ROUSSEL Gustave

Nom de guerre :

Jim

il est né le 23 mars 1914 à Flers (Orne).
Sa mère étant institutrice,il était bien placé pour apprendre l’orthographe et le calcul. Après le certificat d’études primaires, il a continué deux ans en études primaires supérieures.
Il a ensuite été employé dans un garage à partir de 14 ans jusqu’à l’âge de 19 ans.
Puis, il s’est engagé pour trois ans dans l’armée, au 51e bataillon de chars lourds à Bourges, où il est devenu pilote spécialiste de chars lourds et de chars légers.

Comme ils demandaient des volontaires dans la Garde républicaine mobile, il a posé sa candidature et, après un petit concours, il a été accepté.
Après avoir obtenu le concours, il a été admis en 1937 à la brigade de gendarmerie de Brezolles, dans l’Eure-et-Loir, où il est resté quelques années avant d’être nommé à la Ferté-Vidame.

Au moment de la déclaration de guerre en 1939 , il est en brigade.
Ils demandaient des volontaires dans les chars, surtout pour faire de l’instruction. Comme il était volontaire, il a été affecté à la formation militaire, dans les chars, à Satory. Ayant tous les permis, il a fait un peu d’instruction pour former des jeunes conducteurs de chars lourds et de chars légers. En 1940, au début de la guerre, il pilote un char de 16 tonnes, un char Hotchkiss.

Au début de la guerre, les Allemands étaient forts, équipés comme il faut, mieux habillés , et surtout mieux organisés. En plus, il y avait beaucoup d’infiltration d’espions allemands dans l’armée française. Il y avait des affiches partout : « Taisez-vous, des oreilles ennemies vous écoutent ».
Gustave Roussel donne un un exemple: ” à un certain moment, on travaillait avec le deuxième bureau. On allait porter des plis à un officier français qui s’occupait des prisonniers allemands afin d’avoir des renseignements.
Et alors, un jour, quand les Allemands sont arrivés, je suis allé trouver ce lieutenant, le lieutenant M… Il avait son revolver sur la table, habillé en lieutenant allemand. Je suis resté le bec dans l’eau. Il m’a dit : « Et oui, vous voyez Roussel, je suis de l’armée allemande. On peut vous faire prisonnier. D’ailleurs, vous allez être fait prisonnier d’un moment à l’autre. Les Allemands arrivent ». Il s’était engagé comme Allemand dans la légion étrangère et s’était fait reverser dans le renseignement de l’armée française. On était vendus”.

Une fois démobilisé, il rentre dans sa brigade de gendarmerie.

Il faisait déjà beaucoup de renseignements pour les Alliés. Par exemple, un jour, un grand nombre d’Allemands sont venus camper dans un bois près de la Ferté-Vidame avec tout un matériel de réparation de véhicules. Quand il a appris ça, il a aussitôt envoyé sa femme avec tous ces renseignements, notamment les coordonnées, à Verneuil-sur-Avre, chez M. Marais, un agent d’assurance qui correspondait avec Londres avec son poste-émetteur clandestin. Deux jours après, une dizaine de bombardiers sont arrivés sur le bois faisant beaucoup de morts et de destruction.

Étant marié et père de trois enfants,il risquait sa famille et lui de gros ennuis.
Son épouse a été d’une aide précieuse dans ces moments tragiques. Elle y a risqué sa vie ainsi que celle de ses enfants plus d’une fois. Elle cachait au domicile des tenues d’aviateurs anglais et dissimulait des faux papiers administratifs pour les résistants et les réfractaires au S.T.O, ainsi que des armes parachutées.

Les autres gendarmes de la brigade n’étaient pas contre la Résistance. Ils prenaient aussi pas mal de renseignements.
Gustave Roussel a eu des soucis quand il a déserté le 7 juillet 44.
Il savait qu’il allait être pris, qu’il serait arrêté. Alors,il a barboté la moto et est parti avec.
Il est allé voir le capitaine Guérin, le commandant de section à Dreux, qui l’a aussitôt félicité. Il a dit : « Si vous avez besoin de quelque chose, des renseignements, on reste en contact ».

Le chef était le commandant Sinclair, commandant la Résistance dans tout le département de l’Eure-et-Loir. Il était assisté de Sylvia Montfort, une actrice de cinéma. Il recevait les ordres, parfois même de Londres, et décidait des objectifs.

Il y avait beaucoup de parachutages: pas mal de vivres, des rations américaines ou anglaises, et beaucoup d’argent aussi pour éviter les problèmes.
Il y avait des maquis non contrôlés qui attaquaient des fermes pour les piller, les voler. Dans chaque unité, un sous-officier tenait les comptes. Quand il avait besoin de quelque chose, comme un bœuf ou un veau, il l’achetait dans les fermes. Il y avait toujours un boucher dans la compagnie pour s’en occuper, pour donner à manger.
Au maquis c’était Maurice Jahandier qu’on appelait Beefsteack.

Gustave Roussel poursuit :
“On écoutait les messages qui nous concernaient sur des petits postes récepteurs, ou bien à la radio, à la TSF. Ainsi, on savait à peu près ce qui se passait. Tel message désignait tel terrain. Par exemple, quand on entendait « tiens voilà du boudin », on savait que, dans la nuit suivante, à Crucey, il allait y avoir un parachutage. Alors, il fallait mobiliser plein de monde, de Dreux et de partout, car il pouvait tomber vingt tonnes d’armes d’un seul coup. Ce n’était pas rien. Les armes étaient dans des grands containers, des gros cylindres de deux cents kilos. On les mettait dans des vachères et puis par-dessus on mettait un déménagement avec des meubles et des cages à poules pleines de volailles. On allait livrer les armes dans les coins qui n’avaient pas de parachutages. C’était quand même risqué, mais on le faisait”.

“On faisait surtout des attaques en minant les routes avec des mines antichars. D’autres fois, on mettait ce qu’on appelait des crottins. C’était des faux crottins de cheval dans lesquels on vissait une petite amorce et qui faisaient office de crève pneus. Quand ils avaient leurs pneus crevés, on vidait nos fusils-mitrailleurs sur les camions et on lançait des grenades avant de se tailler parce qu’il ne fallait pas essayer de résister contre eux.
Une fois, du côté de Verneuil, on a été poursuivis par des Allemands(6). Alors, on s’est foutu à l’eau, dans la rivière, l’Avre. On a cavalé à travers la flotte et ils ne nous ont pas eus. Les chiens ont perdu la trace à cause de l’eau. Tout le monde est rentré à bon port”.
A la Libération, par ordres du commandant Sinclair, il a pris la direction du maquis et il a même, à un moment donné, commandé tout le secteur de la Ferté-Vidame.
“J’avais tous les pouvoirs. J’ai fait arrêter tous les collabos, des Belges pas mal, et tous ceux qui faisaient du trafic, du marché noir avec les Allemands… Ça y allait les valises de cochon avec les boches. Avant, j’avais refait le conseil municipal à La Ferté-Vidame. On a fait tondre les collaboratrices. Les Américains qui arrivaient là ont tout filmé. Et puis, alors, les dénonciations, ça arrivait. Il y a untel et untel chez qui les Allemands étaient… Ils ont fait la bringue avec les boches…”

La libération de Paris
“On est monté sur Paris avec le bataillon d’Eure-et-Loir et on a fait la libération de la capitale. On était auprès du général de Gaulle alors qu’il faisait son discours devant Notre-Dame.
Autour de la cathédrale, des collabos, des S.S, ou je ne sais quoi, se sont mis à mitrailler tout autour du général. Aussitôt, on est parti vers Notre-Dame avec nos armes pour essayer de trouver les types. Mais, manque de bol, on n’a pas pu les identifier car ils se sont collé des brassards et des képis. On n’a pas pu les reconnaître, à l’exception d’un. Il tirait par la fenêtre et descendait les gens du quatrième étage. C’est un de mes copains qui l’a descendu. On est monté juste en face. Mon tireur, Le Polotec, a ouvert un petit peu sa fenêtre. Il a ajusté son F.M et, quand l’autre s’est présenté, il l’a tué”.

“On a eu deux gars tués auprès d’un petit blockhaus à ras du sol. Les Allemands étaient dedans. On a demandé un char Leclerc qui a tiré avec son canon de 75 dans le blockhaus. On est allé voir après. Le type était en charpies… Il fallait se méfier. Il y avait des types comme ça partout, qui risquaient de se faire tuer mais qui voulaient faire des dégâts”.
Après la Libération il s’engage au 1er bataillon de marche d’Eure et Loir et participe aux combats des poches de l’Atlantique à la Point de Grave et l’île d’Oléron.

Le 15 octobre 44, sous l’uniforme anglais il est dans la troisième compagnie du 131 ème régiment d’infanterie avec la plupart des résistants et maquisards d’Eure et Loir.

Après avoir rejoint quelque temps la Gendarmerie dans les années 50, il est ensuite revenu à la vie civile.

Citation à l’ordre du régiment.

Il est décédé à plus de 100 ans à Flers.

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