A DREUX et VERNOUILLET :
Dans le cadre des commémorations de la fin de la première guerre mondiale le 11 novembre 2025, plusieurs initiatives ont été mises en place sur 9 écoles de ces deux villes d’Eure et Loir : déplacement de certains écoliers sur Paris pour assister au ravivage de la flamme du soldat inconnu et manifestations locales du souvenir coordonnées par le Souvenir Français.
Le CEDREL a été sollicité par les organisateurs pour présenter, durant une heure, l’année 1940 et Jean Moulin, préfet d’Eure et Loir lors de l’invasion allemande, aux élèves de CM2.
Une présentation orale appuyée par des panneaux de photographies d’époque a suscité curiosité et questions des élèves de 11-12 ans. Se plonger dans la société rurale, habiter en ferme, participer aux menus travaux avant de rejoindre l’école du village ne fût pas évident pour des enfants habitués à la vie d’aujourd’hui avec TV et téléphones mobiles…
En fin de session, une petite reproduction du portrait de Jean Moulin a été distribuée à chaque enfant.
Programme à renouveler ont souhaité les enseignantes.
22 novembre 2025 à 17 heures
La salle des Fêtes de la commune accueillera les habitants et les voisins des communes alentour pour cette projection gratuite du documentaire “Résister en Eure et Loir” en présence du réalisateur.
Ce sera l’occasion pour commenter les activités résistantes de plusieurs familles du village durant l’Occupation.
Les familles Leveau, Le Noc et Bichon seront à l’honneur pour leurs actes en solidarité avec le maquis de la Ferté Vidame installé à la Tuilerie abandonnée dans un petit bois situé justement entre les fermes de ces familles qui en assuraient la protection et la nourriture.

C’est dans cette petite commune rurale et ses alentours que se sont déroulés des évènements importants pendant les combats et les actions que la résistance a mené contre l’occupant allemand. Mary Thibault, le maire, est considéré comme le fondateur de la Résistance dans la région.
Outre la ferme des Pleins qui fonctionne réellement comme une exploitation agricole et d’élevage, Mary Thibault possède quelques dépendances et une petite ferme aux Rayers autre hameau du village. Celle-ci est louée aux époux Barreau dont un des fils, Joseph, est au maquis sous le nom de Tobby. Raymond le second fils est prisonnier en Allemagne. Leur jeune sœur Marie est infirme suite à un accident.
A la ferme des Pleins, il y a du travail et personne pour tenir la maison et les trois fils lorsque Mary Thibault est à ses occupations officielles ou clandestines. Il a donc décidé de prendre une gouvernante en la personne de Georgette Haincourt dont la maison est au hameau des Rayers et où elle habite avec son mari Modeste et sa fille Paulette.
On peut considérer que la ferme des Pleins et ses annexes constitue un foyer de premier ordre pour les activités maquisardes : recrutement, hébergement, fausses cartes d’identité, cache d’armes et de tracts, tenues de réunions etc…
Les voisins sont solidaires comme M. Portant ou Mme Ruelle qui fut considérée par André et Maurice Thibault comme leur seconde mère ; la vraie étant décédée.
Il y a aussi d’autres voisins beaucoup plus dangereux pour les maquisards et Mary Thibault.
Au château du Gland dans la commune proche de Beauche et à peine quelques kilomètres de la ferme des Pleins, Anton Schifferer, un major allemand, a choisi ce domicile avec une dizaine d’officiers et de sous-officiers. Ils ont réquisitionné une bonne partie du château reléguant le propriétaire Joseph Lefebure et sa famille dans d’autres pièces.
Dans la ferme contigüe de La Chauvière, Roger Debue, adolescent à l’époque se souvient d’une quarantaine de soldats allemands qui logent dans la ferme familiale et qui assurent la sécurité du major et de ses officiers.
Pour compléter l’appareil répressif de cette petite région du nord de l’Eure et Loir, une unité SS de 200 à 300 hommes est cantonnée au château de La Ferté Vidame non loin de la Kommandantur logée au château blanc appartenant à la famille Hayem
L’unité SS dispose d’un armement important : véhicules blindés légers équipés de canons, mitrailleuses lourdes, nombreux camions et autres véhicules. Des chiens dressés pour suivre les pistes font partie de l’arsenal de cette unité arrivée fin juin 1944 et dont la mission exclusive est la chasse aux maquisards.
Le maquis de La Ferté Vidame dirigé par Gustave Roussel (Jim) se compose de plusieurs groupes de 8 à 12 hommes chacun sur une zone déterminée. Les opérations militaires se font de nuit avec le groupe entier ou une partie de celui-ci selon l’objectif. Chaque chef de groupe dispose d’un armement déterminé et d’une grande autonomie.
Sur la départementale 4 qui va de La Ferté Vidame à Brezolles et qui englobe les communes latérales comme Morvilliers, c’est le groupe de Fernand Jourdain (Clark) qui est à l’œuvre.
Le sergent-chef Jourdain, 22 ans, est secondé par le sergent Guenard et le caporal-chef Collet Georges (surnommé Le Marin car il fut marin sur le cuirassé Le Bordelais et a rejoint le groupe de Digny dès sa démobilisation).
Huit à dix hommes complètent le groupe dont ceux de Morvilliers.
Georges Collet dit le Marin (photo M.Barreau) 
Jean Rousseau (Estell) est originaire de Rasville près de Chérisy. Tireur au fusil-mitrailleur, il a fait partie du maquis de Crucey avant d’être muté en juillet 1944 au maquis de la Ferté Vidame.
Jean Rousseau (Estell)
Marcel Bravo (Mickey)
dont le père tient le café-épicerie de Morvilliers est également dans ce groupe de jeunes maquisards.
Bravo, Rousseau et Collet sont logés dans la grange de Mr.et Mme Barreau aux Rayers, car ils sont quasiment clandestins.
Constituer les groupes avec les enfants du pays, permet d’accroître l’efficacité des maquisards par la connaissance des lieux, des chemins et des abris potentiels. Cela permet surtout de connaître les endroits à éviter.
Tous les groupes sont dans l’action en ce début d’août 1944 et chaque chef décide en toute autonomie des objectifs.
C’est alors que le groupe Clark ou du moins une partie du groupe dirigée par le sergent Chopin (Fred) attaque avec cinq hommes une voiture allemande sur le D4 en bordure du bois de Malassis. La voiture est détruite et les deux Allemands dont le secrétaire de la Kommandantur qui y était, sont tués.
Ceux-ci logeaient chez M. Boudier à La Ferté Vidame. Il est possible également qu’une femme amie d’un allemand ait été blessée dans la voiture Les faits se déroulent de jour à 10 heures du matin le 9 août 1944 à 300 mètres du hameau des Rayers.
Cette attaque du bois de Malassis répond à l’ordre qui a été donné aux groupes d’attaquer partout alors que les Américains approchent et que les Allemands, inquiets, commencent à préparer leur retraite. De plus les jeunes maquisards veulent participer aux derniers combats avant la libération prochaine et c’est avec un certain enthousiasme que ces attaques se déroulent au maquis de La Ferté Vidame.
Alors que les Allemands viennent d’apprendre l’attaque de Malassis, la ferme des Pleins reçoit des chefs maquisards. Cette ferme est depuis longtemps un lieu de regroupement temporaire, d’hébergement court des résistants et un lieu où les échanges d’information se font. La ferme des Pleins est un relais où le maquisard de passage trouvera gîte et couvert sans problème. Ainsi, le 10 août, quatre chefs maquisards sont à Morvilliers ignorant la rafle et les perquisitions qui vont s’y dérouler le lendemain.
De leur côté, les Allemands diffusent une menace contre Mary Thibault auprès des habitants de Morvilliers : il doit se présenter avant 18 heures à la Kommandantur ou sa ferme sera incendiée.
Apprenant l’attaque de Malassis, les SS consultent leurs dossiers qui rappellent que le maire de Morvilliers a été arrêté fin 1943 et perquisitionné en 1940. Or, le bois de Malassis est à 300 mètres de la ferme des Pleins et c’est là qu’ils vont se rendre en masse pour rechercher « les terroristes ».
Prévenu par Pécoul, Thibault réunit sa famille et ses ouvriers et décide de quitter Les Pleins au plus vite.
Pendant l’absence de la famille Thibault, les SS perquisitionnent Morvilliers et en priorité les propriétés de Mary Thibault. La brigade SS part du lieu de l’attaque à l’angle Est du bois de Malassis et arrive naturellement au hameau des Rayers visible de la route départementale.
Ils se dirigent vers la grange attenante où ils entendent des voix et découvrent trois jeunes : Jean Rousseau 20 ans, Georges Collet 21 ans et Marcel Bravo 20 ans. Au sol des armes sont visibles et c’est l’arrestation.
Les SS sont satisfaits de leur prise et ne pensent pas à monter à l’échelle vérifier sous le foin du grenier où sont endormis 7 autres maquisards.
Une fois les soldats partis avec leurs prisonniers, Madame Barreau prévient les jeunes maquisards qui sont dans le grenier de la grange. Ils partent de suite se cacher ailleurs et notamment dans les trous de marnière environnants en emportant leurs armes.
Marcel Bravo, Jean Rousseau et Georges Collet sont conduits à pied par les SS au château du Gland, résidence du major allemand et non à la Kommandantur de La Ferté Vidame.
Apparemment les Allemands veulent faire parler tout de suite leurs prisonniers. Le château du Gland sur la route de Beauche est proche de Morvilliers et du bois de Malassis. C’est une grande maison bourgeoise entourée d’un parc assez grand clos par de grands murs.
Immédiatement les tortionnaires se « mettent au travail » sur les jeunes maquisards qui sont atrocement torturés au feu, probablement dans les pièces au-dessus des remises qui comportent des cheminées. Les trois sœurs Reversé qui habitent au Gland pendant leur service entendent une bonne partie de la nuit les cris de douleur des martyrs.
Que veulent savoir les nazis ? D’abord où se cache Mary Thibault l’insaisissable et sûrement aussi des détails sur le réseau de résistance les noms, les adresses, les dépôts d’armes, etc…
Toutes ces informations ne sont pas connues des prisonniers qui sont de jeunes recrues sans expérience militaire et, qu’en raison des règles de sécurité imposées au maquis, ne peuvent leur avoir été données.
M. Joseph Lefebure, propriétaire et habitant le château du Gland intervient longuement auprès du major allemand, Anton Schifferer, pour sauver la vie des trois jeunes. Il plaide leur jeunesse, leur innocence dans l’attaque de Malassis et souligne qu’ils ont compris leur erreur d’être au maquis, mais ce ne sont pas des assassins. Il ne sera pas entendu, l’officier veut faire un « exemple ».
Jean Rousseau est fusillé le premier le 11 août 1944 après avoir creusé lui-même sa tombe sous la contrainte et les coups dans la clairière du parc dominée par un grand chêne.
Cette première exécution doit accroître la pression sur les deux autres maquisards qui creusent également leurs tombes. Elles sont disposées en étoile autour du chêne dominant une petite clairière où M. Lefebure fera dresser une stèle.
Les SS continuent de torturer les prisonniers et conduisent l’un d’eux, encadré par 5 soldats qui le frappent, au café de Morvilliers pour confronter Marcel Bravo à son père qui tient le café. Bien que le gros chien blanc de la maison fait la fête à Marcel les deux hommes affirment ne pas se connaître… Retournant au château du Gland, il retrouve Georges Collet et ils sont fusillés au même endroit que Jean Rousseau.
Après la guerre, le docteur Jorel examinera les dépouilles de ces hommes et confirmera l’exécution et les tortures par le feu.
Les SS ne vont pas tarder à arriver pour brûler la ferme de Mary Thibault s’il ne se rend pas, ce qu’ils font proclamer partout dans la région
Aux Pleins, la ferme, attaquée par des grenades incendiaires, brûle toute la nuit ainsi que la maison habitée par la famille Roussel. Tout a été pillé avant la mise à feu vers 16 heures. Les soldats emportent le bétail à pied vers le château du Gland En passant au Nicochet, autre hameau de Morvilliers, les bêtes sont mélangées avec celles de Madame Ruelle qui a libéré volontairement les siennes pour gêner la progression des soldats. Elle fait rentrer ses animaux sur ordre des allemands et en profite pour y intégrer quelques vaches de Thibault qu’elle lui rendra plus tard.
Les prises de position courageuses de Madame Ruelle valident sans doute possible son attachement à la libération du pays et son soutien à la résistance locale. Elle sera d’ailleurs présente au procès de l’officier allemand responsable du massacre des trois jeunes de Morvilliers.

La ferme des Pleins après l’incendie du 12 août 1944 (Photo Y.Thibault)
Le 15 aout 1944, les Américains arrivaient à La Ferté Vidame.
Quant au major Schifferer, commandant la garnison du château du Gland, l’histoire et la justice militaire le rattraperont en Allemagne après la guerre.
Devant ses dénégations une question se posera : le major de la Wehrmacht a-t-il le pouvoir de sauver la vie des prisonniers alors qu’ils sont entre les mains des tortionnaires de la SS ?
C’est un autre système de défense qu’Anton Schifferer adoptera lors de son procès (pour crimes de guerre) à Paris en février 1949. Arrêté en Allemagne par les armées d’occupation après la guerre, il a été transféré à Paris pour être jugé en tant que responsable militaire de l’unité L53081 qui était cantonnée au château du Gland à Morvilliers en août 1944.
Schifferer plaidera n’avoir pas donné d’ordre d’exécuter les trois FFI, ce qui est totalement contradictoire avec les faits. Son avocat, maître Langlais du barreau de Paris, obtiendra l’acquittement au bénéfice du doute « car aucun témoin ne peut apporter la preuve formelle de la responsabilité du major allemand
Au procès à Paris, Mary Thibault, Mme Bravo mère de Marcel et Madame Ruelle, témoignent des évènements. Mme Bravo ajoute que lors de la perquisition du café par les cinq soldats, ceux-ci ont prélevé 20 000 francs aux propriétaires avant de repartir pour fusiller leur fils Marcel.
Tous ces éléments concrets n’ont pas convaincu la justice française de 1949 malgré des évidences : comment des soldats SS pouvaient perquisitionner un village, arrêter des jeunes FFI, les torturer sur place à leur cantonnement, les déplacer pour confrontation, les fusiller enfin dans l’enceinte du château du Gland, sans ordres de leur major, commandant cette garnison ?
Chaque année depuis 1947, un hommage est rendu à Morvilliers pour le souvenir de ces trois jeunes gens qui ont donné leurs vies pour notre liberté. Sachons perpétuer leur souvenir par le recueillement sur les lieux mêmes où ils furent assassinés.
Texte du CEDREL publié le 17 aout 2025 reproduisant une partie du livre « la Résistance en Eure et Loir » par Albert HUDE, Editions du petit Pavé.2015.
C’était il y a 81 ans.
3 groupes de résistants avaient été constitués au sein du Maquis de Saulnières, fondé deux ans plus tôt par Bertrand de Courcelles qui exploitait une fonderie à Fontaine les Ribouts.
Ces groupes, relativement indépendants les uns des autres avaient choisi leurs chefs locaux :
Leurs zones d’activité maquisardes étaient bien délimitées afin d’éviter de se croiser lors des attaques nocturnes. En juillet un agent spécial de nationalité hollandaise, dont on ignore le nom y compris son nom de guerre (mais qu’on surnomme le Hollandais), avait été amené en charrette attelée dans la région par Jean Pasdeloup de Maillebois, lequel l’avait récupéré dans le groupe de Dreux après sa participation à la destruction du viaduc de Cherisy fin juillet. Cet instructeur était chargé de former les maquisards aux attaques et aux embuscades.
Après des semaines de harcèlement des convois allemands, le maquis décide de mener une attaque à Neuville les Bois où des camions de transport sont réunis dans la cour de la ferme Besnard. L’attaque aura lieu de jour ce 10 août 1944, suivant les instructions du Général Koenig à Londres qui prescrit à tous les FFI de multiplier les attaques y compris de jour contre les Allemands en retraite après la grande bataille du Mont Ormel où plusieurs divisions ont été écrasées pare les Américains.
C’est ainsi que, sans se douter que ce repli allemand va couvrir la zone du maquis avec des milliers de soldats aguerris, les groupes du maquis préparent leurs attaques contre ces camions.
La bataille tourne court pour les groupes Chesneau et Taupin pris à partie par des auto-mitrailleuses qui déciment les rangs maquisards ; 3 d’entre eux sont tués au combat dont les deux frères Lefevre écrasés ensemble par une automitrailleuse. 2 sont faits prisonniers et seront fusillés à Escorpain. Et 3 autres (Taupin, Lepouzé et Gaillez) seront torturés dans la ferme Besnard avant d’être pendus devant l’entrée au milieu de la population réunie de force pour assister au supplice.
Le groupe de Louvel caché à Boutaincourt dans la maison de la sœur de Marcel Confais, résistant local, ne participera pas au combat étant encerclé par des troupes trop nombreuses. Ils s’extirperont de leur cachette deux par deux et traverseront les lignes allemandes sans problème sauf Pasdeloup et Vermeir qui durent se battre au corps à corps avec deux soldats. Vermeir est pris, torturé et fusillé à St Ange et Torçay. Pasdeloup sera le seul témoin de ce groupe.
Il n’est pas certain que le général Kurt Von Chevallerie qui commande en chef les troupes repliées autour de Fontaine les Ribouts, ait été informé de ces faits dramatiques. De toute façon l’Ordre Speerle couvre tous les officiers des exactions commises contre des civils ou des militaires.
Chaque année les familles des résistants se retrouvent avec la commune et, depuis plusieurs exercices avec le CEDREL, pour commémorer cette bataille qui fit 10 victimes parmi les FFI, c’est à dire des pertes les plus importantes du département d’Eure et Loir durant toute l’Occupation.
La cérémonie de 2025 se tiendra devant la stèle de Neuville les Bois le 11 août 2025 à 11 heures où un moment de recueillement sera organisé par la municipalité.
La commémoration nationale du 80ème anniversaire de la libération de la France a été l’occasion pour le CEDREL (Centre d’Études et de Documentation de la Résistance en Eure et Loir) de participer activement à l’organisation des festivités commémoratives régionales qui se sont déroulées du 15 au 24 août 2024 à la Ferté Vidame et sur les communes de la Saucelle, la Puisaye, Morvilliers, Lamblore, Boissy les Perche et la Chapelle Fortin.
Le document PDF proposé ci-dessous présente les festivités et commémorations organisées lors de cet anniversaire.
Afin de boucler la série historique consacrée à l’histoire de l’Occupation de la région de Senonches-La Ferté Vidame, les deux classes de troisième du collège La Loge des Bois ont été accueillies sur le site même du dépôt GNEISENAU.
Ce camp de munitions situé en forêt sur plus de 500 hectares, bien abrité de la vue des bombardiers alliés qui s’échigneront durant des semaines pour détruire, en vain, cet énorme dépôt où s’approvisionnent, y compris en essence, les lourds véhicules allemands montant sur le front des plages de Normandie.
Doté en 1943 du nom d’un célèbre général allemand du siècle précédent, le camp fait partie d’une opération psychologique visant à relever le moral des troupes, moral fortement ébranlé après Stalingrad. Un navire de guerre recevra également ce nom connu des soldats qui renvoient à l’image gagnante de l’armée allemande sur ses ennemis.

Les élèves ont eu connaissance du fonctionnement de cet établissement quasi industriel qui employait 3 catégories de manutentionnaires : Espagnols prisonniers fournis par Pétain à l’occupant, soldats coloniaux français de 1940 et une partie de la population locale volontaire pour y travailler contre un bon salaire…
Lors des nombreux bombardements alliés à l’aveugle, soldats, employés et prisonniers se ruent dans les “trous d’hommes” creusés pour cette éventualité.
Concernant l’habitat en dur, seuls les Espagnols bénéficient des 4 baraques regroupant des “châlits superposés”. Les coloniaux doivent se débrouiller pour s’abriter en forêt qui constitue la zone interdite délimitée par trois postes de garde (Senonches, Belhomert et La Fizilière).
Un trafic modeste existe dans le camp où l’on constate les prélèvement d’explosifs, notamment de grenades qui serviront, jetées dans les étangs, d’assurer une pêche au gros productive pour celui qui prend tous les risques nécessaires. Un jeune de 15 ans découvert par les soldats en possession de ces explosifs paiera de sa vie son action dangereuse.
Pour les collégiens du même âge qui ont écouté la narration de ces faits inconnus, un sentiment de stupeur s’est manifesté par un silence significatif du trouble ressenti.
Ce troisième volet des recherches, visant à construire une exposition sur l’occupation et la résistance, après la journée Jean Moulin à Chartres et la visite d’une ferme résistante à la Chapelle Fortin, a permis d’évoquer au plus près la population civile confrontée à une présence militaire allemande conséquente dans les espaces de la vie rurale. Couvre feu, zones interdites, réquisitions de logements ont été le lot de ces privations de liberté qui ont duré plus de 4 années.
Comme chaque année à cette période, le Comité du souvenir du Camp de Voves organise une cérémonie émouvante, toujours très suivie par des centaines de personnes.
Poèmes , chants patriotiques, lectures, ont rempli d’émotion les auditeurs qui venaient d’assister au dépôt de nombreuses gerbes devant le monument dédié qui domine l’entrée du camp. Un petit musée ainsi qu’un wagon-musée de déportation sont visitables également.
En mai 2025, les élèves de troisième du collège Gaston Couté de Voves, avec leurs enseignants, ont pris une part active à cette cérémonie du souvenir pour célébrer avec les familles des internés de 1941-44 la liquidation du camp intervenue en mai 1944.
Liquider ce camp d’internement administratif d’Eure et Loir géré et surveillé par des gendarmes français sous l’autorité de Pierre Lebaube, Préfet de la collaboration, veut dire déportation des prisonniers vers d’autres camps beaucoup plus durs et situés en Allemagne ou en Pologne occupée.
Les Allemands ont voulu sanctionner les internés français, gardés par des français, lorsqu’ils ont constaté que 42 d’entre eux se sont évadés par un tunnel de 148 mètres de long dans la nuit du 5 au 6 mai 1944. Cette évasion spectaculaire, qui inspira le réalisateur du film “La Grande Evasion”, faisait suite à plusieurs évasions réussies d’internés, déguisés en gendarmes ou caché dans un tonneau vide…
Pour en savoir plus sur ce camp qui regroupa près de 1000 internés, vous pouvez lire les deux livres d’Etienne Egret, secrétaire mémoire de l’association locale, dont vous trouverez les références dans la rubrique “Bibliographie”.
En outre, plusieurs dizaines d’internés, bien identifiés, figurent sous leur nom dans la liste des résistants” liés à un groupe” sur ce site.
Bonne lecture

Maquette du Camp de Voves réalisée par Régis Drigny et l’association du camp de Voves.
Grand beau temps ce mardi de mai pour visiter les lieux historiques du maquis de la Ferté Vidame avec les collégiens.
Le CEDREL, en lien avec le collège de Senonches, a monté un programme de plusieurs mois pour ces jeunes de troisième qui vont, à terme, construire une expo sur l’Occupation et la Résistance dans cette région.
Plusieurs visites de sites ont été programmées (maquis, camp de munitions, Chartres et Jean Moulin) afin de leur permettre d’embrasser l’histoire dans sa globalité.
Dans la ferme des Loquets, où ils sont accueillis par Patrice Le Noc et son épouse, il s’agit de découvrir comment les parents de ces cultivateurs ont participé au soutien au maquis.
Stockage des armes, écoute clandestine des messages radio annonçant les parachutages, ravitaillement des maquisards, tout cela a été évoqué devant ces dizaines de jeunes qui découvraient une histoire totalement méconnue.
Le fournil, où était caché dans un mur le poste de radio branché sur la BBC, est resté inchangé et a pu recevoir par groupes les collégiens. Là, les ouvriers agricoles de l’époque ont risqué leurs vies en cachant les armes du parachutage juste au dessus de la pièce du fournil où ils dormaient..
Une nuit d’aout, les Allemands sont arrivés dans la cour de la ferme et où, coup de chance, n’ont pas pénétrés dans le fournil épargnant ainsi une arrestation et probablement une exécution sommaire très fréquente au moment de la débâcle allemande d’aout 1944.

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La visite comprenait aussi l’aide à la manipulation d’un drone par un spécialiste qui a expliqué le maniement de l’appareil devant ces groupes de collégiens . Des images animées ont été collectées pour mieux mesurer l’environnement rural immédiat du lieu étudié.
En fait, cette ferme était l’une des quatre vigies qui entouraient l’endroit où se tenait le poste de commandement du maquis au lieu dit “La Tuilerie” au milieu d’un bois encerclé par les cultures.
Avec les fermes des Rigaudières, de la Reverdière et de la Fortinière, la ferme des Loquets et sa jumelle du Plessis constituait bien une zone de surveillance permettant d’alerter les maquisards en cas d’attaque allemande.
Ce fût d’ailleurs le cas le 10 aout 1944 lorsque découvert par une patrouille, le maquis fût bombardé par les mortiers allemands des SS basés à la Ferté Vidame. Prévenus à temps, les maquisards déménagèrent avant avec armes et nourriture vers d’autres caches prévues à l’avance.
Texte en format réduit de la Conférence tenue le 8 mai 2025 à Courville sur Eure :
Dans la bataille des Poches de l’Atlantique
1°) Situation politico-militaire de la France, Automne 44
2°) Etat de la Résistance
3°) formation des Bataillons
4°) les 3 Poches : Royan, Pointe de Grave, Oléron
5°) Après la victoire, l’Est, les casernes, la démobilisation
Dissolution du régiment le 1er septembre 1945
Royan
Les allemands
Ville occupée avec 250 blockhaus et 400 bunkers 560 nids de mitrailleuses plus 450 groupes de Panzerfaust , Armée dirigée par Hartwig Pohlman depuis le 1 er juin 1944.
Elément du Mur de l’Atlantique : 3 gros ouvrages cuirassés et la Flak 999.
Renfort de 560 marins allemands (Bataillon Tirpitz) sur la rivière Seudre.
Soit 3400 combattants pour 5000 soldats et un territoire de 180 000 mines plus 35 000 antichars. Leur ravitaillement est assuré par des coups de main.
Le commandant de Royan est le contre-amiral Michaelles.
Les FFI composent, seuls, l’armée française.
Entre 9000 et 11 000 combattants des maquis du sud-ouest, mal équipés, mal armés, mal formés au combat classique. Ils portent le brassard FFI et risquent la déportation. Essence et munitions manquent, comme le sanitaire.
Les civils ont quitté la ville par centaines mais il en reste encore 4000 à évacuer par Saujon gare, début 45.
Henri Adeline de l’armée au maquis et à nouveau l’armée.
Le général de Larminat a été nommé chef du front Ouest (Lorient à Bordeaux) en octobre 44.
Un fidèle, campagne d’Afrique du nord, débarquement de Provence. Il dispose d’une flotte avec 2 croiseurs et d’avions américains.
Son mandat : gagner sans discuter. D’où des opérations couteuses en vies humaines pour les FFI (90 avant la bataille frontale)
Opération indépendance : Reprendre Royan par 50 000 soldats de la 2ème DB et la 1ère DFL prélevées sur l’Alsace 25 novembre 44 mais les Ardennes…
Les FFI se rassemblent jusqu’à 60 000 hommes pour attaquer la ville.
Opération annulée et reportée au 10 janvier 45, mais le plan de bombardement est inchangé. Maitre d’œuvre : le général US Royce qui considère que les civils de Royan seraient des collabos…Et il faut un terrain d’entrainement pour les recrues sur bombardiers.
Négociation Larminat/Royce : se limiter à bombarder Pte de Grave et de la Coubre. Ordre est donné par Royce pour le 4 janvier 45. Mais au-delà…la ville est visée par deux vagues de nuit : 1600 T et 14 T incendiaires par 400 Lancaster Bilan : 442 morts, 500 blessés soit la moitié des civils et 47 allemands.
Les Allemands aident les civils (hopitaux, nourriture, pompiers), colonne de secours négociée avec les FFI, trève entre Meyer et Michaelles ,etc . ville détruite à 90% . Survivants évacués par train à Saujon (un millier).
Opération Vénérable reprendre Royan
A compter du 26 mars et jusqu’au 16 avril.
Les FFI 28 sont dans le 3ème bataillon du 131ème RI, le Bataillon de marche a été dissous le 3 décembre 1944. Tous sont devenus soldats. Sous la direction d’Antoine De Layre (Farjon), et sous commandement du Lt-Colonel Durand plus tard.
Visages du maquis :…..
13 février : montée au front pour eux, caserne de Luçon.
23 février montée en ligne à Marans du 131ème et 3 autres régiments entre Royan et Pointe de Grave. Toute la zone est ciblée par les Français (Oléron, La Rochelle, Verdon, Arvert…)
Attaque du 1er mars et 1ère victoire, plusieurs escarmouches ensuite mais plusieurs tués et prisonniers à Marans.
5 avril Raynaud remplace De Layre au 3ème bataillon. 200 chars Sherman pilotés par des français se positionnent au Chay.
13 avril , la Division Gironde, attaque générale des Français 24000 sur Royan 7000 sur Oléron. Bombardements (8000 T) et 10000 obus (Marine française)
14-15 avril 800 bombardiers au napalm
Déminage, nombreux tués. Postes allemands enfoncés, pénétration dans Royan.
Traversée des marais et surprise des Allemands. Nouveau Bombardement sur la Coubre. Village des Matthes libéré.
Michaelles blockhaus de Pontaillac, 4 canons de 420, tirs de 25 km. Va se rendre avec 100 hommes suivis par 800 allemands.
Bilan 480 tués, 220 blessés et 4800 prisonniers.
Français : 154 tués, 700 blessés.
Fin de l’opération Vénérable. Le Napalm s’inscrit comme arme destructrice.
La Pointe de Grave
Royan conquis au prix de centaines de vies, il reste en face de l’estuaire de la Gironde La pointe de Grave te le fort des Arros.
Canons de 105, 188 et 280, centaines de blockhaus
Plan dessiné, photos, Les Huttes
Opération Médoc
FFI 28 embarque en gare de Saujon pour la Pointe de Grave de nuit. 17 avril.
19 avril petit matin Les Huttes et le fort des Arros Commandement par Durand Lt-Col.
Un groupe dégage l’accès de Soulac, et les FFI 28 doivent progresser sur la voie ferrée en tête de l’attaque.
En face, La Festung Gironde : 160 blockhaus,121 casemates, 4 batteries (75,105,152,164) et la 5ème avec 4 canons de 88 aux Huttes. Description Gardebled .
9 postes de FLAK, 600 soldats de la brigade Forteresse,2400 fusiliers-marins, 110 pièces d’artillerie de campagne : Total 4000 hommes.
Carte Pointe de grave.
Attaque des Arros ,18 avril 22h30, Commandant Raynaud chef des FFI 28. A peine 1 km feu de mitrailleuse patrouille touchée. Les compagnies (Didier, Jandin, Lavigne) montent à l’attaque et découvre le fort gigantesque : 18 blockhaus, 4 canons de 165, 2 de 77 et 8 mitrailleuses à 4 tubes sur tourelles et protégeant par la mer.
Par la terre les 88 et mitrailleuses (Gardebled).
Les chars Somua n’interviennent pas, ignorant où est l’artillerie allemande.
Les français avancent à pied sous les tirs de l’artillerie, nombreux tués et blessés (Jandin 3 fois soigné et retour au combat). Exploits individuels de Lavigne et Brice pour ramener les blessés.
Changement de tactique : les chars de Leclerc interviennent pour bloquer les Allemands sur la ligne de chemin de fer ce qui permet à 3 compagnies du régiment de déborder l’ennemi. A 20h30, le 19 avril 1945, le fort tombe.
90 tués ou blessés dans le 131ème dont beaucoup de FFI 28 (Paulmier, Sudre, Morize,etc)
200 allemands prisonniers avec le capitaine de corvette Bimbacher.
La Pointe de Grave comprend toujours des forces allemandes et le 20 avril le groupement Reverdy s’attaque au fort N°305 ; défendu furieusement.
Bombardement américain puis attaque au sol : corps à corps des sections Verdier et Bridoux victorieuses : 137 prisonniers. Fin de l’opération Médoc.
De Gaulle décore les hommes de troupe et les officiers, 22 avril 1945, pointe de Grave. Discours sur le bombardement « par erreur » de Royan.
Pour en finir, l’Opération Jupiter à Oléron.
C’est une opération amphibie, les barges de débarquement ont été modifiées pour accueillir des blindés à bord.75 barques motorosiées,24 landings craft, pinasses.
Les Français alignent 6 unités :
Les Fusiliers-marins de Rochefort, le 50ème RI, le 131ème de Durand, le 158ème, le 6ème bataillon de tirailleurs Nord africains et le corps franc Marin.
Cavalerie, et chars du 13ème dragon
Artillerie (75, 105,155)
Aviation : Dewoitines Spitfires et Fieselers allemands capturés.
Marine : le Dusquesne, les dragueurs de mines
Les résistants de l’Ile en nombre, guides et éclaireurs. Leur rôle fût très important car ils ont établi des cartes des positions ennemies et des champs de mines. De plus ils guident les arrivants et détruisent les lignes téléphoniques allemandes.
Attaque le 30 avril à 5 heures du matin par le sud de l’Ile.Tête de pont établie et à 7h30 toutes les troupes françaises sont sur place.
Prise de St Trojan, Château d’Oléron, Dolus puis St Pierre où la résistance allemande est forte (mitrailleuses lourdes, canons antichars de 77)
Obligation de faire intervenir l’aviation américaine et aussi les spitfires et les junkers.
De Larminat arrive pour clore la délivrance de l’Ile.
Attaque du PC allemand, 50 officiers prisonniers, fuite des autres vers Boyardville.
Graft von Schnitz se rend à Durand fin de l’opération Jupiter
18 français tués, cinquante blessés
1700 allemands prisonniers, 50 tués et 60 blessés.
Après la bataille des Poches de l’atlantique, quel destin ?
Aout 45 Le Bataillon est regroupé à Thionville, garde des prisonniers, certains partent en Indochine.
En septembre 45 dissolution du Bataillon. Retour au foyer pour les premiers engagés
Les guerres d’émancipation du colonialisme apparaissent.
Le 6 mai à partir de 14h30, des images ont été projetées, avec la participation de cet établissement, pour les 120 résidants et leurs familles.
Ce fût l’occasion de se souvenir de ces années noires à Senonches ou dans sa région entre 1940 et 1944.

Ils étaient présents en cette fin d’avril 2025 à Lèves pour célébrer un évènement exceptionnel : la remise de la tenue d’aviateur de James Bozarth, tombé ici le 1er aout 1944, à sa famille venue en nombre des USA.
Des centaines de participants, habitants et associatifs mêlés, ont participé à cette commémoration historique pour remettre cette tenue à la fille de l’aviateur, sauvé par 3 jeunes de la commune dont des membres du groupe de résistance local.

La fille de l’aviateur a découvert le rôle des résistants locaux pour sauver son père de la griffe des Allemands. Hélas il fût trahi par un agent nazi infiltré dans le réseau de récupération d’aviateurs de Raymond Picourt à Chartres, arrêté et déporté à Buchenwald. Il sera libéré par ses compatriotes en avril 1945 et témoignera de la trahison qui a concerné, rien qu’en Eure et Loir, plus de 150 aviateurs ainsi trahis et déportés.
Beaucoup laisseront leur vie dans les camps de concentration, épuisés par la faim, la maladie et le travail d’esclaves où ils étaient soumis.
La cérémonie s’est achevée par une séance de photos souvenir, dont celle avec le président du CEDREL (ci-dessus) et par la remise du film “Résister en Eure et Loir” à cette famille qui s’est montrée très reconnaissante vis à vis de notre association.
Jeudi 24 avril 2025 Rendez-vous avec l’histoire du Préfet Jean Moulin à Chartres au tout début de l’Occupation.
Le 17 juin 1940 à 6 heures du matin, Jean Moulin attend sur le perron de l’Hôtel de Ligneris, où son logement et les bureaux de sa préfecture sont situés.
Il est entouré de Monseigneur Lejars, représentant le diocèse de Chartres et de Monsieur Besnard du conseil municipal. Ils attendent l’arrivée des Allemands qui investissent la ville désertée par ses habitants.
Tous les chefs de service public ont fui en exode. Il n’y a plus de pompiers et des immeubles brulent sous les bombardements. Il n’y a plus d’eau en ville car le service de distribution est parti. Plus de commerces ouverts, notamment les boulangeries.
Le préfet Moulin est resté dans la ville de Chartres pour tenter de protéger la population, organiser des secours, du ravitaillement avec le peu de moyens qui lui restent. Il est seul.
Lorsque les officiers allemands le saisissent, c’est au prix d’un mensonge car ils lui annoncent que le commandant de la place veut le rencontrer. Le Préfet revêt son uniforme et les suit au siège de la kommandantur. Mais là, il n’est plus question de parlementer avec le général Von Gütlingen le Feld-kommandant. Ce sont des brutalités, des coups de crosse, des coups de poing qu’il reçoit de ces officiers qui l’insultent.
Et la longue journée du 17 juin 1940 commence pour Jean Moulin.
Les Allemands veulent lui faire signer un protocole spécifiant que des soldats français, coloniaux du 26 ème régiment des tirailleurs sénégalais, ont massacré et torturé des civils français. Le Préfet Moulin refuse cette ignominie et tente de négocier: qu’on lui montre des preuves !
Emmené à la petite gare de La Taye, commune de St Georges sur Eure, il est jeté dans un cabanon sombre dans lequel gisent 9 corps déchiquetés et sanguinolents. Visiblement, il s’agit de victimes civiles des bombardements allemands sur les personnes fuyant sur les routes de l’exode.
Pour Jean Moulin, le protocole exigé par les officiers serait un parjure s’il était signé.
Il refuse et les coups pleuvent à nouveau.
Ramené à l’Hôtel-Dieu de Chartres il est enfermé dans l’appartement du concierge et gardé par les soldats. A une heure du matin, sentant ses forces le lâcher après toutes ces épreuves, Le Préfet Moulin décide de tenter le suicide “pour ne pas faillir à l’honneur”. Il se tranche une partie de la gorge avec un morceau de verre trouvé au sol. Le sang se répand sur l’uniforme jusqu’à 5 heures du matin au moment où les gardes le découvrent ainsi, râlant et mourant.
L’officier de garde panique à la vue du Préfet et ordonne des premiers soins au docteur Foubert, en poste à l’Hôtel-Dieu à ce moment. Chancelant, tenant à peine debout ,Jean Moulin est emmené à nouveau à la Kommandantur puis, du fait de son état , ramené chez lui à l’Hôtel de Ligneris où il se remettra durant plusieurs jours, nourri à la cuiller par un adolescent, Philippe, le fils de la concierge.
Ce” Premier combat” de Jean Moulin est un acte de résistance individuelle décidé par un homme qui ne veut pas mourir sous les coups des Allemands et ne signera jamais un document mettant en cause l’honneur de l’armée française.
C’est un acte fondateur pour ce futur chef de la Résistance Nationale à l’occupant.
Il consignera sur un carnet, et heure par heure, les évènements de cette longue journée du 17 juin 1940. Le carnet sera remis par lui à sa sœur Laure qu’il retrouve dans le Midi natal après avoir été radié par Pétain comme préfet de gauche, donc douteux.
Laure Moulin cachera les notes dans une boite en fer enterrée à St Andiol et ne les ressortira qu’après la guerre. Ces notes, les seules personnelles écrites par Jean Moulin, feront l’objet d’une publication en 1947 aux éditions de Minuit sous le titre “Premier Combat”.
C’est cette véritable tragédie qui a été évoquée, par le CEDREL, sur les lieux mêmes, où se sont déroulés ces faits historiques, qui ont été évoqués avec deux classes de troisième du collège La Loge des Bois de Senonches le 24 avril 2025 à Chartres et à La Taye.
Cette partie de l’histoire fera l’objet d’une expo plus large, conçue par ces jeunes et qui pourra circuler dans d’autres établissements.
Pour connaitre l’histoire du Premier Bataillon de Marche d’Eure et Loir, rendez-vous Salle Pannard à partir de 14h30 le jeudi 8 mai 2025.

« Le loup à la Croix de Lorraine »
Fanion du Bataillon
La seconde guerre mondiale n’a pas pris fin avec la Libération de l’Eure et Loir le 23 aout 1944 mais le 8 mai 1945 avec la capitulation « sans conditions » de l’Allemagne nazie.
Les résistants du département d’Eure et Loir, FFI et FTP ensemble, ont poursuivi le combat en intégrant l’Armée nouvelle reconstituée en France sous l’égide du Général de Gaulle. Plusieurs centaines d’entre eux ont combattu sur les Poches de l’Atlantique.
Le CEDREL propose un éclairage mémoriel sur cette période souvent méconnue.
Grande conférence sur la bataille des Poches de l’Atlantique
avec le 1er bataillon de Marche d’Eure et Loir
Présentée par Albert HUDE Président du CEDREL
Jeudi 8 mai 2025 Salle des Fêtes de Courville sur Eure,
Rue Pannard de 15 à 17h 30 Entrée libre
Avec une présentation de matériels militaires, documents et cartes d’époque


Le CEDREL « association-cedrel.fr » Avec le soutien de la Municipalité de Courville sur Eure
La seconde guerre mondiale n’a pas pris fin avec la Libération de l’Eure et Loir le 23 aout 1944 mais le 8 mai 1945 avec la capitulation « sans conditions » de l’Allemagne nazie.
Les combats ont continué pour libérer Paris puis tout l’Est de la France, jusqu’à Strasbourg en novembre 1944 où le serment de Koufra, délivré en mars 1941 par le général Leclerc à sa 2ème DB, a été accompli.
« Jurez de ne déposer les armes que le jour où nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg »
Les résistants du département d’Eure et Loir, FFI et FTP ensemble, ont poursuivi le combat en intégrant l’Armée nouvelle reconstituée en France sous l’égide du Général de Gaulle.
Ils ont combattu à plusieurs centaines sur les Poches de l’Atlantique et, en particulier à la Pointe de Grave, à Royan et jusqu’à libérer l’ile d’Oléron de ces zones où 40 000 Allemands étaient retranchés dans des centaines de blockhaus et autres ouvrages fortifiés. Ces ultimes combats ont pris fin quelques jours avant le 8 mai 1945, jour de la capitulation allemande sans conditions.
Faiblement armés avec leurs mitraillettes STEN utilisées dans le maquis, ils se sont affrontés aux soldats aguerris de la Wehrmacht aux cotés de la deuxième DB de Leclerc et des soldats coloniaux de l’Armée de De Lattre de Tassigny.
Alors que les escadrilles américaines déversaient des tonnes de bombes incendiaires, dont certaines au Napalm, sur la ville de Royan en causant des centaines de victimes civiles mais pratiquement pas d’Allemands, les résistants d’Eure et Loir ont tenu bon dans les combats rapprochés et ont perdu beaucoup d’hommes.
80 ans après, les archives sont ouvertes et l’on peut restituer ce que furent ces combats des poches de l’Atlantique, c’est-à-dire une histoire trop souvent méconnue de la seconde guerre mondiale en France, après la retraite allemande.
Du maquis

à l’Armée Nouvelle

Place de la Concorde, 11 novembre 1944. Le Premier bataillon de marche
d’Eure et Loir à Paris

Lors des échanges avec le public où étaient présentes plusieurs familles d’anciens du Bataillon, nous avons pu entendre le témoignage de Catherine Tachet, fille d’André Tachet qui fût décoré par De Gaulle dans les Poches de l’Atlantique le 22 avril 1945.
Hervé Buisson, Maire de Courville sur Eure et Frédéric Hallouin, son adjoint, encadrant le président du CEDREL au cours de la conférence qui a réuni une bonne quarantaine d’auditeurs ce 8 mai 2025 :

Cette conférence, accompagnée de 30 photos d’époque projetées et d’une expo de 8 panneaux relatant l’engagement de résistants d’Eure et Loir dans le Bataillon, est disponible pour les communes, associations et institutions d’Eure et Loir.
Prendre une réservation par le formulaire contact.
Au travers de 16 portraits de femmes, adolescentes, mariées, veuves,ou agées ces femmes ont constitué un appoint non négligeable à la lutte clandestine contre l’Occupant Allemand.
Ici, pas de combattantes armées, mais des femmes courageuses mettant en cause leur vie de famille, leur avenir, leur métier.
De Véra Obolensky, décapitée dans la prison de Plotenzee du grand Reich à Berlin, à Lucie Arnould, simple dactylo de la Préfecture qui dérobait les tampons officiels destinés aux faux papiers, toutes ont participé sans demander une quelconque reconnaissance après la guerre.
Leur faire honneur le 8 mars, journée internationale des femmes, c’est leur rendre cet hommage oublié dans la fête de la victoire célébrant presqu’exclusivement les hommes.
La conférence a abordé plusieurs aspects de la lutte clandestine à laquelle ces 16 femmes ont participé : renseignement militaire, parachutages, caches d’armes, soutien aux pourchassés, soin des blessés, récupérations des aviateurs tombés, etc.
Plusieurs échanges ont clôturé cette conférence devant une bonne vingtaine d’auditeurs dont 4 étudiants(es) en Histoire de l’Université du Mans venus ensemble à Dreux pour connaitre l’histoire des femmes euréliennes dans la Résistance.

Le film “Résister en Eure et Loir” a été projeté en salle des fêtes samedi 22 février devant une soixantaine d’habitants de la commune et de villages voisins immédiats.
D’une durée d’une heure trente, ce documentaire réalisé en 2017 comprend les interviews d’une douzaine de résistants des divers groupes du département qui ont combattu l’Occupant allemand.
Après le film, les participants ont pu échanger, et peut être apprendre ce que fût l’engagement de plusieurs habitants de ce village du Nord de l’Eure et Loir.
En particulier, le réalisateur, qui était présent, a évoqué André Marie âgé de 16 ans et benjamin du groupe de maquisards regroupés au sein du maquis de la Ferté Vidame. Seul en sentinelle sur la route reliant la Ferté Vidame à Verneuil sur Avre, il capture un camion allemand et fait 2 prisonniers. Le tout est ramené au maquis sous la menace de sa mitraillette STEN.
Au café restaurant du village, logent plusieurs résistants en contact avec le très important groupe de résistance de Verneuil sur Avre, dirigé par le capitaine Thirault, et participent aux émissions radio clandestines à destination des Alliés à Londres. Sur la place du village, une famille reçoit chez elle ces clandestins qui déploient la longue antenne de leur poste afin d’émettre à partir du salon. La résistance est bien présente à Boissy les Perche.
Cette conférence, ouverte à tous, vise à démystifier nombre de raccourcis tendant à rendre responsables les Alsaciens Lorrains de plusieurs monstruosités durant la seconde guerre mondiale sans analyser la situation particulière de ces populations ayant changé plusieurs fois de nationalités en moins d’un siècle et toujours par obligation étatique.
Il ne s’agit pas de dédouaner les actes individuels ou collectifs de ces soldats appelés “Malgré-Nous” mais de restituer le contexte historique de ces départements tantôt français, tantôt allemands au gré des situations militaires.
Etaient-ils libres de choisir ? Quels choix s’offraient à eux et à leurs familles ? Quelle était leur part de liberté individuelle ?
Ces questions seront abordées au travers de l’histoire d’une de ces familles mosellanes dont un descendant, adhérent du CEDREL, viendra brosser le tableau des actes ayant conduit à des contradictions terribles où les frères pouvaient se retrouver face à face dans deux armées opposées. La répression allemande contre les refusants ira jusqu’à déporter les mères et épouses des réfractaires récalcitrants.
Voici quelques repères historiques permettant de situer les propos qui seront tenus lors de la conférence :
ALSACE-MOSELLE
(Départements de Moselle, Bas Rhin, Haut Rhin, Meurthe, Vosges)
1870
Après la victoire de l’Empire Allemand sur la France les habitants deviennent Allemands sauf à quitter le territoire, ils seront près de 100 000.
La cession des territoires français est approuvée par le Parlement le 1er mars 1871

L’Allemand devient la langue officielle y compris pour les lorrains qui, à 40%, parlent le français. Le traité permet aux habitants qui le souhaitent de quitter ce territoire annexé avant le 1er octobre 1872, Metz perd ainsi la moitié de sa population (20 000), les territoires annexés deviennent zones d’immigration allemande.
1,5 million d’habitants parlent allemand tandis que 11% gardent la langue française.
Tous les habitants deviennent allemands de facto.
Un fort ressentiment français persistera durant 40 années jusqu’à la première guerre mondiale mais il est très largement minoritaire.
1918
Après la victoire française, les territoires annexés sont récupérés. Durant le conflit une grande majorité des habitants de ces territoires a été contrainte de rejoindre l’armée du Reich pour combattre les Français (380 000 contre seulement 18 000 qui rejoignent l’armée française).
Le français redevient la langue officielle mais la majorité est germanophone et continue de pratiquer l’Allemand ou les dialectes.
Les habitants sont classés en 4 catégories selon leur statut durant l’annexion (ascendance, francophilie). 200 000 habitants sont expulsés de France recomposée vers le territoire allemand. La francisation est pratiquée à marche forcée et crée des malaises qui favorisent l’autonomie.
Selon la classe, les droits civiques étaient différents :
Le classement dépend du choix effectué par chacun s’il remplit ou non son dossier pour être classé. Ne rien faire, équivaut à rester allemand en Alsace-Moselle annexées.
1940-1944
La convention d’armistice ne traite pas de ces ex-territoires annexés en 1870 et libérés en 1918. Ils devraient donc rester français durant toute la seconde guerre mondiale.
Cependant un décret d’annexion allemand est publié unilatéralement en octobre 1940.
Ces tentatives de pseudo-annexions sont mises en place, surtout avec la mobilisation forcée des citoyens ex-allemands : les Malgré Nous.
A noter que des femmes ont été aussi incorporées : les Malgré Elles.
Tous les habitants d’Alsace-Moselle issus de familles ayant opté pour la France en 1871 sont français, comme tous ceux qui sont nés après 1918.
Au début du conflit, les nazis ne veulent pas des alsaciens-lorrains dans la Wehrmacht. Ce n’est que le 25 aout 1942 que l’ordre de leur mobilisation est donné.
Les soldats de l’armée française qui étaient concernés ont été démobilisés par Vichy en 1942 et sont retournés en Alsace-Moselle où l’armée allemande les a incorporés.
Versé dans la Wehrmacht ou dans la Waffen SS (qui perd énormément de troupes au combat), les Malgré Nous participent aux combats sous l’uniforme allemand.
100 000 alsaciens et 30 000 lorrains seront ainsi déplacés en union soviétique pour combattre Staline. On les retrouve dans toutes les batailles y compris comme Einsatzgruppen qui se chargent des exécutions de masse des populations.
Dans ces territoires annexés par le Reich, les jeunes gens ne sont pas astreints au STO instauré en France en 1943, car ils sont considérés comme Allemands. En revanche, ils sont mobilisables dans la Wehrmacht. Ceux qui refusent deviennent réfractaires et sont poursuivis. Arrêtés, ils sont déportés et condamnés à des années de détention.