MATTEI Joseph (Giuseppe)

Informations figurant sur le Maitron:

“Né le 4 février 1924, mort sous la torture le 23 avril 1944 dans la prison de Chartres (Eure-et-Loir) ; ouvrier cimentier ; militant communiste ; résistant.

Chef de groupe de l’Organisation spéciale (OS) ainsi que des Jeunesses communistes, Giuseppe Mattei entra dans la clandestinité en 1941, responsable M (matériel et propagande) de la région d’Arras (Pas-de-Calais). Faisant partie du groupe Charles Débarge et sur ses injonctions il sabota, en août 1941, un pylône de haute tension sur la route de Hulluch et, le 5 janvier 1942, un autre pylône au Chemins-des-Mottes, faubourg d’Annay-sous-Lens. Le 23 septembre 1941, il participa à une opération de récupération d’explosifs à Beaumont-en-Artois. Le 24 septembre 1941, toujours avec la patrouille Débarge il fit dérailler un train militaire allemand à Quiéry-la-Motte. Le 29 octobre 1941, il participa à un coup de main contre la municipalité de Loos-en-Gohelle pour la récupération de cartes d’alimentation, de machines à écrire et à calculer, etc. En mai 1942, il prit part au sabotage des canalisations et de la centrale électrique de Pont-à-Vendin. Le 15 avril 1942, il prit part à l’attentat à la grenade contre les bureaux de la Gestapo, à Arras, et, le 27 juillet 1942, à l’attentat contre le bureau allemand de placement. Le 7 janvier 1943, il fut condamné à mort par contumace par la Section spéciale de la cour de Douai. Il se réfugia alors à Paris chez son oncle Mattei Vincenzo, puis dans la région de Chartres où il fut arrêté le 7 avril 1944. Torturé à mort par les Allemands, il expira en prison. À Annay-sous-Lens (Pas-de-Calais), une rue porte son nom.”

Enquète du CEDREL :

RESUME DES FAITS CONCERNANT HERMELIN MARCEL ET MATTEI JOSEPH

Joseph MATTEI est un jeune FTP d’AUNAY sous Lens, actif dans le Pas de Calais. Recherché entre autres, comme réfractaire au STO, il se réfugie en Eure et Loir. Son père Louis Mattei est alors arrêté comme otage et détenu en camp à Stuttgart. Sa mère est détenue à Oranienburg.
Joseph Mattei sous le nom de Georges Laurent est employé par Madame Gateau comme ouvrier agricole à Pontgouin. Il vient du Nord de la France et est réfractaire au STO ce dont sa patronne est avertie. Quant il souhaite la quitter, elle lui trouve une autre place ailleurs.
1°) Arrestation en avril 44 de Joseph Mattei par les allemands. Il est conduit le 7 avril 44 à la prison allemande de Chartres, rue des Lisses. Torturé par la Sipo-SD, il a des plaies béantes au front selon Edmond Gueugneau coiffeur attitré de la prison qui passe chaque semaine le vendredi matin raser et couper les cheveux des prisonniers.
Mattei lui dit qu’il doit être fusillé prochainement car il refuse de parler sous la torture.
Georges Beauhaire est détenu aussi à Chartres où il sert la soupe aux prisonniers et Mattei lui indique aussi qu’il doit être fusillé.
2°) Aldo FIGEROD est aussi détenu à Chartres au moment des faits. Il constate l’arrivée d’un inconnu de 20 ans, blond et sympathique qui est placé en cellule N°1.Il s’agit de Mattei.
3°) Henri BREBION 19 ans, est détenu à Chartres de mars à juillet 44. Il croise Mattei qui est souvent interrogé et brutalisé durement.
4°) René VILLETTE, né en 1921 à Charray (28) est agent de police auxiliaire à Châteaudun où il habite. Il s’est engagé volontaire en 1941 pour 2 ans dans l’armée d’armistice à Châteauroux.
Il déclare arriver à la prison de Chartres le 8 avril 44 où il est placé en cellule N°1, dans la même cellule que Mattei. Il y reste 4 jours avec ce seul prisonnier. Vers le 12 avril, il et transféré en cellule 5 avec 4 autres détenus (Pescheux, Esnault, un jeune juif nommé Guntman et Figerod). Il déclare que le motif de son arrestation serait qu’il a été porté sur une liste de la résistance d’une quarantaine de noms. Il rapporte les échanges avec Mattei à ses codétenus avec lesquels il s’entend mal, ne supportant pas les plaisanteries.
A Châteaudun, il vit très largement au dessus des moyens financiers autorisés par son salaire d’auxiliaire. Il est en ménage avec une femme qui est employée à la Feldgendarmerie de la ville.
Il restera 11 jours à la prison allemande de Chartres et recevra des colis de sa fiancée dès son arrivée.
Il est arrivé à Chartres avec un autre policier détenu également mais séparément (Mr BOUQUIN de Châteaudun).
Durant sa captivité avec Mattei, ils se parlent et entrent en confiance l’un, l’autre. Mattei lui indique que les allemands vont le fusiller et qu’il faudrait faire porter une lettre à des amis pour les prévenir. Villette accepte, s’il est libéré le premier, de faire cette démarche.
Le 17 avril, Villette est déplacé de la cellule 5 à la cellule 1 où il retrouve Mattei. Il a sur lui un crayon quasiment neuf avec lequel Mattei pourra écrire cette lettre. Ce crayon a probablement été remis par les allemands à Villette avant son transfert de cellule.
Le 18 avril Villette est libéré et le 19, la gestapo est en possession de la lettre de Mattei qui est violemment battu dans la nuit qui suit.
5°) La lettre de Mattei
Il écrit cette lettre en cellule avec le crayon remis par Villette sur du papier ordinaire. Villette contestera avoir remis ce crayon au retour dans la cellule de Mattei.
Le contenu de la lettre ne peut être connu que par les dépositions de Villette, dépositions qui varieront selon les interrogatoires. Elle fait 5 ou 6 pages selon Marcel Hermelin.
Selon Villette, cette lettre a été écrite par Mattei dans sa cellule. Il souhaitait la remettre à Villette susceptible de sortir alors que Mattei se savait condamné à être fusillé. Il n’y avait pas d’adresse ni de nom de destinataire, seulement des prénoms. (Alexis, Emile, René, etc selon Figerod).
Villette indique que l’adresse du destinataire devait être communiquée par Mattei au dernier moment lors de la libération du policier se bornant à dire que l’adresse donnée au dernier moment par Mattei : c’était autour de Chartres (1ère version de Villette).
Dans sa deuxième version, Villette indique que la lettre était destinée à un cultivateur. Plus tard, il ajoutera que c’était à Pontgouin qu’il devait remettre cette lettre à une personne du nom de Rateau ou Plateau.
Villette met la lettre dans la doublure de son vêtement (tantôt une poche préparée, tantôt un vêtement déchiré par accident) et sort de la cellule pour sa libération.
On lui demande s’il n’a rien sur lui et le soldat le fouille et trouve la lettre. On lui demande à qui elle est destinée et il refuse de répondre. Avec la lettre, il y avait une enveloppe sur laquelle le chemin pour aller au destinataire était indiqué. Il est ramené en cellule et fait 24 heures de détention en plus.
Villette dit aussi qu’il a lu la lettre de Mattei et qu’elle ne contenait rien de compromettant. Mattei décrivait son arrestation, les coups endurés mais aussi que ses camarades du Nord l’avait vendu aux allemands.
Villette en conclue que la saisie de cette lettre n’est pour rien dans les arrestations qui vont suivre et pour rien également dans le suicide de Mattei qui se savait condamné.
6°) les incohérences de Villette
Outre les changements de version et les éléments distillés au compte goutte après la guerre lors de son procès, il y a des faits troublants dans ses versions :
– L’affaire du crayon neuf apporté par Villette à Mattei, d’où le tenait-il en sortant du bureau de la gestapo ?
– La lettre qui glisse tantôt au fond de la poche, et qui est tantôt disposée ainsi pour être cachée
– La fouille à la sortie de la cellule qui n’est pas systématique mais qui devient opportune pour les allemands
– La sanction d’un seul jour de prison supplémentaire alors que le barème de ce cas était au moins 15 jours
– Les noms et prénoms qui sont en mémoire ou non selon les versions
René Villette est libre et retrouvera son poste de policier auxiliaire à Châteaudun y compris après la libération.
7°) le suicide de joseph Mattei
Le 21 avril dans la nuit, Mattei se suicide. Il est seul dans sa cellule et a été très violemment interrogé précédemment. Il dira à Gueugneau le coiffeur, qu’il voit un ou deux jours après la libération de Villette, qu’il a écrit cette lettre et qu’elle a été remise par le policier à la gestapo pour obtenir la libération de Villette.
8°) les arrestations suivent
Marcel Hermelin est arrêté le 22 avril à 7H30 par 4 allemands qui se rendent directement chez lui et qui perquisitionnent la mairie. Il est conduit en voiture dans un endroit discret où il attend, encadré par les agents allemands qui tentent peu être de négocier sa libération contre de l’argent. Il sera détenu à Chartres dans la prison allemande où il apprend l’affaire Mattei/Villette. Il est interrogé le 24 avril par la gestapo toute la journée. Les allemands cherchent à savoir si Hermelin a fait des faux papiers à Mattei. Il est interné cellule 5 avec Figerod, Pecheux et Guntman, le jeune juif qui sera déporté.
Figerod écopera d’un an de camp près de Francfort pour avoir plaisanté Villette lorsqu’il était en cellule avec lui ce qui est une peine disproportionnée d’après Hartman l’interprète de cette prison.
Pecheux et Hermelin sont déportés ensemble. Ils partent de Compiègne le 5 juin 44 et arriveront à Neuengamme près de Hambourg. Marcel Hermelin sera un des rescapés de la tragédie de Lubeck où les pilotes anglais coulèrent les bateaux prisons allemands remplis de prisonniers de guerre alliés.
Le 22 avril, en sortant de chez Hermelin, la gestapo va chez Madame Gateau, l’ancienne patronne de Joseph Mattei à Fouville par Pontgouin. Ils perquisitionnent la maison et vont trouver le pistolet de Mattei caché là. Madame Gateau ne sera pas inquiétée. Mais Mr Gateau sera tenu de verser 15000 francs à ces allemands.
Marcel Hermelin sera rapatrié le 22 mai 1945 et s’emploiera à la mise en accusation du policier Villette.
9°) Lors de la libération du département Villette, profitant du chaos lié aux attaques des résistants, se glisse dans un groupe du Front national ou des FFI (groupe Perdreau) et revendique son statut de résistant en citant des personnes qu’il aurait protégées (Melle Coulon, le fils Soreau). Il devient tireur au FM dans ce groupe mais son action est diversement appréciée par le groupe FTP d’Ozouer-le-doyen. Il est dans un groupe d’Orgères en Beauce comme agent de liaison mais n’est pas fidèle aux rendez-vous.
A Châteaudun libéré, il est mis en cause et insulté par les FTP comme ancien policier collabo des allemands. Il est roué de coups et menacé d’être fusillé sur le champ. Les FFI parviennent à lui éviter cela en le substituant aux résistants FTP.
10°) Condamnation de Villette René
La Cour de justice d’Eure et Loir le condamne en 1945 à 5 ans de travaux forcés et à la dégradation nationale.

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