LE NOC Joseph

Nom de guerre :

Anatole

Il est né le 1er Mars 1921 à Querrien en Bretagne (Finistère).
Le pays a été saigné par la grande guerre de 14-18. Ici, comme dans les villages alentour, les monuments aux morts alignent des dizaines de noms dont beaucoup proviennent de la même famille.
Les familles vivent de la terre quand elles le peuvent car les enfants sont nombreux à nourrir et la terre est ingrate.
Certains voisins ont pris le train pour rejoindre l’intérieur de la Bretagne, mais déjà les bonnes fermes sont prises.
Il faut aller plus loin, la Normandie, le Perche… Alain Le Noc est le chef d’une de ces familles et il s’interroge sur le devenir de celle-ci. Son frère Christophe a déjà emmené sa famille dans le Perche.
Ils sont arrivés à Boissy le sec en train et se sont installés dans une grosse ferme à Cocherel. La grange accueillera pour la nuit la famille de Joseph qui arrive de Bretagne pour repérer la région avant de s’y installer.
Un jour de novembre 1922, la famille Le Noc descend du train qui s’arrête en gare de la Chapelle Fortin. Il y a là toutes les générations et Joseph est l’un des petits derniers de la famille qui compte 8 enfants.

Deux fermes contiguës, Les Loquets et le Plessis ne sont séparées que par une cour et une grange. Derrière il y a de nombreux bosquets et des taillis qui cachent un chemin conduisant à la ferme de la Reverdière exploitée par la famille Bichon.
La famille Le Noc s’installe.
Les voisins feront connaissance et se retrouveront dans l’action contre l’occupant allemand en 1944.

Aux Loquets, la femme d’Alain Le Noc décède quelques mois après l’arrivée de la famille et c’est un coup très dur pour Joseph et ses frères et sœurs. La grand-mère est rappelée de Bretagne pour s’occuper des petits mais elle ne parle que le breton.

Pour Joseph les années de l’enfance s’espacent et il fréquente la communale de la Chapelle Fortin où, immédiatement un problème surgit : il faut parler français mais à la ferme c’est le breton, langue natale, qui est l’habitude.

Son adolescence se déroule tranquillement dans cette campagne du Perche qu’il apprend à connaître comme son pays quasi natal. A l’école, Joseph est bon élève et tout naturellement il continuera ses études jusqu’à l’Ecole Normale de Saint Lo dans la Manche. C’est déjà exceptionnel à l’époque qu’un jeune fils d’agriculteur accède à l’enseignement.

Saint Lo restera pour lui un creuset où il noue des contacts suivis avec les autres futurs instituteurs et où il se forme intellectuellement dans l’Ecole Laïque de la 3ème République. Les valeurs transmises par cette institution marqueront pour longtemps les idées de Joseph Le Noc : laïcité, service public, éducation, culture.
Tout naturellement il est nommé instituteur à la sortie de Normale et il est affecté dans la région de Coutances en 1940-41. Il y restera comme instituteur jusqu’en 1943.
Entre temps la guerre est déclarée, la France est battue et occupée par les troupes allemandes. Le littoral, classé zone interdite, reste soumis à de multiples contrôles et restrictions de circulation bien supérieurs à ceux de la zone occupée dès 1940.
En février 43, la loi sur le STO frappe les générations nées en 1920-21 et 22 et Joseph est concerné. Il devrait recevoir sa feuille de route pour partir travailler en Allemagne ce qui est insupportable pour lui.

Joseph vient régulièrement et en vélo, voir sa famille à la Chapelle Fortin lors des vacances scolaires. A l’occasion des vacances de février 43, il rencontre chez un cousin, un homme de Champigny qui peut le faire passer en Espagne pour rejoindre Londres.
Le 13 mars 43 il reçoit le message du départ imminent et fait ses adieux à l’école. De retour aux Loquets, il apprend par son père que tout le réseau de passeurs a été arrêté sauf le chef Louis Bouillie. Cette tentative avortée de départ vers l’Angleterre démontre la volonté farouche de Joseph de s’engager dans la résistance à l’occupant.

Joseph est devenu réfractaire au STO et doit se cacher pour ne pas être arrêté à son tour. Après quelques semaines aux Loquets et muni d’une fausse carte d’identité fournie par Mary Thibault, il repart à Querrien en Bretagne où il va rester près d’un an. Il sera rejoint par ses frères Marcel et Louis.

Le 2 février 44, Joseph décide de revenir dans le Perche et d’y fonder un groupe de résistance en utilisant le paysage boisé de la région. Avec un cousin (probablement P’tit Louis de Cocherel), ils débarquent à la gare de La Loupe et font du stop dans un camion allemand qui les conduit à Senonches. Le reste du chemin doit se faire à pied jusqu’aux Loquets.

Vers Tardais, devant le château occupé par les SS, une voiture arrive devant eux. Il s’agit de Mary Thibault qui sort de la prison allemande de Chartres, d’Alain Le Noc, père de Joseph et de Dufour, chef des services vétérinaires du département. Promptement, car il est 22 heures et le couvre-feu va débuter, ils gagnent la ferme de la Chapelle Fortin. Cette rencontre marque le début de l’engagement de Joseph Le Noc dans la résistance.
En effet, Mary Thibault de Morvilliers a déjà organisé un groupe avec ses trois fils et Dufour (La Couture) est en contact avec d’autres groupes d’Eure et Loir.
Le lendemain ,3 février 44, Jean Renauldon (Rhone) vétérinaire de La Loupe et Gabriel Herbelin (Duroc) commerçant en graines de Nogent le Rotrou arrivent aux Loquets pour remettre à Joseph deux mitraillettes. Un lieu est choisi dans la ferme pour y cacher un poste de radio et servir de PC aux résistants.

Louis Le Noc, frère de Joseph habite à coté dans la ferme du Plessis et c’est chez lui que seront cachées ces armes et bien d’autres par la suite.

A partir de ce moment, Joseph toujours recherché comme réfractaire au STO, va se démener pour trouver d’autres jeunes prêts à intégrer la résistance. 6 mois plus tard ils seront une cinquantaine répartis en groupes de 8 à 10 sous le commandement d’un chef reconnu par chacun.
C’est Gustave Roussel (Jim), gendarme à la Ferté Vidame qui dirigera le maquis constitué dans la région. Joseph deviendra chef du groupe franc c’est-à-dire du commando formé par un instructeur parachuté de Londres qu’on appelle le lieutenant Georges (Robert Bruhl).

A côté de ce maquis qui s’installe en forêt et dans des bâtiments inoccupés aux Rayers ou à Cocherel, il y a un autre groupe de gens plus âgés autour de Jules Brantonne fonctionnaire aux Impôts. Ils ne sont pas clandestins et travaillent au vu de tout le monde et des allemands qui occupent en force la Ferté Vidame. Mais ce sont aussi des agents de renseignement pour la résistance et constituent le soutien nécessaire aux jeunes maquisards.

La Kommandantur s’installe au Château Blanc (propriété Hayem) et de nombreux soldats s’imposent dans les habitations privées de la ville. Dans le Parc Citroen, une brigade de répression de 300 SS prendra son cantonnement et se chargera de combattre ceux qui résistent. Dès 1941, la ville est totalement sous contrôle allemand. La gendarmerie française, dirigée par le capitaine Becquereau tente de louvoyer entre les soldats et les habitants qui se rebellent. Le fils du capitaine, Lionel Becquereau rejoindra le maquis de la Ferté Vidame.
Un petit groupe s’était constitué autour de Brantonne avec Pécoul, Lair, Lescène, Thibault, les frères Seguin, et d’autres, mais que faire ?

Un contact avait été pris avec les frères Marais, agents d’assurance à Verneuil sur Avre et le groupe de résistance du capitaine Thirault. Ils ont assez tôt la possibilité de transmettre des informations à Londres et ils possèdent une liste des insignes et drapeaux figurants sur les véhicules et les uniformes allemands. Des fertois dignes de confiance notent discrètement ces marques lorsqu’ils croisent l’occupant et transmettent ces précieuses informations au maquis.

Les clandestins seront peu nombreux (tout de même une cinquantaine), et n’ont aucune expérience militaire. Ils rejoignent le maquis créé depuis le 2 février 1944 dans la maison forestière à l’arrière du parc Citroën et au cœur de la forêt. Plein d’enthousiasme mais indisciplinés, ils vivent plutôt l’aventure de leur vie. Il faut les encadrer, les former, leur apprendre les armes, la discipline car c’est la vie de chacun qui est en jeu.

Le maquis de la Ferté Vidame s’organise. 4 sections sont constituées d’une douzaine d’hommes chacune et 3 lieux retirés hébergent les maquisards : la Chapelle Fortin, les Rayers à Morvilliers et Cocherel. Les entrainements se succèdent : maniement d’armes, tirs, instructions pour le combat, etc…

A la Ferté Vidame, Joseph sera choisi comme chef d’un groupe de 8 hommes.

Il s’agit de combattre l’occupant la nuit dans les bois, loin des habitations pour éviter les représailles aveugles.
Joseph habite toujours aux Loquets chez son père mais il disparaît parfois plusieurs jours en mission. L’une de celles-ci consiste à réceptionner les armes qui sont parachutées à la Pommeraie dans la plaine au-dessus de la Saucelle. Sur ce terrain comme sur celui de Digny, ils sont plus d’une centaine des différents maquis de la région à attendre de nuit les dizaines de lourds containers remplis de mitraillettes, d’explosifs et de matériels divers. Plusieurs parachutages se déroulent en juin et juillet 44 sans qu’aucun ne soit investi par les allemands car l’organisation du maquis est très au point.

Il y aura 4 parachutages qui concernent le maquis de la Ferté Vidame et Joseph sera là à chaque fois :
Le 7 juin 44 à la Pommeraie sur le terrain Fusain, code « Tiens voilà du boudin »
Le 10 et le 20 juillet même terrain ,128 containers et 4 avions le 20/7
Fin juillet à Digny sur le terrain Crayon, code « Justine n’est plus dans son box »

Les containers de 200 Kg sont chargés sur des charrettes attelées fournies par Mary Thibault, Pecoul ou Blondel. Puis les armes sont réparties dans des caches à Cocherel, au silo de la Ferté Vidame, chez le curé de la Puisaye, chez Esnault, etc…

Il faut se méfier de certaines personnes qui fréquentes les officiers allemands et les invitent à déjeuner à leur domicile. Les dénonciations arrivent à la kommandantur de la ville et les gendarmes français sont tenus d’enquêter. Cela ne donnera rien car la totalité de la brigade est solidaire du maquis.
Par contre, la brigade allemande des SS stationnée au Parc Citroën est redoutable. Elle sera en première ligne contre les maquisards capturés et exécutés au château du Gland en aout 44.
Les attaques du maquis respectent des règles précises : repérer les lieux, frapper et fuir.
Pas question d’une attaque frontale, les forces allemandes étant très largement supérieures en nombre et armement. On attaque des convois isolés, des voitures, des motos, des véhicules divers.
Des mines ou des crottins sont posés sur les routes pour faire exploser les pneus et immobiliser les convois.

Le 7 juillet, attaque de nuit sur la route de St Maurice les Charencey contre un convoi : 3 camions endommagés par les crottins, 3 allemands tués et un blessé.
Le 18 juillet 44, Anatole accompagné de Le Polotec et de Roussel (Jim) se rend sur la route de Neuilly sur Eure de nuit pour faire sauter le pylône d’observation allemand qui domine à 40 m de haut la plaine de La Loupe. Les pains de plastic sont posés et le pylône s’écroule. Il sera reconstruit sur un terrain miné mais inutilisable car les américains arrivent.

Le 8 aout, à 10 heures du matin, Anatole et son équipe sont embusqués sur la route de Verneuil pour se saisir d’un camion-citerne de 6 000 litres de kérosène. Après échange de tirs, les allemands s’enfuient mais le camion ne redémarre pas et doit être abandonné. Cette attaque a lieu de jour car la consigne venue de Londres est désormais d’attaquer sans relâche, augmentant ainsi les risques pour les maquisards.
A partir de cette consigne les attaques se multiplient : du 10 aout à la libération ce sont plusieurs cibles qui sont visées. Un pont à Armentières sur Avre N12, une camionnette à Rohaire,etc…
Mais le maquis a été découvert à la Chapelle Fortin et les allemands attaquent au canon de 50. Les groupes éclatent vers Cocherel et les Evis pour se cacher. Aucun blessé parmi les résistants mais un allemand a été tué par Beefsteack (Maurice Jahandier). Les allemands arrêtent plusieurs civils et menacent d’exécuter Maurice Bichon dont ils estiment qu’il ravitaille le maquis. Même des enfants sont détenus quelques heures.
Le regroupement des maquisards aura lieu vers Prudemanche en prévision de l’attaque sur Dreux par les américains. Ils sont arrivés à la Ferté Vidame le 15 août, accueillis par Alfred Seguin et Henri Lecèsne, mais ils ne sont pas restés longtemps car leur objectif est maintenant DREUX.
Quelques jours auparavant, ANATOLE et le commandant Farjon sont partis en reconnaissance dans DREUX occupée. Il s’agit ensuite d’acheminer des charrettes remplies d’armes en prévision de l’attaque.
A la Ferté Vidame, les opérations de nettoyage du secteur par le maquis se soldent par de nombreuses arrestations de soldats isolés. Puis il s’agit de rejoindre Chartres le 23 aout où De Gaulle est arrivé.

Joseph ne s’arrête pas longtemps à Chartres et repart avec son groupe pour participer à la libération de Paris avec la 2ème DB de Leclerc.
Ils sont quelques centaines du Loiret et de l’Eure et Loir à participer à la libération de Paris le 25 aout 44. Dans les combats du Boulevard St Michel, le lieutenant Martinet du groupe de Dreux sera tué.

Après la libération, Joseph revient à La Ferté Vidame mais ne reprendra pas son métier d’instituteur et déclinera même un poste de directeur d’école. Son choix se porte sur l’aviation car il veut devenir pilote. Il part en stage en Angleterre pour apprendre cette nouvelle discipline mais cela ne marchera pas comme il le souhaitait.
De retour, Maurice Pecoul lui propose d’intégrer comme directeur la coopérative agricole où il fera toute sa carrière jusqu’à la retraite.

Lors des nombreuses commémorations Joseph renouera des contacts avec ses anciens camarades comme Le Polotec et bien d’autres. Il a écrit avec eux une page de l’histoire de la Ferté Vidame.

Il est décédé le 14 septembre 2003.

Le contact avec la famille est-il possible ? OUI
Le CEDREL dispose-t-il d'un dossier plus complet ? OUI
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