Comme chaque année, le Comité du souvenir du Camp d’internement de Voves et Etienne Egret, son secrétaire mémoire, organisent cette visite du camp. On pourra y voir l’entrée souterraine du fameux tunnel qui permit à 42 détenus de s’évader et rejoindre les rangs de la résistance.
Le wagon-musée présente les objets fabriqués par les prisonniers pour s’évader comme de nombreux documents expliquant comment des détenus ont pu s’organiser clandestinement et se former en vue de leur libération obtenue par eux-mêmes.
Une belle visite du souvenir à faire en famille
Dans ce secteur agricole, entre Thymerais et Drouais, s’est épanoui un des deux plus gros groupes de résistance rurale d’Eure et Loir.
Initié par un belge installé en France depuis des années, ce groupe a commencé modestement en 1940 à contester la présence allemande dans la région. Mais il a fallu près d’un an pour qu’un cultivateur et un responsable industriel puissent se reconnaitre l’un, l’autre dans une idée simple : refuser la présence allemande et agir pour cela.
3 ans plus tard, au moment du débarquement allié, les résistants de ce groupe, portant le nom de “Secteur Nord” autour de Clévilliers, se comptaient 450 engagés sur un territoire de 41 communes.
La stricte organisation de ces clandestins, en 8 sous groupes commandés chacun par un officier, a attiré l’attention des Alliés qui cherchaient à développer les liaisons entre la France occupée et la Grand Bretagne. S’appuyant sur ce groupe encore embryonnaire en 1942, les Alliés ( S.O.E britannique et B.C.R.A. gaulliste) ont testé son efficacité pour la mise en place du réseau de parachutages destinés à la résistance de Paris puis des groupes d’Eure et Loir et environs. 35 à 40 opérations de parachutages s’y dérouleront entre mars 1943 et août 1944.
La réussite de cette vaste opération doit à la présence incontournable de 3 responsables que sont Ginette Jullian la radio, André Gagnon l’organisateur et Jules Divers le combattant.



Autour de ces trois pivots de la résistance locale de Clévilliers, c’est toute une organisation qui s’est mise en place durant des années et dont le point de départ est fixé par Jean Moulin lui-même en 1940 à Chartres où il exerce son mandat de Préfet de l’Eure et Loir.

Le département est occupé depuis juin 1940 et est soumis, comme tout le territoire national, à la convention d’armistice signée entre Pétain et Hitler .
En conséquence, tous les services administratifs que ce soient la gendarmerie ou les pompiers, y compris le Préfet et ses collaborateurs sont tenus d’appliquer toutes les décisions des Allemands.
Jean Moulin a fait le choix de rester en poste, malgré les brutalités qu’il a subi en juin de la part des officiers allemands, et cherche à trouver les moyens de s’opposer aux occupants ou, du moins, à ralentir leurs mesures coercitives contre la population. Mais il sait aussi que l’avenir du pays sera très sombre si les Français ne réagissent pas contre cette situation d’occupation.
C’est ainsi que le Préfet Moulin remarque que le commissaire de police Charles Porte, proche de Jean Decote, le chef de cabinet préfectoral, pourrait partager cette idée de préparer l’avenir en s’organisant avec des personnes sûres. Porte essaie effectivement de construire un noyau de futurs résistants chartrains. A ce titre et disposant de nombreux contacts il est en mesure de constituer un pôle d’attractivité pour les patriotes chartrains volontaires.
En 1942, Decote est limogé par le Préfet collaborationniste Lebaube et assigné à résidence en Seine et Oise. Lors de son départ, sur le quai de la gare de Chartres, Charles Porte lui communique son soutien de manière évidente alors que le commissaire est chargé par Lebaube de s’assurer du départ du fonctionnaire.
Il y a un témoin de la scène : il s’agit de André Gagnon, célèbre coureur cycliste chartrain et vendeur de vélos. Avec le “Vélo sport chartrain” son club, il a tissé un réseau de relations personnelles sur un grande partie du département, réseau qu’il met au service de l’embryon de résistance constitué par la SFIO dont il est membre.
A ce titre, il est intervenu plusieurs fois avec succès auprès de Jean Decote pour obtenir de l’information sur les prétentions allemandes et pour tenter de protéger des citoyens visés par la répression. C’est pour cela qu’il assiste au départ du fonctionnaire et c’est à cette occasion qu’il remarque des liens secrets entre Porte et Decote.
Gagnon saisira l’occasion peu de temps après pour solliciter, avec succès, le commissaire afin d’obtenir des papiers pour des soldats français recherchés après leur évasion des camps locaux.
Un lien est ainsi créé entre le militant socialiste et le commissaire en poste sous l’Occupation. Ce sera ce lien qu’on retrouve peu après dans la préparation du premier parachutage en Eure et Loir à Meslay le Grenet.



A Londres, Jean Moulin, qui a rejoint De Gaulle en 1941, est chargé de mettre sur pied une organisation permettant les parachutages en France occupée à l’instar du SOAM, le service installé en zone sud qui permet les communications et les livraisons de matériel anglais aux groupes de résistance.
Pour la zone Nord, étroitement surveillée par les Allemands, la partie n’est pas gagnée d’avance. L’un des premiers objectif de Jean Moulin est de fournir des postes de radio émetteurs récepteurs en nombre pour la résistance parisienne qui doit construire ce réseau de communications clandestin avec Londres.
Jean Ayral a été désigné sous le nom de code “PAL” pour conduire cette opération vitale pour la résistance.
C’est l’un des premiers à avoir rejoint Londres en 1940 et il a acquis une bonne expérience des manipulations radio lors de sa formation réalisée conjointement avec, entre autres, François Briant (Pal W) qui sera son radio.
Les deux hommes sont parachutés en France non occupée avec Daniel Cordier, futur secrétaire de Jean Moulin, le 27 juillet 1942. Ils rejoignent la région lyonnaise où ils retrouvent Jean Moulin.

Jean AYRAL
Pour atteindre l’objectif de fournir des postes de radio aux résistants parisiens, Ayral cherche à établir des contacts avec les premiers résistants dans une zone peu éloignée de Paris et pas trop surveillée par les Allemands. Il faut aussi contacter des éléments sûrs pour la mise en place d’un réseau qui sera permanent.
L’Eure et Loir parait bien répondre à ces critères, mais se pose le problème des hommes chargés de ces taches lourdes: repérer des terrains de parachutages, mobiliser des équipes pour réceptionner, stocker et distribuer sous contrôle les armes et le matériel livré.
Ayral reçoit de Jean Moulin l’idée du contact à Chartres avec Charles Porte qu’il a connu quand il était Préfet. Mais “un commissaire” en poste sous Pierre Lebaube, préfet aux ordres des Allemands, cela fait bondir Jean Ayral qui se voit sèchement recadré par Jean Moulin lui assénant : ” c’est Mon commissaire”. Il est vrai que cela peut surprendre de recommander un fonctionnaire de police exécutant les ordres du Préfet de la collaboration, ordres fixés en fait par les Allemands. Porte sera chargé d’ailleurs, de l’arrestation d’une dizaine de militants communistes dont 4 furent fusillés à Chavannes à coté de Lèves le 30 avril 1942, après la tentative d’incendie de la librairie allemande de Chartres. Lors de leur détention, certains dénonceront, par le témoignage de leurs familles, la brutalité du traitement réservé par le commissaire et son adjoint.
La préparation du parachutage
La mission confiée à Jean Ayral (PAL) nécessite une phase d’essai sur le terrain et il faut trouver pour cela une équipe sûre et peu nombreuse. Ayral décide de superviser le test du premier parachutage en étant présent sur le terrain.
Ayant sollicité André Gagnon et mettant à profit la recommandation de Jean Moulin vis à vis de Charles Porte, Ayral doit désormais recruter des bras locaux pour assurer le succès de l’opération.
C’est le groupe embryonnaire de Clévilliers, dirigé par Jules Divers, qui correspond le mieux à la demande. Commencés en 1940 à titre individuel, les actes de résistances de Jules Divers ont évolués vers la constitution d’un noyau des quelques ruraux dans cette partie de l’Eure et Loir.
Comme souvent ce sont les liens familiaux qui permettent l’élargissement du groupe initial vers une taille suffisante.
Il apparait ainsi que Paul Rougeaux, cultivateur, est le lien qui relie d’autres membres de sa famille avec Max Lebois notamment. Il apprendra après ce parachutage qu’un des deux agents reçus une autre nuit à Clévilliers (terrain Ane) n’est autre que son beau frère Dumont (René) formé à Londres, et porteur du grade de colonel du réseau Armand Spiritualist Buckmaster.
Sur “Bison” avec Rougeaux et Lebois il y a aussi Pierre Chantard, maire de Clévilliers, Alcide Manceau, maire de Meslay le Grenet et Charles Porte autour de Jean Ayral et de André Gagnon , son fils Maurice, son gendre Casalis et François Gilbert, employé agricole de Manceau.
Cette équipe a rendez vous fin février sur le terrain nommé Bison et pour lequel la phrase code (“du soldat de plomb à la flèche, ce soir nous chasserons le bison”) est passée trois fois dans la journée sur la radio anglaise BBC. Ce terrain proche de Chartres , a obtenu l’homologation du BCRA gaulliste et l’accord du S.O.E. anglais à Londres.
Mais la météo n’est pas favorable et la nuit froide passée dans le champ prévu n’a pas découragé l’équipe qui se retrouve un mois plus tard ,lors de la nouvelle lune éclairant le sol du terrain Bison.
Le 23 mars 1943 le ciel nocturne de Meslay le Grenet livre 8 containers et 2 agents (J.F. Le Gac et L.Tomé) suspendus aux parachutes éjectés par l’avion Halifax. Un parachute ne sera pas retrouvé ni son contenu ; une voisine le signalera à la Gendarmerie.
Les parachutes sont prestement enfouis dans le terrain (dont l’aspect initial est restauré par sécurité) et le contenu des lourds cylindres d’acier est stocké chez André Gagnon à Chartres. Il s’agit surtout d’une série de postes de radio émetteurs/récepteurs destiné à Paris pour créer un réseau de communication directe avec le BCRA.
Jean Moulin, revenu clandestinement en France occupée, utilisera ce réseau.
Le succès de cette première opération de parachutage en Eure et Loir sera souligné par Jean Ayral dans son rapport remis au BCRA et permettra de créer le Bureau des Opérations Aériennes (BOA) en Eure et Loir, service qui est confié à André Gagnon lequel assurera la réussite de près de 40 parachutages ultérieurs sur ce département.
Lorsque Ginette Jullian sera opérationnelle comme radio en juillet 1944 et, jusqu’à la libération de l’Eure et Loir en aout, le réseau de communications comme l’organisation des réceptions de parachutages, de stockages des armes et de leur répartition entre les groupes résistants sera très efficace et coordonné en vue des derniers combats contre les occupants allemands.
Pour aller plus loin : voir l’article sur “Meslay le Grenet” et celui sur “le secteur Nord” dans ce site.
Depuis deux ans, le CEDREL ,en lien avec un professeur d’Histoire du collège de Senonches, a établi un programme-mémoire avec les collégiens de 3ème.
A partir de séances en salle, basées sur un questionnaire et des présentations audio-visuelles, les élèves sont conduits à s’organiser en binôme et à choisir un thème de leurs recherches parmi les sujets divers liés à l’occupation et la Résistance : Jean Moulin, les parachutages, les Juifs, les combats nocturnes, le renseignement ou encore les femmes et leur rôle dans la résistance, etc, etc.
Une série de visites sur le terrain a concerné 42 élèves qui ont pu apprécier sur place les conditions de l’activité clandestine de ces jeunes maquisards de Plainville, Crucey ou la Ferté Vidame.
Que ce soit au pont de Magny, au Château Blanc ou au dépôt de munitions de Senonches, l’histoire a été décryptée dans le détail par des membres du CEDREL.

Les collégiens ont pu ainsi découvrir comment de simples explosifs (appelés des “crottins”) judicieusement placés sur le pont de Magny (commune des Chatelets) pouvaient bloquer des convois militaires allemands et les rendre vulnérables ainsi à la chasse aérienne alliée en 1944.
D’autres aspects plus sordides ont été commentés devant le Château Blanc à la Ferté Vidame qui fût le siège de la Orts Kommandantur et dont les caves ont servies de locaux d’interrogatoires musclés contre les jeunes résistants et aussi des civils raflés au hasard.
A Senonches, où la forêt abritait les “Camp des espagnols”, c’est à dire l’endroit où 200 de ces ressortissants, fournis par Pétain pour servir de main d’œuvre aux Allemands, ont été obligés de travailler aux missions dangereuses de manutention des explosifs, il reste des vestiges de leurs baraques en bois bordant la zone interdite aux civils.
Ces leçons grandeur nature ont été appréciées par les élèves qui découvrent ainsi que tout proche de leur collège, l’histoire de l’occupation perdure.

Pancarte d’origine indiquant la direction du camp de munitions aux convois allemands venus faire le plein d’essence et de d’obus avant de rejoindre le Front de Normandie créé par le débarquement allié du 6 juin 1944.
La commune de Maintenon accueillera le CEDREL pour une projection du film “Résister en Eure et Loir” en ce jour férié de la victoire des Alliés sur le régime nazi.
La résistance d’Eure et Loir a pris toute sa place dans ce combat qui s’est conclu il y a 82 ans. Dans les conditions difficiles de la clandestinité, nombre de femmes et d’hommes ont porté l’honneur de la France sous le joug allemand durant ces 4 années noires.
Au moment de fêter la Libération par les armées alliées, traversant les villages du département en direction de Paris, les résistants n’ont pas oublié leurs camarades – il y en eu une centaine – tombés sous les balles allemandes dans les combats ou au pied du poteau d’exécution.
C’est une des missions de ce documentaire afin de témoigner des ces combats clandestins et de l’engagement de simples citoyens qui refusaient l’aliénation de leur pays occupé.
Une quinzaine d’entre eux apporte ainsi un éclairage direct sur ces missions clandestines allant des parachutages d’armes aux réseaux de renseignement pour les Alliés en passant par les combats nocturnes et les sabotages.

Jeudi 26 mars 2026
De 14:30 à 16:30
Agenda Auditorium Lycée Rotrou
5 Rue des Marchebeaux
28100 Dreux
02 37 50 15 49
Accueil à partir de 14h00
Le mur de l’Atlantique par Albert HUDE, président du CEDREL
La séance a débutée par la projection du documentaire ” Le mur de l’Atlantique”.
Ce film présentait les conditions imposées par l’Allemagne nazie aux populations françaises et étrangères pour construire cet ouvrage gigantesque destiné à empêcher la libération du pays par les Alliés s’ils envisageaient de débarquer sur nos côtes.
Comment a-t-il été construit ? Comment a-t-il été financé ? Ces questions furent, parmi celles évoquées après la projection, suivies par cette interrogation proposée à la centaine de spectateurs : Et vous, quels auraient vos choix durant l’Occupation ?
Les échanges avec la salle ont donc portés sur la notion de choix : quels étaient-ils sous l’occupation pour les Français (collaboration, résistance, attentisme, …)
Derrière les anecdotes familiales révélées par plusieurs spectateurs, la question de la caractérisation des faits de résistance s’est imposée. Comment qualifier certains faits liés au refus d’accepter les occupants ? Etaient-ce toujours des faits de résistance ?
Comment qualifier la résistance ?

Pour aller plus loin dans cette réflexion, il faut aller chercher dans le site du CEDREL les textes traitant plus en profondeur cette question , notamment la conférence intitulée : Qu’est-ce que la résistance ?
Par une belle journée d’hiver, 42 collégiens de Senonches, accompagnés de leur professeur d’histoire et du CEDREL, se sont rendus en car dans ce lieu stratégique du Pont de Magny.
Ici, durant l’occupation, se déroulèrent des attaques nocturnes du Maquis de Crucey-Brezolles contre les convois allemands qui circulaient uniquement de nuit pour éviter les bombardements de la chasse aérienne alliée.
La vingtaine de maquisards inaugurera ces attaques juste le lendemain du débarquement du 6 juin 1944 ayant été pourvus de matériel militaires parachutés de suite dans la région.
Le pont, sur lequel passaient obligatoirement les Allemands, est très étroit. Si un véhicule est bloqué dessus, tout le convoi s’arrête. C’est pour cela qu’il fût choisi comme objectif stratégique par le Maquis qui s’organisât en conséquence avec plusieurs tireurs au FM postés alentour et qui étaient chargés “d’arroser” les soldats bloqués avant de prendre la fuite à travers champs.
Les détails de cette stratégie ont été communiqués aux élèves sur place afin de comprendre concrètement l’action des maquisards face à un ennemi nettement supérieur en hommes et en armes.
Une stratégie payante au vu des victimes allemandes, de leurs véhicules endommagés par les “crottins”, sorte de petite explosifs ou détruits par des mines enfouies dans la chaussée.
La priorité pour les soldats était de dégager le pont très vite avant l’arrivée possible de la chasse alliée, quitte à basculer le véhicule atteint dans la rivière en faisant sauter le parapet.
Cela s’est déroulé à l’espace Thierry-la-Fronde à Janville en Beauce le samedi 14 février 2026 à 15h30. Une expo, réalisée localement par Monsieur Delangle, a été présentée à cette occasion. Elle relate la période de l’occupation, de la Résistance et de la Libération de Janville et ses environs.

Le film du CEDREL, d’une durée de 1h30 et intitulé “Résister en Eure et Loir” a été projeté dans la belle salle commune du village devant une centaine de spectateurs de Janville et des villages environ. Outre l’expo et le film les échanges avec les spectateurs sur cette période ont complété l’après midi . Des livres avec dédicaces ont été présentés par le réalisateur du documentaire, également auteur spécialisé sur la résistance locale.
Une bien belle projection où chacun a appris pas mal d’anecdotes sur la résistance janvilloise animée par Jean Drogou et son jeune fils Jean au sein du groupe Narval dont le nom fût choisi en hommage à François Drogou le commandant du sous marin Narval qui rejoignit De Gaulle en 1940 et qui a sombré, touché par une mine peu de semaines après lors d’une mission.
L’expo a permis de découvrir- chose rare- un parachute spécial qui portait un pigeon voyageur avec son nid et son sac de graines dans une mission de communication entre Janville et la Grande Bretagne. Le pigeon, bien arrivé en France occupée, retourna en Angleterre avec un message bagué provenant de la Résistance.


A DREUX et VERNOUILLET :
Dans le cadre des commémorations de la fin de la première guerre mondiale le 11 novembre 2025, plusieurs initiatives ont été mises en place sur 9 écoles de ces deux villes d’Eure et Loir : déplacement de certains écoliers sur Paris pour assister au ravivage de la flamme du soldat inconnu et manifestations locales du souvenir coordonnées par le Souvenir Français.
Le CEDREL a été sollicité par les organisateurs pour présenter, durant une heure, l’année 1940 et Jean Moulin, préfet d’Eure et Loir lors de l’invasion allemande, aux élèves de CM2.
Une présentation orale appuyée par des panneaux de photographies d’époque a suscité curiosité et questions des élèves de 11-12 ans. Se plonger dans la société rurale, habiter en ferme, participer aux menus travaux avant de rejoindre l’école du village ne fût pas évident pour des enfants habitués à la vie d’aujourd’hui avec TV et téléphones mobiles…
En fin de session, une petite reproduction du portrait de Jean Moulin a été distribuée à chaque enfant.
Programme à renouveler ont souhaité les enseignantes.
Courville sur Eure 30 août 2025
Discours inaugural de Frederic Hallouin, adjoint au maire de Courville sur Eure et membre du bureau du CEDREL
Mesdames Messieurs les élus, Mesdames Messieurs représentant les forces armées et les corps constitués, messieurs les porte-drapeaux, chères courvilloises, cher courvillois, Mesdames, Messieurs, Courvillois de cœur :
Dans notre belle commune, comme vous venez de le constater au fil de ces inaugurations nous œuvrons pour le bien-être de nos concitoyens, et celles des générations futures. Mais nous n’oublions pas ceux qui nous ont précédé, ceux qui nous ont permis en ce jour de nous retrouver en toute liberté.
Retracer le parcours du général Philippe de Hautecloque dit Leclerc et de sa 2e DB en quelques minutes est une gageure tant le destin et l’aura de l’un et l’épopée de l’autre sont riche et indissociable.
Le 28 mai 1940 la 4e DI à laquelle il appartient est encerclée dans la ville de Lille, il s’échappe en traversant les lignes allemandes. Refusant la défaite, il rejoint le Général de Gaulle à Londres pour poursuivre le combat. Chargé par celui-ci de rallier l’empire colonial français, il s’acquittera de cette tache en rattachant le Cameroun et la Gabon à la France libre. Nommé commandant militaire du Tchad, il s’empare de l’Oasis de Koufra tenu par l’armée italienne. Première victoire française qui devient l’élément fondateur de son destin en y déclarant devant ses camarades de combat ce qui deviendra le serment de Koufra : « jurons de ne déposer les armes que lorsque nos belles couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». La campagne de Tunisie conclue la reconquête de l’Afrique sur les forces de l’axe. La 2e DFL qu’il commande est transformée en 2e DB. Sa tache est de la constituer de l’équiper et de l’entrainer et d’en faire le symbole de l’unité nationale.
Français libre de la première heure, soldats de l’armée d’Afrique fraichement passé dans le camp gaulliste, évadés de France et engagés volontaires la constitueront. De fait la fusion n’en sera pas facile. L’insigne de de la division prend deux symboles forts la croix de lorraine posé sur la carte de France symbolisant les origines des hommes la composant. Il dira plus tard « la constitution de la 2e DB fut ma plus belle victoire ».
Le 10 avril 1944 elle embarque pour l’Angleterre. Le 3 juillet les unités reçoivent leurs étendards et drapeaux. Rattachée à la 3e Armée américaine commandé par le général Patton, elle est techniquement prête et attend avec impatience de participer aux combats en France. Le 1er aout Le G Leclerc débarque à Utah Beach sur la plage de St Martin de Varreville.
Le 10 aout elle entre dans la bataille et est engagée dans les combats visant à fermer la poche de Falaise. Premiers combats et premières pertes.
Le 12 Le général Leclerc est à Alençon. A l’avant-garde de l’armée américaine, ignorant les ordres, il fonce et bouscule deux divisions blindées ennemis. Le 13 il est à Argentan.
Le 14 aout la 3e armée du Général Patton reprend son avance vers le bassin parisien à partir de le Mans. L’armée allemande n’a plus les moyens d’arrêter le déferlement de celle-ci, elle ne peut que la freiner afin de permettre le repli de ses unités en retraite. Suivant cette tactique elle positionne un groupe de combat au bout de cette rue armé de canons antichar, mortier et mitrailleuses. Les éléments de l’avant-garde la 7e AD se présentent devant notre commune arrivant de St Denis des puits en début de soirée. Cette division blindée fraichement débarqué était encore quelques semaines plus tôt aux états unis et n’a pas encore subit l’épreuve du feu. La section de reconnaissance du 23 AIB est aussitôt pris sous le feu des armes allemandes. Le lieutenant James Gomer commandant celle-ci est tué. Natif du Missouri, il s’engage en novembre 1942 en tant que soldat de première classe. Gravissant les échelons il est first leutnant lors de l’engagement de son unité en France. Marié à Edna il était père, de jumelles qui avaient 6 mois au moment de son décès. Il avait 23 ans.
L’artillerie américaine réplique en envoyant 20 obus de 105 mm sur le secteur où nous nous trouvons. Un soldat allemand perd la vie dans ce bombardement. La nuit tombé, l’unité allemande évacue la ville, non sans avoir fait sauter les ponts enjambant l’Eure. Nos libérateurs entreront le lendemain 15 aout en tout début de matinée.
La bataille de Normandie se termine par la fermeture de la poche de Chambois, et la 2e DB est mise au repos mais tous les esprits sont tournés vers Paris. L’ordre tant attendu de faire mouvement vers la capitale arrive en toute fin de la journée du 22aout. Dans le courant de la nuit les convois commencent à se mouvoir. Les 3000 véhicules les constituant, oblige afin d’éviter la saturation du réseau routier de répartir leur déplacement sur deux itinéraires. le premier partant de Mortrée traverse les villes de Mortagne, Longny, Digny, Chateauneuf en Thymerais, Maintenon, Epernon, Rambouillet et se termine à Saint Cyr. Le deuxième partant de Boucé, Alençon, Mamers, Béllème, Nogent le Rotrou, Courville sur Eure Chartres Ablis, Limours, Saclay et se termine à Villacoublay.
Un point de ravitaillement en carburant est installé avant l’entrée de notre commune.
Habitué au passage incessant des convois de l’armée américaine les courvillois découvrent avec émotion et fierté des véhicules de combats américains conduits par des français.
Fernand Gastambide, Notaire honoraire et ancien maire, note les faits dont il est témoin tout au long de la guerre. A la date du 23 il écrit : L’armée française Colonne Général Leclerc défile Rue de Nantes. Leurs voitures portent les noms de 1914, Douaumont, Biraken, Mort Homme, Iena, ils étaient en voiture américaine ils portaient le calot. (il s’agit du 501eme régiment de char de combat, il est accompagné du 3e Bataillon du RMT, le R de Marche de spahi marocain, le RBFM, diverses unités de services et le 13e R du génie dont les dignes héritiers nous font l’honneur de leur présence. Celle-ci est pour moi d’autant plus symbolique que c’était le régiment de mon père et qu’il en gardé une grande fierté d’en avoir fait partie.
Nous aurons une pensée pour Rober Bizard qui fut maire de notre commune de 1983 à 1995. Chef de char au 12e régiment de chasseur d’Afrique, il ne fera pas parti de la montée sur la capitale ayant été blessé au cours des combats de Normandie. Il m’avait confié que son grand regret était de pas avoir participé à la libération de Paris.
Au milieu des rames de véhicules portant l’insigne à la croix de lorraine sur carte de France qui défilent à l’endroit où nous nous trouvons, vers 13H45 passe le général de Gaulle sous les acclamations des courvillois renseignés préalablement.
Le 24 la division combat dans la banlieue ouest de Paris avant pour y entrer le 25. Le 26 c’est le défilé triomphal sur les champs Elysées.
L’avance continu vers l’Est les combats de d’Andelot et Baccarat modèles de manœuvre du cavalier qu’est le général Leclerc, l’auréole de la gloire qui rejaillit sur la 2e DB. Il déclarera « une de mes plus belle réussite ».
La campagne d’Alsace peut commencer avec en ligne de mire les clochers de la Cathédrale de Strasbourg. Elles se conclura par la charge sur Strasbourg modèle du genre. le 23 novembre le drapeau tricolore flotte au sommet du clocher de la cathédrale. Le serment de Koufra est tenu.
Mise au repos dans l’Indre, elle est engagée dans les combats des poches de l’Atlantique. Mais Les yeux des soldats de Leclerc sont tournés vers l’Allemagne l’objectif final qu’ils craignent de manquer. Finalement transféré en Allemagne la campagne se terminera avec panache le 4 mai 1945 par la conquête de Berchtesgaden et la prise du Berghof, la résidence bavaroise de Hitler.
Seul unité française engagée dans les combats de libération de l’ouest de la France la 2e DB tient une place à part dans la mémoire collective. Les journaux de l’époque l’ont porté aux nues la qualifiant de division Leclerc voire pour les plus dithyrambiques d’armée Leclerc. Mais au-delà de ces aspects journalistiques, il régnait dans cette grande unité, une cohésion, une solidarité et un esprit de corps qui se renforcera au fur et à mesure des combats. L’esprit de la 2e DB c’est celui de leur chef qui l’avait initié dès la création que ses subordonnés appelaient avec respect le patron.
Borne de la voie de la 2e DB tu rejoins tes sœurs euréliennes de Digny et Maintenon. Tu t’intercales dans le glorieux cheminement de St Martin de Varreville à Strasbourg. Tu n’es pas seul car ta cousine de la voie de la liberté marquant la ruée libératrice de la 3e armée du Général Patton est à tes côtés. Tu es la témoin que des ténèbres peut naitre l’espoir, que de la volonté et de l’abnégation des hommes peut revivre l’honneur et la liberté.
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22 novembre 2025 à 17 heures
La salle des Fêtes de la commune accueillera les habitants et les voisins des communes alentour pour cette projection gratuite du documentaire “Résister en Eure et Loir” en présence du réalisateur.
Ce sera l’occasion pour commenter les activités résistantes de plusieurs familles du village durant l’Occupation.
Les familles Leveau, Le Noc et Bichon seront à l’honneur pour leurs actes en solidarité avec le maquis de la Ferté Vidame installé à la Tuilerie abandonnée dans un petit bois situé justement entre les fermes de ces familles qui en assuraient la protection et la nourriture.

C’est dans cette petite commune rurale et ses alentours que se sont déroulés des évènements importants pendant les combats et les actions que la résistance a mené contre l’occupant allemand. Mary Thibault, le maire, est considéré comme le fondateur de la Résistance dans la région.
Outre la ferme des Pleins qui fonctionne réellement comme une exploitation agricole et d’élevage, Mary Thibault possède quelques dépendances et une petite ferme aux Rayers autre hameau du village. Celle-ci est louée aux époux Barreau dont un des fils, Joseph, est au maquis sous le nom de Tobby. Raymond le second fils est prisonnier en Allemagne. Leur jeune sœur Marie est infirme suite à un accident.
A la ferme des Pleins, il y a du travail et personne pour tenir la maison et les trois fils lorsque Mary Thibault est à ses occupations officielles ou clandestines. Il a donc décidé de prendre une gouvernante en la personne de Georgette Haincourt dont la maison est au hameau des Rayers et où elle habite avec son mari Modeste et sa fille Paulette.
On peut considérer que la ferme des Pleins et ses annexes constitue un foyer de premier ordre pour les activités maquisardes : recrutement, hébergement, fausses cartes d’identité, cache d’armes et de tracts, tenues de réunions etc…
Les voisins sont solidaires comme M. Portant ou Mme Ruelle qui fut considérée par André et Maurice Thibault comme leur seconde mère ; la vraie étant décédée.
Il y a aussi d’autres voisins beaucoup plus dangereux pour les maquisards et Mary Thibault.
Au château du Gland dans la commune proche de Beauche et à peine quelques kilomètres de la ferme des Pleins, Anton Schifferer, un major allemand, a choisi ce domicile avec une dizaine d’officiers et de sous-officiers. Ils ont réquisitionné une bonne partie du château reléguant le propriétaire Joseph Lefebure et sa famille dans d’autres pièces.
Dans la ferme contigüe de La Chauvière, Roger Debue, adolescent à l’époque se souvient d’une quarantaine de soldats allemands qui logent dans la ferme familiale et qui assurent la sécurité du major et de ses officiers.
Pour compléter l’appareil répressif de cette petite région du nord de l’Eure et Loir, une unité SS de 200 à 300 hommes est cantonnée au château de La Ferté Vidame non loin de la Kommandantur logée au château blanc appartenant à la famille Hayem
L’unité SS dispose d’un armement important : véhicules blindés légers équipés de canons, mitrailleuses lourdes, nombreux camions et autres véhicules. Des chiens dressés pour suivre les pistes font partie de l’arsenal de cette unité arrivée fin juin 1944 et dont la mission exclusive est la chasse aux maquisards.
Le maquis de La Ferté Vidame dirigé par Gustave Roussel (Jim) se compose de plusieurs groupes de 8 à 12 hommes chacun sur une zone déterminée. Les opérations militaires se font de nuit avec le groupe entier ou une partie de celui-ci selon l’objectif. Chaque chef de groupe dispose d’un armement déterminé et d’une grande autonomie.
Sur la départementale 4 qui va de La Ferté Vidame à Brezolles et qui englobe les communes latérales comme Morvilliers, c’est le groupe de Fernand Jourdain (Clark) qui est à l’œuvre.
Le sergent-chef Jourdain, 22 ans, est secondé par le sergent Guenard et le caporal-chef Collet Georges (surnommé Le Marin car il fut marin sur le cuirassé Le Bordelais et a rejoint le groupe de Digny dès sa démobilisation).
Huit à dix hommes complètent le groupe dont ceux de Morvilliers.
Georges Collet dit le Marin (photo M.Barreau) 
Jean Rousseau (Estell) est originaire de Rasville près de Chérisy. Tireur au fusil-mitrailleur, il a fait partie du maquis de Crucey avant d’être muté en juillet 1944 au maquis de la Ferté Vidame.
Jean Rousseau (Estell)
Marcel Bravo (Mickey)
dont le père tient le café-épicerie de Morvilliers est également dans ce groupe de jeunes maquisards.
Bravo, Rousseau et Collet sont logés dans la grange de Mr.et Mme Barreau aux Rayers, car ils sont quasiment clandestins.
Constituer les groupes avec les enfants du pays, permet d’accroître l’efficacité des maquisards par la connaissance des lieux, des chemins et des abris potentiels. Cela permet surtout de connaître les endroits à éviter.
Tous les groupes sont dans l’action en ce début d’août 1944 et chaque chef décide en toute autonomie des objectifs.
C’est alors que le groupe Clark ou du moins une partie du groupe dirigée par le sergent Chopin (Fred) attaque avec cinq hommes une voiture allemande sur le D4 en bordure du bois de Malassis. La voiture est détruite et les deux Allemands dont le secrétaire de la Kommandantur qui y était, sont tués.
Ceux-ci logeaient chez M. Boudier à La Ferté Vidame. Il est possible également qu’une femme amie d’un allemand ait été blessée dans la voiture Les faits se déroulent de jour à 10 heures du matin le 9 août 1944 à 300 mètres du hameau des Rayers.
Cette attaque du bois de Malassis répond à l’ordre qui a été donné aux groupes d’attaquer partout alors que les Américains approchent et que les Allemands, inquiets, commencent à préparer leur retraite. De plus les jeunes maquisards veulent participer aux derniers combats avant la libération prochaine et c’est avec un certain enthousiasme que ces attaques se déroulent au maquis de La Ferté Vidame.
Alors que les Allemands viennent d’apprendre l’attaque de Malassis, la ferme des Pleins reçoit des chefs maquisards. Cette ferme est depuis longtemps un lieu de regroupement temporaire, d’hébergement court des résistants et un lieu où les échanges d’information se font. La ferme des Pleins est un relais où le maquisard de passage trouvera gîte et couvert sans problème. Ainsi, le 10 août, quatre chefs maquisards sont à Morvilliers ignorant la rafle et les perquisitions qui vont s’y dérouler le lendemain.
De leur côté, les Allemands diffusent une menace contre Mary Thibault auprès des habitants de Morvilliers : il doit se présenter avant 18 heures à la Kommandantur ou sa ferme sera incendiée.
Apprenant l’attaque de Malassis, les SS consultent leurs dossiers qui rappellent que le maire de Morvilliers a été arrêté fin 1943 et perquisitionné en 1940. Or, le bois de Malassis est à 300 mètres de la ferme des Pleins et c’est là qu’ils vont se rendre en masse pour rechercher « les terroristes ».
Prévenu par Pécoul, Thibault réunit sa famille et ses ouvriers et décide de quitter Les Pleins au plus vite.
Pendant l’absence de la famille Thibault, les SS perquisitionnent Morvilliers et en priorité les propriétés de Mary Thibault. La brigade SS part du lieu de l’attaque à l’angle Est du bois de Malassis et arrive naturellement au hameau des Rayers visible de la route départementale.
Ils se dirigent vers la grange attenante où ils entendent des voix et découvrent trois jeunes : Jean Rousseau 20 ans, Georges Collet 21 ans et Marcel Bravo 20 ans. Au sol des armes sont visibles et c’est l’arrestation.
Les SS sont satisfaits de leur prise et ne pensent pas à monter à l’échelle vérifier sous le foin du grenier où sont endormis 7 autres maquisards.
Une fois les soldats partis avec leurs prisonniers, Madame Barreau prévient les jeunes maquisards qui sont dans le grenier de la grange. Ils partent de suite se cacher ailleurs et notamment dans les trous de marnière environnants en emportant leurs armes.
Marcel Bravo, Jean Rousseau et Georges Collet sont conduits à pied par les SS au château du Gland, résidence du major allemand et non à la Kommandantur de La Ferté Vidame.
Apparemment les Allemands veulent faire parler tout de suite leurs prisonniers. Le château du Gland sur la route de Beauche est proche de Morvilliers et du bois de Malassis. C’est une grande maison bourgeoise entourée d’un parc assez grand clos par de grands murs.
Immédiatement les tortionnaires se « mettent au travail » sur les jeunes maquisards qui sont atrocement torturés au feu, probablement dans les pièces au-dessus des remises qui comportent des cheminées. Les trois sœurs Reversé qui habitent au Gland pendant leur service entendent une bonne partie de la nuit les cris de douleur des martyrs.
Que veulent savoir les nazis ? D’abord où se cache Mary Thibault l’insaisissable et sûrement aussi des détails sur le réseau de résistance les noms, les adresses, les dépôts d’armes, etc…
Toutes ces informations ne sont pas connues des prisonniers qui sont de jeunes recrues sans expérience militaire et, qu’en raison des règles de sécurité imposées au maquis, ne peuvent leur avoir été données.
M. Joseph Lefebure, propriétaire et habitant le château du Gland intervient longuement auprès du major allemand, Anton Schifferer, pour sauver la vie des trois jeunes. Il plaide leur jeunesse, leur innocence dans l’attaque de Malassis et souligne qu’ils ont compris leur erreur d’être au maquis, mais ce ne sont pas des assassins. Il ne sera pas entendu, l’officier veut faire un « exemple ».
Jean Rousseau est fusillé le premier le 11 août 1944 après avoir creusé lui-même sa tombe sous la contrainte et les coups dans la clairière du parc dominée par un grand chêne.
Cette première exécution doit accroître la pression sur les deux autres maquisards qui creusent également leurs tombes. Elles sont disposées en étoile autour du chêne dominant une petite clairière où M. Lefebure fera dresser une stèle.
Les SS continuent de torturer les prisonniers et conduisent l’un d’eux, encadré par 5 soldats qui le frappent, au café de Morvilliers pour confronter Marcel Bravo à son père qui tient le café. Bien que le gros chien blanc de la maison fait la fête à Marcel les deux hommes affirment ne pas se connaître… Retournant au château du Gland, il retrouve Georges Collet et ils sont fusillés au même endroit que Jean Rousseau.
Après la guerre, le docteur Jorel examinera les dépouilles de ces hommes et confirmera l’exécution et les tortures par le feu.
Les SS ne vont pas tarder à arriver pour brûler la ferme de Mary Thibault s’il ne se rend pas, ce qu’ils font proclamer partout dans la région
Aux Pleins, la ferme, attaquée par des grenades incendiaires, brûle toute la nuit ainsi que la maison habitée par la famille Roussel. Tout a été pillé avant la mise à feu vers 16 heures. Les soldats emportent le bétail à pied vers le château du Gland En passant au Nicochet, autre hameau de Morvilliers, les bêtes sont mélangées avec celles de Madame Ruelle qui a libéré volontairement les siennes pour gêner la progression des soldats. Elle fait rentrer ses animaux sur ordre des allemands et en profite pour y intégrer quelques vaches de Thibault qu’elle lui rendra plus tard.
Les prises de position courageuses de Madame Ruelle valident sans doute possible son attachement à la libération du pays et son soutien à la résistance locale. Elle sera d’ailleurs présente au procès de l’officier allemand responsable du massacre des trois jeunes de Morvilliers.

La ferme des Pleins après l’incendie du 12 août 1944 (Photo Y.Thibault)
Le 15 aout 1944, les Américains arrivaient à La Ferté Vidame.
Quant au major Schifferer, commandant la garnison du château du Gland, l’histoire et la justice militaire le rattraperont en Allemagne après la guerre.
Devant ses dénégations une question se posera : le major de la Wehrmacht a-t-il le pouvoir de sauver la vie des prisonniers alors qu’ils sont entre les mains des tortionnaires de la SS ?
C’est un autre système de défense qu’Anton Schifferer adoptera lors de son procès (pour crimes de guerre) à Paris en février 1949. Arrêté en Allemagne par les armées d’occupation après la guerre, il a été transféré à Paris pour être jugé en tant que responsable militaire de l’unité L53081 qui était cantonnée au château du Gland à Morvilliers en août 1944.
Schifferer plaidera n’avoir pas donné d’ordre d’exécuter les trois FFI, ce qui est totalement contradictoire avec les faits. Son avocat, maître Langlais du barreau de Paris, obtiendra l’acquittement au bénéfice du doute « car aucun témoin ne peut apporter la preuve formelle de la responsabilité du major allemand
Au procès à Paris, Mary Thibault, Mme Bravo mère de Marcel et Madame Ruelle, témoignent des évènements. Mme Bravo ajoute que lors de la perquisition du café par les cinq soldats, ceux-ci ont prélevé 20 000 francs aux propriétaires avant de repartir pour fusiller leur fils Marcel.
Tous ces éléments concrets n’ont pas convaincu la justice française de 1949 malgré des évidences : comment des soldats SS pouvaient perquisitionner un village, arrêter des jeunes FFI, les torturer sur place à leur cantonnement, les déplacer pour confrontation, les fusiller enfin dans l’enceinte du château du Gland, sans ordres de leur major, commandant cette garnison ?
Chaque année depuis 1947, un hommage est rendu à Morvilliers pour le souvenir de ces trois jeunes gens qui ont donné leurs vies pour notre liberté. Sachons perpétuer leur souvenir par le recueillement sur les lieux mêmes où ils furent assassinés.
Texte du CEDREL publié le 17 aout 2025 reproduisant une partie du livre « la Résistance en Eure et Loir » par Albert HUDE, Editions du petit Pavé.2015.
C’était il y a 81 ans.
3 groupes de résistants avaient été constitués au sein du Maquis de Saulnières, fondé deux ans plus tôt par Bertrand de Courcelles qui exploitait une fonderie à Fontaine les Ribouts.
Ces groupes, relativement indépendants les uns des autres avaient choisi leurs chefs locaux :
Leurs zones d’activité maquisardes étaient bien délimitées afin d’éviter de se croiser lors des attaques nocturnes. En juillet un agent spécial de nationalité hollandaise, dont on ignore le nom y compris son nom de guerre (mais qu’on surnomme le Hollandais), avait été amené en charrette attelée dans la région par Jean Pasdeloup de Maillebois, lequel l’avait récupéré dans le groupe de Dreux après sa participation à la destruction du viaduc de Cherisy fin juillet. Cet instructeur était chargé de former les maquisards aux attaques et aux embuscades.
Après des semaines de harcèlement des convois allemands, le maquis décide de mener une attaque à Neuville les Bois où des camions de transport sont réunis dans la cour de la ferme Besnard. L’attaque aura lieu de jour ce 10 août 1944, suivant les instructions du Général Koenig à Londres qui prescrit à tous les FFI de multiplier les attaques y compris de jour contre les Allemands en retraite après la grande bataille du Mont Ormel où plusieurs divisions ont été écrasées pare les Américains.
C’est ainsi que, sans se douter que ce repli allemand va couvrir la zone du maquis avec des milliers de soldats aguerris, les groupes du maquis préparent leurs attaques contre ces camions.
La bataille tourne court pour les groupes Chesneau et Taupin pris à partie par des auto-mitrailleuses qui déciment les rangs maquisards ; 3 d’entre eux sont tués au combat dont les deux frères Lefevre écrasés ensemble par une automitrailleuse. 2 sont faits prisonniers et seront fusillés à Escorpain. Et 3 autres (Taupin, Lepouzé et Gaillez) seront torturés dans la ferme Besnard avant d’être pendus devant l’entrée au milieu de la population réunie de force pour assister au supplice.
Le groupe de Louvel caché à Boutaincourt dans la maison de la sœur de Marcel Confais, résistant local, ne participera pas au combat étant encerclé par des troupes trop nombreuses. Ils s’extirperont de leur cachette deux par deux et traverseront les lignes allemandes sans problème sauf Pasdeloup et Vermeir qui durent se battre au corps à corps avec deux soldats. Vermeir est pris, torturé et fusillé à St Ange et Torçay. Pasdeloup sera le seul témoin de ce groupe.
Il n’est pas certain que le général Kurt Von Chevallerie qui commande en chef les troupes repliées autour de Fontaine les Ribouts, ait été informé de ces faits dramatiques. De toute façon l’Ordre Speerle couvre tous les officiers des exactions commises contre des civils ou des militaires.
Chaque année les familles des résistants se retrouvent avec la commune et, depuis plusieurs exercices avec le CEDREL, pour commémorer cette bataille qui fit 10 victimes parmi les FFI, c’est à dire des pertes les plus importantes du département d’Eure et Loir durant toute l’Occupation.
La cérémonie de 2025 se tiendra devant la stèle de Neuville les Bois le 11 août 2025 à 11 heures où un moment de recueillement sera organisé par la municipalité.
La commémoration nationale du 80ème anniversaire de la libération de la France a été l’occasion pour le CEDREL (Centre d’Études et de Documentation de la Résistance en Eure et Loir) de participer activement à l’organisation des festivités commémoratives régionales qui se sont déroulées du 15 au 24 août 2024 à la Ferté Vidame et sur les communes de la Saucelle, la Puisaye, Morvilliers, Lamblore, Boissy les Perche et la Chapelle Fortin.
Le document PDF proposé ci-dessous présente les festivités et commémorations organisées lors de cet anniversaire.
Afin de boucler la série historique consacrée à l’histoire de l’Occupation de la région de Senonches-La Ferté Vidame, les deux classes de troisième du collège La Loge des Bois ont été accueillies sur le site même du dépôt GNEISENAU.
Ce camp de munitions situé en forêt sur plus de 500 hectares, bien abrité de la vue des bombardiers alliés qui s’échigneront durant des semaines pour détruire, en vain, cet énorme dépôt où s’approvisionnent, y compris en essence, les lourds véhicules allemands montant sur le front des plages de Normandie.
Doté en 1943 du nom d’un célèbre général allemand du siècle précédent, le camp fait partie d’une opération psychologique visant à relever le moral des troupes, moral fortement ébranlé après Stalingrad. Un navire de guerre recevra également ce nom connu des soldats qui renvoient à l’image gagnante de l’armée allemande sur ses ennemis.

Les élèves ont eu connaissance du fonctionnement de cet établissement quasi industriel qui employait 3 catégories de manutentionnaires : Espagnols prisonniers fournis par Pétain à l’occupant, soldats coloniaux français de 1940 et une partie de la population locale volontaire pour y travailler contre un bon salaire…
Lors des nombreux bombardements alliés à l’aveugle, soldats, employés et prisonniers se ruent dans les “trous d’hommes” creusés pour cette éventualité.
Concernant l’habitat en dur, seuls les Espagnols bénéficient des 4 baraques regroupant des “châlits superposés”. Les coloniaux doivent se débrouiller pour s’abriter en forêt qui constitue la zone interdite délimitée par trois postes de garde (Senonches, Belhomert et La Fizilière).
Un trafic modeste existe dans le camp où l’on constate les prélèvement d’explosifs, notamment de grenades qui serviront, jetées dans les étangs, d’assurer une pêche au gros productive pour celui qui prend tous les risques nécessaires. Un jeune de 15 ans découvert par les soldats en possession de ces explosifs paiera de sa vie son action dangereuse.
Pour les collégiens du même âge qui ont écouté la narration de ces faits inconnus, un sentiment de stupeur s’est manifesté par un silence significatif du trouble ressenti.
Ce troisième volet des recherches, visant à construire une exposition sur l’occupation et la résistance, après la journée Jean Moulin à Chartres et la visite d’une ferme résistante à la Chapelle Fortin, a permis d’évoquer au plus près la population civile confrontée à une présence militaire allemande conséquente dans les espaces de la vie rurale. Couvre feu, zones interdites, réquisitions de logements ont été le lot de ces privations de liberté qui ont duré plus de 4 années.
Comme chaque année à cette période, le Comité du souvenir du Camp de Voves organise une cérémonie émouvante, toujours très suivie par des centaines de personnes.
Poèmes , chants patriotiques, lectures, ont rempli d’émotion les auditeurs qui venaient d’assister au dépôt de nombreuses gerbes devant le monument dédié qui domine l’entrée du camp. Un petit musée ainsi qu’un wagon-musée de déportation sont visitables également.
En mai 2025, les élèves de troisième du collège Gaston Couté de Voves, avec leurs enseignants, ont pris une part active à cette cérémonie du souvenir pour célébrer avec les familles des internés de 1941-44 la liquidation du camp intervenue en mai 1944.
Liquider ce camp d’internement administratif d’Eure et Loir géré et surveillé par des gendarmes français sous l’autorité de Pierre Lebaube, Préfet de la collaboration, veut dire déportation des prisonniers vers d’autres camps beaucoup plus durs et situés en Allemagne ou en Pologne occupée.
Les Allemands ont voulu sanctionner les internés français, gardés par des français, lorsqu’ils ont constaté que 42 d’entre eux se sont évadés par un tunnel de 148 mètres de long dans la nuit du 5 au 6 mai 1944. Cette évasion spectaculaire, qui inspira le réalisateur du film “La Grande Evasion”, faisait suite à plusieurs évasions réussies d’internés, déguisés en gendarmes ou caché dans un tonneau vide…
Pour en savoir plus sur ce camp qui regroupa près de 1000 internés, vous pouvez lire les deux livres d’Etienne Egret, secrétaire mémoire de l’association locale, dont vous trouverez les références dans la rubrique “Bibliographie”.
En outre, plusieurs dizaines d’internés, bien identifiés, figurent sous leur nom dans la liste des résistants” liés à un groupe” sur ce site.
Bonne lecture

Maquette du Camp de Voves réalisée par Régis Drigny et l’association du camp de Voves.
Grand beau temps ce mardi de mai pour visiter les lieux historiques du maquis de la Ferté Vidame avec les collégiens.
Le CEDREL, en lien avec le collège de Senonches, a monté un programme de plusieurs mois pour ces jeunes de troisième qui vont, à terme, construire une expo sur l’Occupation et la Résistance dans cette région.
Plusieurs visites de sites ont été programmées (maquis, camp de munitions, Chartres et Jean Moulin) afin de leur permettre d’embrasser l’histoire dans sa globalité.
Dans la ferme des Loquets, où ils sont accueillis par Patrice Le Noc et son épouse, il s’agit de découvrir comment les parents de ces cultivateurs ont participé au soutien au maquis.
Stockage des armes, écoute clandestine des messages radio annonçant les parachutages, ravitaillement des maquisards, tout cela a été évoqué devant ces dizaines de jeunes qui découvraient une histoire totalement méconnue.
Le fournil, où était caché dans un mur le poste de radio branché sur la BBC, est resté inchangé et a pu recevoir par groupes les collégiens. Là, les ouvriers agricoles de l’époque ont risqué leurs vies en cachant les armes du parachutage juste au dessus de la pièce du fournil où ils dormaient..
Une nuit d’aout, les Allemands sont arrivés dans la cour de la ferme et où, coup de chance, n’ont pas pénétrés dans le fournil épargnant ainsi une arrestation et probablement une exécution sommaire très fréquente au moment de la débâcle allemande d’aout 1944.

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La visite comprenait aussi l’aide à la manipulation d’un drone par un spécialiste qui a expliqué le maniement de l’appareil devant ces groupes de collégiens . Des images animées ont été collectées pour mieux mesurer l’environnement rural immédiat du lieu étudié.
En fait, cette ferme était l’une des quatre vigies qui entouraient l’endroit où se tenait le poste de commandement du maquis au lieu dit “La Tuilerie” au milieu d’un bois encerclé par les cultures.
Avec les fermes des Rigaudières, de la Reverdière et de la Fortinière, la ferme des Loquets et sa jumelle du Plessis constituait bien une zone de surveillance permettant d’alerter les maquisards en cas d’attaque allemande.
Ce fût d’ailleurs le cas le 10 aout 1944 lorsque découvert par une patrouille, le maquis fût bombardé par les mortiers allemands des SS basés à la Ferté Vidame. Prévenus à temps, les maquisards déménagèrent avant avec armes et nourriture vers d’autres caches prévues à l’avance.