Le réseau Hunter et R.Dauphin

   • LIEU : Salle des Fêtes de Nonancourt
  • DATE DE L'INTERVENTION : 23 juin 2022
   • PARTENAIRE(S) : Commune et Collège JC. Dauphin.

Conférence de Nonancourt

1°) définir la résistance

  • Un état d’esprit ou une mise à l’action
  • Les formes : combats, renseignement, récupérations d’aviateurs
  • Le cloisonnement pour se protéger des infiltrations

2°) le réseau Hunter et Raoul Dauphin (agent O)

  • Objet : le renseignement militaire (notes d’identification)
  • Le crash du B17, la récupération
  • Le verger à Muzy, Mme Orial, Mme Desnos
  • Les liens avec Crucey, la filière vers Fréteval
  • L’infiltration par Desoubrie

3°) Jean Claude Dauphin

  • Enfance, études, STO
  • Médecin du maquis de Vendresses (Ardennes)
  • Arrestation, prisons, camps (Dachau, Gotenhafen)
  • Marches de la mort et baie de Lubeck

1°) Qu’est-ce que la résistance ?

Le terme « réseau de résistance » recouvre toutes les formes d’organisation de la lutte à savoir :

Les maquis comme ceux de Nonancourt, Crucey ou la Ferté Vidame

Les groupes de résistants qui sont à la ferme le jour et qui agissent la nuit

Les réseaux de renseignements pour les alliés à Londres

Les réseaux d’évasion pour libérer des prisonniers en France comme au camp de Voves

Les réseaux de récupération d’aviateurs alliés tombés lors des crashes comme Hunter, Comète ou Picourt

Les réseaux de noyautage des administrations publiques pour remplacer les collabos à la libération

La résistance en Eure et Loir est souvent résumée à la présence du Préfet Jean Moulin et aux évènements dramatiques qui s’y déroulèrent à Chartres en juin 1940. Le parcours de cet homme après son passage dans ce département et les responsabilités qu’il assumât ont construit une image de « premier résistant » qui n’est pas usurpée mais qui cache aussi la réalité de la construction d’un phénomène de masse qui verra plus d’un millier de jeunes gens prendre en mains le destin du département.

Ici à Nonancourt, plusieurs groupes s’organisent avec des missions spécifiques :

  • Le renseignement militaire avec Raoul Dauphin et Robert Le Lédan
  • L’action militaire avec le groupe Cutuil et le groupe Vigny (Paul alias de Georges Léger)
  • La récupération d’aviateurs tombés en lien avec Mme Orial, le maquis de Crucey, le groupe de Dreux et la filière eurélienne vers Fréteval (loir et cher)

2°) Le comité clandestin de résistance à Nonancourt en 1943

Ce groupe comprend une quinzaine de noms sous la direction de Dauphin père et Le Lédan ; il y a Trousseau, Chéron, Dumoulin, Pone, Esquerre, Boileau etc…certains sont affiliés à Libé Nord, d’autres aux FTP, d’autres sont enregistrés à Londres agent P O comme Raoul Dauphin c’est à dire agent occasionnel.

Le comité couvre l’ensembles des activités de résistance en respectant si possible le cloisonnement des hommes et des missions.

3°) Le centre de renseignement de Nonancourt

Il s’agit d’une branche d’un vaste réseau de renseignement sur le territoire occupé sous le nom de Hunter. Le docteur Raoul Dauphin est un agent occasionnel (PO)de ce réseau. A ce titre il participe à la mise en place des contacts pour évacuer les aviateurs tombés pour qu’ils pussent retourner en Angleterre. En effet il faut au moins 6 mois pour former de nouveaux aviateurs tandis que la fabrication des avions est plus rapide. Jusqu’à l’arrivée des forces US sur le sol anglais en vue du débarquement, c’est une priorité pour Churchill : récupérer ses aviateurs pour continuer le combat. D’où le soutien des Anglais à ce type de réseau.

Le réseau HUNTER Nord était avant tout un organisme de renseignements et participait également à d’autres activités secondaires telles que l’évasion des aviateurs alliés tombés autour de Nonancourt, autrement dit dans l’Ouest de l’Eure et dans le Nord-Est de l’Eure-et-Loir.

Les informations de nature militaire sont envoyées à Paris par agent de liaison et ensuite transmise à Londres par poste émetteur. Après le débarquement, la résistance locale disposera de son propre poste émetteur.

Lorsque des aviateurs alliés étaient recueillis par un des membres de ce centre, seul ce membre rentrait en contact avec des autres résistants de la filière d’évasion, de telle sorte que l’identité de chaque membre ne soit pas révélée à des personnes extérieures au comité. En cas de délation par un traître, l’ensemble du comité ne serait alors pas en danger.

Logiquement, chacune de ces missions doit ignorer les autres et cloisonner les contacts pour éviter l’infiltration. Mais cela est souvent théorique car les besoins sont grands et les moyens faibles. Il est tentant de s’adresser à des connaissances pour résoudre une difficulté comme il est difficile de le refuser quand on est sollicité par des résistants.

Sur cette dernière mission, il faut souligner les risques d’infiltration et les dégâts suite à l’intervention d’agent ennemi.

Il y a aussi les dénonciations d’habitants qui règlent des comptes par ce procédé ignoble. Ainsi Raoul Dauphin sera victime de ces individus qui agissent dans l’ombre.

Suspendu de sa profession de médecin par le Préfet à l’automne 42, signalé à la Kommandantur, puis finalement arrêté par la Gestapo en juillet 44, il est promis à l’exécution.

Alors qu’il l’attend dans sa prison d’Evreux il est libéré à l’arrivée des Américains qui occupent la ville désertée par les Allemands en aout 44.

Les dénonciateurs agissent aussi contre Madame Dauphin en adressant leurs plaintes signées au Préfet Le Gouic qui la destitue de son poste au Secours des prisonniers de guerre.

4°) le groupe d’action Eure Sud

Il s’agit d’une structure de sabotage et d’action militaire qui couvre jusqu’au Calvados des opérations dictées par la résistance de Paris. Il fonctionne en lien avec le comité clandestin dans une relative autonomie jusqu’au débarquement. Ensuite l’ordre est donné par Londres de ne pas attirer l’attention des Allemands sur Nonancourt car le centre de renseignements devait fonctionner à plein sans risquer leur intervention.

Cependant de nombreuses actions sont engagées contre les lignes électriques, les usines MOCDIEU, LORAVIA et CHAMBERT, grâce à l’équipe de sabotage de Mr PONE qui va jusqu’à saboter les installations du grand camp d’aviation allemand de St. André de l’Eure.

5°) Accueil des réfractaires et les maquis

Des dizaines de jeunes refusant le STO intègrent la résistance. Il faut les cacher, les nourrir, leur donner de faux papiers ce qui est un travail énorme effectué par les civils en qui on a confiance. Les mairies sont cambriolées pour obtenir ces cartes d’alimentation et les cartes d’identité vierges que l’on maquille avec des tampons volés ou contrefaits.

Deux maquis s’installent à partir de 43 et agissent sur l’axe DREUX-NONANCOURT   

  • Le maquis de St Georges, chef Roland BRIZE
  • Le maquis de la Vallée, chef NIVELT (MICHEL) qui est dissous fin juin 44 suite à des arrestations par la Gestapo qui torture et fusille les résistants pris.

Les maquis sont en contacts avec d’autre groupes à Verneuil sur Avre (Cap. Thirault), Dreux (July,Dablin) ou à Crucey (Vauchey) et coordonnent leurs attaques et la récupération des armes des parachutages.

Ces combattants au nombre de 53, dont 2 femmes, sont répartis en 8 groupes tous commandés par DUMOULIN, Chef des FFI. Mais les armes manquent et seul le groupe de Jean CUTUIL (sous le nom de VIGNY, résistant fusillé au Mont Valérien) peut être armé en récupérant les armes de l’ennemi. Ce groupe se développe pendant la détention de DUMOULIN, arrêté juste avant la libération de la région.  Il est renforcé par l’arrivée de rescapé des arrestations d’Eure et Loir dont Georges Léger (Paul) résistant FTP qui sera tué le 14 aout 44 lors des combats sur la côte d’Illou.

Jean CUTUIL prendra des risques énormes pour traverser 2 fois les lignes allemandes afin de renseigner les Américains sur l’état des forces allemandes retranchée entre l’Avre et la Seine.

EXEMPLE de Récupération d’aviateurs : le cas du B 17 de Fore et infiltration d’un agent de la Gestapo.

La mission du « Take It easy » 8 juillet 1944

Ce B17G, N°42173 a pour pilote James W FORE qui en est à a 28 ème mission de bombardement au-dessus de la France occupée ou du territoire allemand. Il est nommé « pilote superviseur » qui consiste à apprendre aux nouveaux pilotes d’un équipage le combat aérien.

Sa mission comme les précédentes est de soutenir l’avancée alliée sur CAEN et SAINT LO où les Anglais avec Montgomery sont en butte à une forte résistance allemande depuis le débarquement.

Cet équipage comprend 9 aviateurs y compris FORE :

  • Donald BRIDWELL pilote
  • Milton GASTWIRTH bombardier
  • Robert W WARD navigateur
  • Chasten L BOWEN radio
  • James ZEISER
  • Bernard F SCHARF
  • PHELP
  • SHERMAN
  • James W FORE pilote instructeur, superviseur

   En arrivant sur les côtes françaises, nous avons rencontré une légère flak (FlugAbwehrKanone)  DCA avec éclatement de poudre noire. Nous avons supposé qu’il s’agissait de 88 et 105 ; rien d’extraordinaire. Nous avons mis le cap sur Dreux. Pendant un moment, tout a été relativement calme. Chaque avion a laissé un long flux de traînées s’étendant de derrière ses moteurs. Le temps était très agréable avec une visibilité illimitée. Au lever du soleil, la lumière du soleil se reflétait sur des centaines d’avions argentés. C’était un spectacle impressionnant.

    Soudain, l’enfer s’est déchaîné ! Les Allemands ont attaqué notre formation avec une flak si précise que nous ne pouvions pas éviter l’explosion d’obus et d’éclats d’obus. Dans un autre groupe, juste notre gauche, un B-17 a soudainement explosé.

Nous avions été durement touchés, et cela ne pouvait pas être à un pire endroit. Nos réservoirs de carburant étaient en feu avec des flammes partant de l’aile et se prolongeant presque jusqu’à la queue. Il faisait si chaud que les peaux des ailes fondaient. Une partie du métal était en train de brûler. Sans système d’extinction dans cette partie de l’avion, il était impossible d’éteindre le feu. Notre avion était perdu. Nous aussi, d’ailleurs, si nous ne sortions pas rapidement.
   J’ai immédiatement lancé l’appel de sauvetage sur l’interphone et j’ai sonné l’alarme incendie. Le lieutenant BRIDWELL surveillait la fréquence radio du groupe et n’a pas entendu mon annonce. Je l’ai attiré vers pour qu’il puisse voir le feu. Il n’y avait pas une seconde à perdre Notre avion, encore lourdement chargé en carburant et en bombes, pouvait exploser à tout instant

L’équipage est au sol dans une région inconnue où on ne parle pas la même langue. Les aviateurs n’ont aucun contact de récupération. Une simple carte en tissu leur a été fournie pais elle ne détaille pas la région suffisamment.

Ils ne sont pas tous sains et saufs.

BOWEN atterrit dans un champ labouré où un jeune garçon lui indique une cachette dans un fourré.

FORE a repéré un fermier lors de sa descente en parachute. Il lui indiquera un fossé pour sa cachette provisoire et reviendra le chercher plus tard pour l’emmener chez lui et soigner ses blessures aux mains.

ZEISER touche le sol et est récupéré par René DOZEVILLE un résistant FFI qui va le prendre en charge.

SCHARF est également récupéré par le même résistant.

GASWIRTH est abattu par les Allemands probablement lors de sa descente.

PHELPS et SHERMAN sont faits prisonniers en touchant le sol.

BRIDWELL est sain et sauf et reste caché jusqu’à l’arrivée des Américains le 14 aout 1944.

WARD le navigateur sera récupéré par les résistants.

Peu d’informations ont été fournies aux équipages sur la résistance française et européenne. Ils savent juste qu’il vaut mieux se crasher hors de l’Allemagne nazie car ils auront plus de chances de survie avec une aide hypothétique .

C’est donc véritablement un saut dans l’inconnu.

Et pourtant des réseaux existent malgré la traitrise des infiltrés à la solde de l’Occupant qui rémunère chaque prise d’un aviateur au profit du collaborateur ou de l’agent infiltré.

Voici le récit de la récupération de James Zeiser par René DOZEVILLE communiqué par Jean Claude, son fils :

« Ce matin-là, René DOZEVILLE travaillait dans un champ d’avoine à 10 m en bordure de la route près du petit bois où le parachutiste allait toucher le sol à 300 m de la fromagerie de Gratheuil , Les ouvriers de l’usine furent témoins comme lui de son point de chute .

La Commandanture étant à 2 kms, les Allemands ne tardèrent pas à sillonner les alentours. James ZEISER avait eu le temps de défaire son parachute, de le plier, puis de se diriger à quatre pattes vers le petit bois.

Fort heureusement, il pleuvait à verse et les Allemands trempés abandonnèrent leurs recherches.

René, résistant F.F.I. depuis 1942, partira discrètement à sa recherche en soirée. Craignant une dénonciation, il attendra l’heure de la fermeture de l’usine pour se risquer à atteindre le petit bois avec un grand sac (« pouc » légèrement trouée) laissant apparaître de l’herbe masquant des vêtements de rechange pour le parachutiste.

But : simuler une récolte d’herbes pour les lapins, à cet effet, la « pouc » est alors trouée.

Il va le découvrir assis contre un arbre. Il avait perdu ses bottes et souffrait d’une blessure aux côtes occasionnée lors du saut hors de l’avion.

Il le ramènera à son domicile. Le parachute fera partie du voyage, planqué dans la « pouc » à la place des vêtements. Il  restera caché au domicile des époux DOZEVILLE pendant quelques jours ! Germaine, son épouse est enceinte de Jean-Claude qui naîtra à peine 2 mois après, à Dreux, au lieu-dit « Bas-buissons » très certainement au Sanatorium où l’armée américaine (5e division blindée de la 3e armée) avait pris place, quelques jours auparavant, à partir du 17 août.

A cette occasion, ils laisseront leur lit au blessé pour qu’il récupère.

Ensuite, il put repartir avec 2 autres aviateurs (vraisemblablement James W FORE et Bernard F Scharf) tombés dans les environs pour une destination inconnue mais leur promettant d’avoir un avion pour rejoindre l’Angleterre.

 Une partie de l’équipage se retrouve dans un périmètre autour d’Illiers l’Evêque réparti de la façon suivante :

  1. Marcillly-sur-Eure pour SCHARF, un des mitrailleurs,
  2. Courtemanche pour FORE le pilote et WARD le navigateur,
  3. Moisville pour BRIDWELL le co-pilote, à l’extrême Ouest de cette zone.

Ces 4 hommes seront rejoints par le pilote superviseur ZEISER qui, ayant sauté de l’appareil le dernier, s’est retrouvé isolé de ses compagnons.

Concernant René DOZEVILLE, on sait peu de choses sinon qu’il fût, à la Libération, membre du comité cantonal de libération de St André de l’Eure et que ses contacts étaient Jean MILCENT de St André de l’Eure et Pierre EGASSE de Lignerolles. Cependant aucun de ces trois noms ne figurent sur les listes de résistants élaborés après-guerre par les chercheurs et historiens (Archives du SHD, Maitron, Mémoires des hommes). Une trentaine de familles de la région cachera des aviateurs alliés.

Il existait à Muzy une maison d’accueil tenue par Madame ORIAL qui habite le Verger. Elle était secondée par Madame Geneviève DENOS et récupèrerait quantités d’aviateurs qui lui sont apportés par des résistants de la région. Les noms de SHEARER, BOOKER, GOULD et OSSELTON font partie de la longue liste des aviateurs passés par le Verger de Muzy.

Madame ORIAL est en liaison avec le Docteur DAUPHIN de Nonancourt animateur d’une antenne du réseau HUNTER qui récupère ces aviateurs. Il y en aura plus d’une cinquantaine. Elle est aussi en liaison avec Francis DABLIN et son fils qui participe au groupe de résistance de DREUX en lien avec Libération Nord.

                                                         

Le verger de Muzy est connu également de plusieurs maquis comme ceux de Crucey et Saulnières qui vont faire partie du circuit de récupération pour emmener ces aviateurs vers les destinations leur permettant de rejoindre la Grande Bretagne et continuer le combat.

D’abord ,il s’agit de rejoindre soit Paris soit Chartres et au-delà le camp de Fréteval en Loir et Cher.

Un résistant nommé Guy Moreau du groupe de Dreux fait la liaison régulière pour transporter les aviateurs alliés qui sont cachés dans la région en attente de transfert.
Geneviève DENOS, employée de Madame ORIAL participe à ces actions clandestines.

Mais le réseau est infiltré par le chef de Moreau qui ignore que ce Jean Jacques DESOUBRIE est un agent de la Gestapo lequel remet les “colis” aux Allemands contre rémunération.

En outre, cet agent a réussi à identifier plusieurs chefs de groupe et des maquisards lors de ces allées et venues à Muzy.
Ce sera par ces informations que la Gestapo pourra découvrir une grande partie de l’organisation de la résistance départementale d’Eure et Loir.

DESOUBRIE ou Pierre BOUNAIN ou Jean MASSON ou JACQUES est un agent belge membre du parti rexiste lié aux nazis. Il est rémunéré pour chaque capture apportée à PARIS au siège de la Gestapo.

Ce sont donc 5 aviateurs de l’équipage du B17 Take it easy qui arrivent chez Madame ORIAL et qui sont pris en charge par Guy MOREAU sous la direction de l’agent infiltré DESOUBRIE.

Cet agent a construit un réseau de contacts avec d’authentiques résistants d’Eure et Loir, département que vont traverser les aviateurs récupérés. Il est secondé par Colette  ORSINI une belle femme rousse de 38 ans que les anglo-saxons appelleront « la fille aux cheveux rouges ». (Voir la fiche de Raymond PICOURT)

Elle habite Chartres et elle est voisine du pharmacien PICOURT qui a monté également un réseau de récupération d’aviateurs qui sont convoyés soit vers Paris avec le couple ORSINI-DESOUBRIE ou vers Fréteval dans le grand bois de Bellande en Loir et Cher où près de 150 aviateurs sont camouflés en attendant les libérateurs anglo-saxons car, après le débarquement, il est très difficile de rejoindre les forces alliées par les circuits terrestres. De plus, les voies de chemin de fer sont soit bombardées soient détruites par la résistance et les trains sont devenus plus rares.

DESOUBRIE est un agent redoutable, il a participé largement  au démantèlement et à l’arrestation des membres du réseau du Musée de l’Homme à Paris, de la ligne d’évasion Comète du belge André DE JONGH et de sa fille, et également du réseau Hunter animé en Eure et Loir et dans l’Eure par le docteur DAUPHIN de Nonancourt.

Le réseau PICOURT est largement infiltré et produit des dizaines d’aviateurs issus des récupérations par les maquis et groupes résistants des villages.

 DESOUBRIE est au cœur de ce système et conduit régulièrement les victimes dans les bureaux de la Gestapo parisienne qui les déportent vers Buchenwald et Mauthausen.

Apparemment Madame ORSINI et Guy MOREAU igorent la double activité de DESOUBRIE, chacun se chargeant du convoyage des aviateurs sur une partie de leur parcours sans aller jusqu’aux bureaux de la Gestapo parisienne.

Mais lorsque la Libération de la région intervient aprè le 15 aout 44, DESOUBRIE jette le masque et fait arréter MOREAU par les Allemands devant ORSINI qui, entre temps est devenue la maitresse du traitre.

Sidérée elle proteste et veut partir mais elle reçoit de son amant une balle de revolver tirée dans l’abdomen qu’elle ira faire soigner discrètement à la Libération pour se faire oublier dans une clinique de Neuilly sur seine.

DESOUBRIE sera arrété le 10 mars 1947 à Augsbourg en Allemagne par les Américains, transféré en France et jugé. Condamné à mort il est exécuté

Le 20 décembre 1949 dans les fossés du fort de Montrouge en criant « Heil HITLER »

.

La résistance de Nonancourt comptera 17 tués dont plusieurs en déportation et souvent torturés après leur arrestation.

      Jean Claude DAUPHIN

Etat civil : né le 8-6-1922 à Liancourt (Oise)

Enfance : scolarité, habitat, famille; il fréquente l’ Ecole des Roches à Verneuil sur Avre et habite la maison de la famille où son père exerce comme médecin. Le docteur Raoul Dauphin sera après guerre le futur maire de Nonancourt.

Jean Claude fait ses études de médecine avec le Professeur MILLIEZ à Paris mais il est rattrapé en1943 par le STO. Visé par le travail obligatoire, il part au maquis pour éviter le travail en Allemagne.

Probablement sur les indications du Pr.Milliez il rejoint le maquis des Ardennes en Janvier 43, où il retrouve des jeunes gens.

Sous le nom de Jean Darrasse il rejoint le maquis de Vendresses (Ardennes) dirigé par le capitaineTardif.  

Médecin du maquis

Le 20 septembre 43, il est arrêté par la Gestapo avec d’autres résistants alors qu’il allait les prévenir d’une rafle mais les Allemands étaient déjà au maquis.

Détenu en prison

D’abord à Charleville puis au Cherche midi à Paris sous interrogatoire permanent

Transféré au Camp du Struthof à Naztweiler (Alsace devenue allemande) le 24 février 44, il laisse tomber un papier au sol de la gare de l’est pour faire prévenir ses parents          .

Classé Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard)  il entend le discours « d’accueil » de Josef Kramer, commandant SS du camp de Struthof Naztweiler :

Bienvenue à Naztweiler

Vous êtes déjà morts

Nous allons vous briser, nous allons vous broyer, nous allons vous anéantir dans la nuit et le brouillard, dans la nuit de la potence et dans la fumée du crématoire.

Sur sa fiche détaillée il est considéré comme détenu politique (?)par la Gestapo de Paris.

A partir de ce moment, il devient un travailleur anonyme, affecté à des tâches lourdes qui épuisent les prisonniers. Mal nourri, mal vêtu il dépérit lentement comme ses compagnons de détention. Il n’est pas recruté comme auxiliaire de santé car c’est un NN.

Transféré à Dachau, septembre 44.

Transféré à Gottehaffen (Gdynia) dépendance du camp du Stutthof en Pologne région de Dantzig (différent du Struthof), pas de date.

 le Sttuhof est un camp de la police de sécurité du Reich où sont dirigés les NN c’est-à-dire les prisonniers politiques.

Ce camp comme les 2000 autres est encadré et administré par les SS qui louent cette force de travail à des entreprises allemandes lesquelles rétribuent la SS : IG Farben, Krupp, Hugo Boss, etc… Il s’agit donc d’une vaste entreprise qui réalise des bénéfices avec cette main d’œuvre d’esclaves sans cesse renouvelée par de nouvelles arrestations pour remplacer ceux qui meurent sous les coups des SS.

JC Dauphin réussit à adresser 2 courriers signés Titi à ses parents en septembre et novembre 44 puis une dernière carte à ses « cousins » en signant Georges VODOVOTZ en fin décembre 44

Après ce sera le silence.

Mars 45 liquidation des camps

Les soviétiques avancent en Pologne et bousculent l’armée allemande qui recule vers le Vater land. Au fur et à mesure ils découvrent les camps vidés des vivants où des monceaux de cadavres n’ont pu être détruits selon l’ordre de Heinrich Himmler. Chaque chef de camp doit trouver le moyen de le vider et de ne laisser aucune trace des massacres. C’est une tâche impossible au vu des quantités de prisonniers encore en vie. D’où l’organisation des « marches de la mort » qui consiste à jeter sur les routes les survivants encadrés par les SS. Plus du tiers d’entre eux n’arriveront pas à destination et seront exécutés d’une balle dans la tête s’ils ne marchent plus.

Pour Gotenhafen, au bord de la Baltique, c’est par mer que l’évacuation aura lieu au début mai 1945.

Les marches de la mort. Les bombardements des bateaux chargés de déportés à Lubeck

Le 2 mai, les barges « Wolfgang » halée par l’« Adler » et « Vaterland » halée par le « Bussard », et plusieurs péniches de débarquement, apportant un demi-millier de déportés faméliques du camp de concentration de Stutthof, près de Gdañsk en Pologne, arrivèrent à Neustadt. Beaucoup moururent pendant ce trajet, ils furent balancés par-dessus bord. Ces déplacements avaient commencé le 17 avril. Les barges reçurent l’ordre par signal lumineux de la base-école des Sous-mariniers et du commandant du port Kastenbauer qu’elles devaient être remorquées le long du « Thielbek », qui lui-même, avait été remorqué du port industriel de Lübeck à la baie de Lübeck, tandis que des chars britanniques traversaient le pont Herrenbrücke. Ce soir-là, les gardes SS commencèrent à tirer sur les prisonniers qui étaient sur les barges. Les barges, la mer et la plage étaient remplies de cadavres. Ceux qui atteignaient la plage furent abattus par l’infanterie de marine venue de la base-école des Sous-mariniers. Environ 400 déportés du camp de Stutthof furent tués. Le jour suivant, le reste des prisonniers fut mené au stade de Neustadt. A 15 heures, le 3 mai, les prisonniers devaient former une colonne et commençaient à quitter le stade quand, soudainement, les Allemands disparurent et des chars britanniques apparurent devant eux. Ils étaient libres. Les survivants du camp de Stutthof libérés furent alors cantonnés dans la caserne de la marine, près du stade.

le 3 mai 1945 dans la baie de Lübeck, sur la Mer Baltique, Quatre bateaux étaient impliqués : le « Cap Arcona », le « Thielbek », l’« Athen » et le « Deutschland ». Trois de ces navires furent bombardés et mitraillés par les chasseurs-bombardiers Hawker « Typhoons » de l’escadrille 263 de la Royal Air Force basée à Ahlhorn, de l’escadrille 197 basée à Celle et par ceux de l’escadrille 198 basée à Plantlünne

Disparition de Jean Claude Dauphin.

Le 2 mai 45 arrivée des barges Wolfgang et Vaterland en baie de Lubeck, beaucoup de prisonniers sont jetés en mer et 400 seront fusillés . D’après un autre prisonnier, il était embarqué sur ces barges.

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