Château du Gland Morvilliers RDV à 9h30

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C’est dans cette petite commune rurale et ses alentours que se sont déroulés des évènements importants pendant les combats et les actions que la résistance a mené contre l’occupant allemand. Mary Thibault, le maire, est considéré comme le fondateur de la Résistance dans la région.

Outre la ferme des Pleins qui fonctionne réellement comme une exploitation agricole et d’élevage, Mary Thibault possède quelques dépendances et une petite ferme aux Rayers autre hameau du village. Celle-ci est louée aux époux Barreau dont un des fils, Joseph, est au maquis sous le nom de Tobby. Raymond le second fils est prisonnier en Allemagne. Leur jeune sœur Marie est infirme suite à un accident.

A la ferme des Pleins, il y a du travail et personne pour tenir la maison et les trois fils lorsque Mary Thibault est à ses occupations officielles ou clandestines. Il a donc décidé de prendre une gouvernante en la personne de Georgette Haincourt dont la maison est au hameau des Rayers et où elle habite avec son mari Modeste et sa fille Paulette.

On peut considérer que la ferme des Pleins et ses annexes constitue un foyer de premier ordre pour les activités maquisardes : recrutement, hébergement, fausses cartes d’identité, cache d’armes et de tracts, tenues de réunions etc…

Les voisins sont solidaires comme M. Portant ou Mme Ruelle qui fut considérée par André et Maurice Thibault comme leur seconde mère ; la vraie étant décédée.

Il y a aussi d’autres voisins beaucoup plus dangereux pour les maquisards et Mary Thibault.

Au château du Gland dans la commune proche de Beauche et à peine quelques kilomètres de la ferme des Pleins, Anton Schifferer, un major allemand, a choisi ce domicile avec une dizaine d’officiers et de sous-officiers. Ils ont réquisitionné une bonne partie du château reléguant le propriétaire Joseph Lefebure et sa famille dans d’autres pièces.

Dans la ferme contigüe de La Chauvière, Roger Debue, adolescent à l’époque se souvient d’une quarantaine de soldats allemands qui logent dans la ferme familiale et qui assurent la sécurité du major et de ses officiers.

Pour compléter l’appareil répressif de cette petite région du nord de l’Eure et Loir, une unité SS de 200 à 300 hommes est cantonnée au château de La Ferté Vidame non loin de la Kommandantur logée au château blanc appartenant à la famille Hayem

L’unité SS dispose d’un armement important : véhicules blindés légers équipés de canons, mitrailleuses lourdes, nombreux camions et autres véhicules. Des chiens dressés pour suivre les pistes font partie de l’arsenal de cette unité arrivée fin juin 1944 et dont la mission exclusive est la chasse aux maquisards.

Le maquis de La Ferté Vidame dirigé par Gustave Roussel (Jim) se compose de plusieurs groupes de 8 à 12 hommes chacun sur une zone déterminée. Les opérations militaires se font de nuit avec le groupe entier ou une partie de celui-ci selon l’objectif. Chaque chef de groupe dispose d’un armement déterminé et d’une grande autonomie.

Sur la départementale 4 qui va de La Ferté Vidame à Brezolles et qui englobe les communes latérales comme Morvilliers, c’est le groupe de Fernand Jourdain (Clark) qui est à l’œuvre.

Le sergent-chef Jourdain, 22 ans, est secondé par le sergent Guenard et le caporal-chef Collet Georges (surnommé Le Marin car il fut marin sur le cuirassé Le Bordelais et a rejoint le groupe de Digny dès sa démobilisation).

Huit à dix hommes complètent le groupe dont ceux de Morvilliers.

Georges Collet dit le Marin (photo M.Barreau)

Jean Rousseau (Estell) est originaire de Rasville près de Chérisy. Tireur au fusil-mitrailleur, il a fait partie du maquis de Crucey avant d’être muté en juillet 1944 au maquis de la Ferté Vidame.

                                            Jean Rousseau (Estell)

                                                                                                        Marcel Bravo (Mickey)

dont le père tient le café-épicerie de Morvilliers est également dans ce groupe de jeunes maquisards.

Bravo, Rousseau et Collet sont logés dans la grange de Mr.et Mme Barreau aux Rayers, car ils sont quasiment clandestins.

Constituer les groupes avec les enfants du pays, permet d’accroître l’efficacité des maquisards par la connaissance des lieux, des chemins et des abris potentiels. Cela permet surtout de connaître les endroits à éviter.

Tous les groupes sont dans l’action en ce début d’août 1944 et chaque chef décide en toute autonomie des objectifs.

C’est alors que le groupe Clark ou du moins une partie du groupe dirigée par le sergent Chopin (Fred) attaque avec cinq hommes une voiture allemande sur le D4 en bordure du bois de Malassis. La voiture est détruite et les deux Allemands dont le secrétaire de la Kommandantur qui y était, sont tués.

Ceux-ci logeaient chez M. Boudier à La Ferté Vidame. Il est possible également qu’une femme amie d’un allemand ait été blessée dans la voiture Les faits se déroulent de jour à 10 heures du matin le 9 août 1944 à 300 mètres du hameau des Rayers.

Cette attaque du bois de Malassis répond à l’ordre qui a été donné aux groupes d’attaquer partout alors que les Américains approchent et que les Allemands, inquiets, commencent à préparer leur retraite. De plus les jeunes maquisards veulent participer aux derniers combats avant la libération prochaine et c’est avec un certain enthousiasme que ces attaques se déroulent au maquis de La Ferté Vidame. 

Alors que les Allemands viennent d’apprendre l’attaque de Malassis, la ferme des Pleins reçoit des chefs maquisards. Cette ferme est depuis longtemps un lieu de regroupement temporaire, d’hébergement court des résistants et un lieu où les échanges d’information se font. La ferme des Pleins est un relais où le maquisard de passage trouvera gîte et couvert sans problème. Ainsi, le 10 août, quatre chefs maquisards sont à Morvilliers ignorant la rafle et les perquisitions qui vont s’y dérouler le lendemain.

De leur côté, les Allemands diffusent une menace contre Mary Thibault auprès des habitants de Morvilliers : il doit se présenter avant 18 heures à la Kommandantur ou sa ferme sera incendiée.

Apprenant l’attaque de Malassis, les SS consultent leurs dossiers qui rappellent que le maire de Morvilliers a été arrêté fin 1943 et perquisitionné en 1940. Or, le bois de Malassis est à 300 mètres de la ferme des Pleins et c’est là qu’ils vont se rendre en masse pour rechercher « les terroristes ».

Prévenu par Pécoul, Thibault réunit sa famille et ses ouvriers et décide de quitter Les Pleins au plus vite.

Pendant l’absence de la famille Thibault, les SS perquisitionnent Morvilliers et en priorité les propriétés de Mary Thibault. La brigade SS part du lieu de l’attaque à l’angle Est du bois de Malassis et arrive naturellement au hameau des Rayers visible de la route départementale.

Ils se dirigent vers la grange attenante où ils entendent des voix et découvrent trois jeunes : Jean Rousseau 20 ans, Georges Collet 21 ans et Marcel Bravo 20 ans. Au sol des armes sont visibles et c’est l’arrestation.

Les SS sont satisfaits de leur prise et ne pensent pas à monter à l’échelle vérifier sous le foin du grenier où sont endormis 7 autres maquisards.

Une fois les soldats partis avec leurs prisonniers, Madame Barreau prévient les jeunes maquisards qui sont dans le grenier de la grange. Ils partent de suite se cacher ailleurs et notamment dans les trous de marnière environnants en emportant leurs armes.

Marcel Bravo, Jean Rousseau et Georges Collet sont conduits à pied par les SS au château du Gland, résidence du major allemand et non à la Kommandantur de La Ferté Vidame.

Apparemment les Allemands veulent faire parler tout de suite leurs prisonniers. Le château du Gland sur la route de Beauche est proche de Morvilliers et du bois de Malassis. C’est une grande maison bourgeoise entourée d’un parc assez grand clos par de grands murs.

Immédiatement les tortionnaires se « mettent au travail » sur les jeunes maquisards qui sont atrocement torturés au feu, probablement dans les pièces au-dessus des remises qui comportent des cheminées. Les trois sœurs Reversé qui habitent au Gland pendant leur service entendent une bonne partie de la nuit les cris de douleur des martyrs.

Que veulent savoir les nazis ? D’abord où se cache Mary Thibault l’insaisissable et sûrement aussi des détails sur le réseau de résistance les noms, les adresses, les dépôts d’armes, etc…

Toutes ces informations ne sont pas connues des prisonniers qui sont de jeunes recrues sans expérience militaire et, qu’en raison des règles de sécurité imposées au maquis, ne peuvent leur avoir été données.

M. Joseph Lefebure, propriétaire et habitant le château du Gland intervient longuement auprès du major allemand, Anton Schifferer, pour sauver la vie des trois jeunes. Il plaide leur jeunesse, leur innocence dans l’attaque de Malassis et souligne qu’ils ont compris leur erreur d’être au maquis, mais ce ne sont pas des assassins. Il ne sera pas entendu, l’officier veut faire un « exemple ».

Jean Rousseau est fusillé le premier le 11 août 1944 après avoir creusé lui-même sa tombe sous la contrainte et les coups dans la clairière du parc dominée par un grand chêne.

Cette première exécution doit accroître la pression sur les deux autres maquisards qui creusent également leurs tombes. Elles sont disposées en étoile autour du chêne dominant une petite clairière où M. Lefebure fera dresser une stèle.

Les SS continuent de torturer les prisonniers et conduisent l’un d’eux, encadré par 5 soldats qui le frappent, au café de Morvilliers pour confronter Marcel Bravo à son père qui tient le café. Bien que le gros chien blanc de la maison fait la fête à Marcel les deux hommes affirment ne pas se connaître… Retournant au château du Gland, il retrouve Georges Collet et ils sont fusillés au même endroit que Jean Rousseau.

Après la guerre, le docteur Jorel examinera les dépouilles de ces hommes et confirmera l’exécution et les tortures par le feu.

Les SS ne vont pas tarder à arriver pour brûler la ferme de Mary Thibault s’il ne se rend pas, ce qu’ils font proclamer partout dans la région

Aux Pleins, la ferme, attaquée par des grenades incendiaires, brûle toute la nuit ainsi que la maison habitée par la famille Roussel. Tout a été pillé avant la mise à feu vers 16 heures. Les soldats emportent le bétail à pied vers le château du Gland En passant au Nicochet, autre hameau de Morvilliers, les bêtes sont mélangées avec celles de Madame Ruelle qui a libéré volontairement les siennes pour gêner la progression des soldats. Elle fait rentrer ses animaux sur ordre des allemands et en profite pour y intégrer quelques vaches de Thibault qu’elle lui rendra plus tard.

Les prises de position courageuses de Madame Ruelle valident sans doute possible son attachement à la libération du pays et son soutien à la résistance locale. Elle sera d’ailleurs présente au procès de l’officier allemand responsable du massacre des trois jeunes de Morvilliers.

La ferme des Pleins après l’incendie du 12 août 1944 (Photo Y.Thibault)

Le 15 aout 1944, les Américains arrivaient à La Ferté Vidame.

Quant au major Schifferer, commandant la garnison du château du Gland, l’histoire et la justice militaire le rattraperont en Allemagne après la guerre.

Devant ses dénégations une question se posera : le major de la Wehrmacht a-t-il le pouvoir de sauver la vie des prisonniers alors qu’ils sont entre les mains des tortionnaires de la SS ?

C’est un autre système de défense qu’Anton Schifferer adoptera lors de son procès (pour crimes de guerre) à Paris en février 1949. Arrêté en Allemagne par les armées d’occupation après la guerre, il a été transféré à Paris pour être jugé en tant que responsable militaire de l’unité L53081 qui était cantonnée au château du Gland à Morvilliers en août 1944.

Schifferer plaidera n’avoir pas donné d’ordre d’exécuter les trois FFI, ce qui est totalement contradictoire avec les faits. Son avocat, maître Langlais du barreau de Paris, obtiendra l’acquittement au bénéfice du doute « car aucun témoin ne peut apporter la preuve formelle de la responsabilité du major allemand 

Au procès à Paris, Mary Thibault, Mme Bravo mère de Marcel et Madame Ruelle, témoignent des évènements. Mme Bravo ajoute que lors de la perquisition du café par les cinq soldats, ceux-ci ont prélevé 20 000 francs aux propriétaires avant de repartir pour fusiller leur fils Marcel.

Tous ces éléments concrets n’ont pas convaincu la justice française de 1949 malgré des évidences : comment des soldats SS pouvaient perquisitionner un village, arrêter des jeunes FFI, les torturer sur place à leur cantonnement, les déplacer pour confrontation, les fusiller enfin dans l’enceinte du château du Gland, sans ordres de leur major, commandant cette garnison ?

Chaque année depuis 1947, un hommage est rendu à Morvilliers pour le souvenir de ces trois jeunes gens qui ont donné leurs vies pour notre liberté. Sachons perpétuer leur souvenir par le recueillement sur les lieux mêmes où ils furent assassinés.

Texte du CEDREL publié le 17 aout 2025 reproduisant une partie du livre «  la Résistance en Eure et Loir » par Albert HUDE, Editions du petit Pavé.2015.

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