Jean Ansquer Les Chatelets

   • LIEU : Cimetière des Chatelets
  • DATE DE L'INTERVENTION : 14 juillet 2017
   • PARTENAIRE(S) : Famille Ansquer , Commune et le Souvenir Français

Inauguration de la Plaque du Souvenir de Jean ANSQUER

Mort pour la France

Inhumé aux Châtelets (Eure et Loir)

Déclaration du CEDREL 14 juillet 2017

Jean ANSQUER est né le 18 avril 1924 dans la commune des Ressuintes.

C’est l’ainé d’une famille de 7 enfants qui est établie à Magny et dont le père, Yves ANSQUER, exploite une ferme de 65 hectares. Ce n’est pas une famille aisée et le travail des champs est dur pendant l’occupation allemande.

Les ANSQUER comme beaucoup d’autres ne doivent pas porter les Allemands dans leur cœur, mais ils ne font partie d’aucun groupe de résistance et ils ignorent probablement l’existence du maquis de Crucey Brezolles pourtant proche.

Ce maquis ne se constituera d’ailleurs qu’au printemps 1944.

Souvent, et ce dès 1942, des avions anglais lâchent des paquets de tracts dans les champs pour soutenir le moral des français. Ramasser un tract peut coûter cher alors qu’il s’agit le plus souvent d’un acte anodin que beaucoup pratiquent.

Mais la période est propice au déchainement de la jalousie, voire de la haine quand ce n’est pas pour récupérer de l’argent. Les Allemands offrent des primes à tout dénonciateur qui conduit à une arrestation.

Certains pratiquent la dénonciation calomnieuse, c’est-à-dire fausse et sans preuve.

Ce sont parfois de simples voisins aigris et jaloux qui s’abaissent à ces ignominies.

Jean ANSQUER ne verra pas ses 19 ans car il mourra de façon suspecte dans le Camp de Compiègne Royalieu le 29 mars 1943.

Jean a été victime de ces dénonciateurs qui ont inventé que la ferme ANSQUER était un repère de communistes détenant des armes et proférant des propos anti allemands.

Ces inventions suffisent en juillet 1942, date de la première lettre de dénonciation, pour provoquer une perquisition des Feldgendarmes. Ils débarquent vers 21 heures et arrêtent Jean et son père Yves.

Pourquoi ces arrestations ? Parce qu’ils ont trouvé là quelques tracts ramassés dans les champs.

Le Tribunal Allemand de Chartres condamne Yves Ansquer à 6 mois de prison et son fils Jean à 3 mois.

A ce moment, on ignore qui est le dénonciateur.

La peine accomplie, ils sont libérés et reviennent à la ferme.

En février 1943, une seconde lettre est adressée à la Gestapo par les mêmes personnes. Elle vise Jean et l’accuse à nouveau de détenir des tracts.

La seconde perquisition est musclée et les Allemands découvrent un seul tract froissé dans la poche d’un bleu de travail de Jean.

Cette fois, il n’y a plus de peine de prison, c’est la déportation via le camp de Compiègne Royalieu.

La famille ignore que Jean a été dirigé sur Compiègne et le découvre plusieurs jours après l’arrestation par une lettre de Jean qui réclame des vêtements chauds. L’hiver est rude à Compiègne dans les baraques non chauffées.

Un mois plus tard, c’est un cercueil plombé qui revient avec un gendarme français. Jean serait décédé de maladie contagieuse ce qui est fort douteux.

Il n’est pas impossible qu’une évasion ratée fût la cause de sa mort pour ce jeune homme en pleine santé car les soldats tiraient à vue sur les évadés.

La famille restera dans l’ignorance des conditions de ces arrestations par dénonciation pendant plus de 70 ans.

Récemment, les archives retrouvées par le CEDREL indiqueront de façon indiscutable que les dénonciateurs étaient des voisins de la ferme de Magny.

Lors du procès des dénonciateurs 11 personnes habitant Magny et les environs, furent conduits à témoigner dont un adolescent de 14 ans. Chacun apporta son témoignage pour faire éclater la vérité et mettre la responsabilité des dénonciateurs.

La justice de l’immédiat après-guerre ne fût pas toujours à la hauteur du traumatisme causé par ces ignominies.

Cependant, il y a eu un jugement à la Libération et un couple fût mis en cause.

La femme a été condamnée à 10 ans de travaux forcés, la déchéance nationale et 20 ans d’interdiction de séjour mais son complice, qui ne savait pas écrire, a été acquitté par le tribunal français. Il est décédé à 78 ans à Mortagne au Perche sans jamais avoir été inquiété.

Dans cette période trouble, et au travers du parcours tragique de Jean ANSQUER, on constate que la délation peut conduire à la mort, y compris pour des faits qui sont bénins, comme la possession d’un tract.

Aujourd’hui, la Commune des Châtelets répare un oubli et consacre une commémoration par l’inscription du nom de Jean Ansquer au rang des morts pour la France.

Ce n’est que justice et c’est bien que cet évènement se déroule le jour de la fête nationale de la République Française pour laquelle tant de jeunes gens ont perdu la vie lorsqu’ils combattaient l’occupant nazi.

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