau-père (beau père fictif: tout avait été minutieusement préparé, rendu crédible par les services du SOE). On lui fait ensuite rédiger son testament.

17 Juillet 44 : Le Colonel Buckmaster (responsable de la section F “France” du SOE) le convoque dans son bureau : cette fois-ci c’est le départ. Il doit être parachuté de nuit, en civil au sud de Chartres, au Gault Saint Denis, pour préparer d’éventuels parachutages en masse d’hommes et de matériels au cas où les troupes allemandes s’« accrocheraient » à Paris.
Il doit également avoir un rôle de renseignement, d’instructeur pour les différents maquis de la région. Pour cette mission il devient le Lieutenant Georges. Ses pseudos sont « Bandit » et « Barnabé ».

Son équipement militaire comprend une carabine USM1 à crosse pliante, des munitions, une valise radio émetteur récepteur, un petit poste récepteur fonctionnant sur piles, des explosifs, un poignard, un Colt 32, des jumelles, des microfilms, une loupe, une petite gourde de rhum, un couteau pour couper son harnais ou suspentes de parachute au cas où il tombe dans un arbre, de l’argent français pour les maquis etc.
Par-dessus ses vêtements civils, il enfile une combinaison de saut. Il glisse un Colt 45, chargé, dans une poche prévue à cet effet sur sa jambe droite. il endosse ensuite son parachute dorsal.

18 Juillet 1944 : Il est 1h25 environ, le dispatcher ouvre la trappe circulaire située sur le plancher. Comme il l’a appris à l’entraînement, il s’assoit à côté du trou béant, les jambes regroupées, les genoux sous le menton, le sol défile, fantomatique, 200 mètres plus bas…La lampe rouge allume…. « good luck Sir »…Lampe verte … : GO !

Il retrouve le lieutenant Pierre (Gérard Dedieu, un de ses compagnons d’évasion de la centrale d’Eysses) puis il se rendent dans une ferme au Nord Ouest de Chartres. Là, il fait la connaissance de Ginette (lieutenant Adèle), opératrice radio du S.O.E.

Pierre avait été parachuté avec Ginette et Yvan Gaillard (gardien de prison de la centrale d’Eysses, évadé avec Pierre et mon père) à St Viatre le 8 Juin 44.

Les jours suivants, Pierre l’ emmènera voir les différents maquis de la région (la Ferté Vidame, Crucey, La Hurie, ….). Par sécurité, ces maquis ne se connaissent pas entre eux. Il rencontre le chef des FFI de la région, Maurice Clavel (Sinclair) et son agent de liaison Sylvia Montfort.
Il fait la connaissance également de Roland Farjon .

Dès que possible il se met à l’ouvrage : il se déplace à vélo pour aller d’un maquis à l’autre. Son travail consiste à encadrer et former les maquisards dont il a la responsabilité. Il supervise au total 4 maquis d’environ 20 à 200 hommes .
Mais ces hommes sont, pour la plupart, mal ou peu armés. Avec Pierre et Ginette ils organisent plusieurs parachutages d’armes et matériels.

Il organise et participe à des actions contre l’occupant, la nuit il entraîne ses groupes à attaquer des convois militaires allemands, à poser des mines (de faux crottins de cheval) etc…

Parallèlement, sur ordre de Buckmaster, il sélectionne et entraîne 4 groupes de commandos
groupe 1 secteur La Ferté Vidame : chef LE NOC et 8 hommes et un radio
groupe 2 secteur Nogent le Rotrou : chef STIEZ et 8 hommes et un radio
groupe 3 secteur Chateauneuf ( Crucey): chef VIELJEUX et 8 hommes et un radio
groupe 4 secteur Dreux: chef Jean (?) et 8 hommes et un radio

Ils doivent être capables de traverser discrètement les lignes allemandes, de repérer les positions ennemies puis de faire la jonction avec les alliés pour les renseigner.

8 Août 1944: Ronald Shearn (Septine), un agent anglais du S.O.E. (parlant parfaitement le français) est parachuté, sur le terrain du Gault Saint Denis, pour prendre le commandement des groupes de commandos que Georges a formés.
Le 12 Août Septine et ses commandos établissent le contact avec les alliés du côté de Falaise.

Georges participe participe aux combats de la libération et avec Pierre il est chargé de mettre en place le nouveau préfet Chadel à Chartres.

Après la libération, il a eu de difficultés à faire reconnaître ses états de service: Il avait demandé à réintégrer l’aviation mais sa demande n’a pas été retenue.(cela a-t-il un lien avec sa tentative de voler un avion en Juillet 1940 ?).

Il a même été démobilisé ! Après plusieurs démarches il a finalement réussi à réintégrer l’Armée de Terre. Il a terminé sa carrière comme Colonel, ingénieur en chef du service du Matériel.
Il est décédé le 20 Juillet 2001.

Texte d’après le témoignage de son fils Denis Bruhl en 2015.

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