Cette nouvelle borne située sur le parcours de la Deuxième Division Blindée de Leclerc marque le passage de cette célèbre unité en Eure et Loir au milieu d’août 1944.
La colonne de chars français remontera ensuite sur Paris pour participer à la libération de la capitale insurgée dès le 18 août. Les groupes de résistants d’Eure et Loir formés au sein de la colonne Valin à Chartres retrouveront Leclerc à la porte d’Orléans et se distribueront des objectifs militaires pour chasser les Allemands de Paris : Sénat et jardins du Luxembourg, Ministère de l’Air porte de Sèvres et Issy les Moulineaux. Un des chars de Leclerc sera sollicité par les résistants de Dreux pour détruire une casemate allemande au milieu du boulevard Saint Michel laquelle abritait un tireur allemand qui abattit le lieutenant Martinet des FFI drouais.
Soldats de la France Libre et résistants défileront ensemble derrière le <général de Gaulle le 26 août 1944 sur les Champs Elysées de la capitale pour fêter la Libération.
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La commémoration nationale du 80ème anniversaire de la libération de la France a été l’occasion pour le CEDREL (Centre d’Études et de Documentation de la Résistance en Eure et Loir) de participer activement à l’organisation des festivités commémoratives régionales qui se sont déroulées du 15 au 24 août 2024 à la Ferté Vidame et sur les communes de la Saucelle, la Puisaye, Morvilliers, Lamblore, Boissy les Perche et la Chapelle Fortin.
Le document PDF proposé ci-dessous présente les festivités et commémorations organisées lors de cet anniversaire.
Cette conférence s’inscrit dans un programme de la ville de Cherisy pour commémorer cet exploit de la Résistance.
Le 18 juillet 1944 à 3h30 du matin, le viaduc subit une énorme explosion qui détruit plus de 50 mêtres de l’ouvrage, qui ne sera pas réparé par les Allemands, les privant ainsi d’une voie vitale pour les ravitailler en armement et troupes lors de la Bataille de Normandie.
Dwight Eisenhower, général en chef des troupes US du débarquement du 6 juin, adressera un vibrant message de félicitations à l’équipe de saboteurs français organisée dans les groupes de résistants locaux.
Bien avant que ne débute le débarquement du 6 juin 1944, cette voie est très utilisée par les troupes d’occupation pour acheminer dès 1943 troupes et matériels de guerre à destination du Mur de l’Atlantique.
Bénéficiant de plusieurs connexions ferroviaires importantes (Paris, Trappes, Dreux, Rouen, etc) cette ligne est précieusement protégée. Elle est aussi utilisée par les grosses entreprises françaises du BTP qui ont signé de juteux contrats avec l’entreprise TODT spécialisée dans la construction du Mur. Matériaux de toutes sortes et main d’œuvre réquisitionnée se chargent constamment dans les wagons.
La Résistance a bien perçu l’intérêt stratégique de la ligne et ne tarde pas avec les membres du Front National communiste, puis les FTP à porter de sévères coups aux différents transports : le « détachement Marceau » (Paul Legrand, Lucien Hilliou) attaque dès février 1942 le central téléphonique de Ste Gemme et en mars ce sont des locomotives et du matériel roulant qui sont sabotés par les cheminots FTPF.
En 1943, après une vague d’arrestations parmi les résistants, ceux-ci se reconstituent et sabotent constamment les voies du Paris Granville (Raville en juin, Marchezais en juillet, Cherisy en septembre, Vert en Drouais en octobre).
Les trains qui viennent de Paris sont utilisés aussi par les cheminots pour transporter du matériel de propagande antinazie qui est diffusé en Eure et Loir par Fian et Laroche au travers d’un réseau efficace. Les tracts parviennent jusque dans les fermes du nord du département.
D’autres groupes de résistance, la plupart non-combattants, agissent dans la région drouaise sans se concerter par mesure de sécurité. On y retrouve des cellules de renseignements comme celle de Léon Chesne du réseau ATHOS qui rejoindra le réseau Buckmaster, un réseau de récupération d’aviateurs tombés avec Madame Orial de Muzy et un certain nombre de personnes agissant à des titres divers de façon collective ou individuelle.
Incontestablement, l’avoué Pierre July apparait comme le chef local des résistants. Il n’est pas clandestin et son domicile comme sa profession sont connus de tous Allemands comme Français. July a débuté son engagement en fin 1943 quand il se rapproche de Quemin à Nogent le Roi, lequel lui fournit des mitraillettes françaises.
Ses contacts incluent à la fois des groupes de combattants tels ceux de Francis Dablin qui lui est adressé par Marc O Neill, chef régional des FFI en forêt d’Orléans ou Joseph Bergeron, des agents de renseignement ( Martinet, Binois), des agents de liaison (Guy Moreau) et des maquis comme ceux de Crucey ou Anet. Plusieurs femmes (Mmes Chackroun, Gaudy, Lacour) assurent la diffusion clandestine des tracts patriotiques. A leur actif, la pose d’une affichette sur le blockhaus allemand posé devant la Kommandantur pour protéger ce bâtiment du 24 rue St Martin qui fût l’Hôtel de France.


July est affilié à l’Organisation Civile et Militaire (OCM) comme Fred Guézé et d’autres. Cette organisation clandestine recrute parmi les cadres, les intellectuels et les professions libérales ; ce ne sont pas des combattants. Par contre quelques-uns participent aux réceptions de parachutages d’armes dont ils connaissent les terrains et le mode de fonctionnement.
D’autres groupes combattants membres de Libération-Nord sont aussi actifs dans la région (les maquis de Crucey, de Saulnières et de la Ferté Vidame).
La concentration des contacts autour de Pierre July lui facilite le travail clandestin mais constitue aussi un risque si ces contacts venaient à être infiltrés ce qui sera le cas en juillet 1944.




Conscients de cette voie stratégique pour le ravitaillement allemand, les Anglais lancent inlassablement des opérations de bombardement du viaduc : 14 tentatives auront lieu et ce sera autant d’échecs. Cet ouvrage qui comporte une série d’arches de pierre surplombant l’Eure est très protégé par la FLAK (DCA allemande) et la chasse aérienne de Göring basée à St André de l’Eure.
Nombre d’avions bombardiers alliés sont touchés ce qui conduit à des pertes en pilotes et aviateurs que tentent de récupérer les maquis afin de les diriger vers l’Angleterre, ce qui prend des mois.
Le viaduc tient toujours et les matériels de guerre, chars, canons, essence et soldats continuent d’alimenter le front de Normandie notamment après le débarquement du 6 juin 44.
Dans le cadre d’un ordre général lancé par Londres à tous les mouvements de résistance en France, il s’agit d’attaquer les troupes allemandes qui renforcent le front normand. Cela inclue la destruction des voies de communications routières et ferroviaires comme la ligne de trains Paris Granville.
C’est par cette voie que transite des matériels spéciaux destinés à la base de Carpiquet (Calvados) qui abrite des rampes de lancement de V1.

C’est un objectif majeur qui nécessite de résoudre en premier des questions techniques : il faut trouver un artificier, des pains de plastic, neutraliser les gardes-voies, s’approcher au plus près des piles du viaduc, etc…et tout cela sans être surpris par les soldats allemands de garde.
C’est Montet qui milite aux maquis de Crucey et de Saulnières qui se chargera de la préparation des explosifs. Des reconnaissances discrètes sur le viaduc lui permette d’évaluer la quantité de plastic nécessaire soit 80 kgs. Entre temps, Roland Farjon (OCM) évadé des prisons allemandes, a pris la direction des groupes de résistants du nord de l’Eure et Loir, désigné par Marc O Neill délégué régional et Maurice Clavel délégué départemental des FFI. C’est donc Farjon, et non July qui va diriger cette action de la résistance.
Il faut une quantité énorme de plastic, dont ne dispose pas le groupe de Dreux malgré le stock accumulé à Vitray sous Brezolles dans une résidence de Pierre July.
Il est nécessaire de se procurer un stock auprès d’Emile Maquaire du maquis de Plainville qui stocke ses explosifs à la Hurie dans le garage de son père. Une expédition est mise sur pied pour cela avec tous les risques de contrôle allemand sur les routes de jour car la circulation est interdite de nuit. Raymond Dive et Fernand Thierrée de Crucey se rendent donc à La Hurie chez Maquaire avec la vieille traction de Thierrée pour charger armes et explosifs réservés pour l’opération. Gabriel Herbelin (Duroc) les attend sur place et remet grenades, plastic et tabac. Dans la malle arrière de la 11CV Citroën tout est rangé et ils reprennent la route sans accroc car la feldgendarmerie est absente ce jour-là. Après réparation d’une crevaison et sous couvert des bois, car les avions américains sillonnent le ciel à la recherche de tout objectif, ils regagnent le bois de Paradis, base du maquis de Crucey.
Le stock s’accroit ainsi à Vitray sous Brezolles le 3 juillet quand François Grousseaud (Popeye) vient en chercher une partie pour le transporter à vélo jusqu’à Dreux.
Sur la route, il est arrêté par un contrôle de feldgendarmes alors qu’il a mis dans ses sacoches de vélo plusieurs kg de plastic. Faisant mine d’être un simplet, il fait sauter la chaine du vélo et va au-devant des soldats pour leur demander de l’aide qu’il obtient et passe ainsi le contrôle sans dommages.
Depuis des semaines, l’aviation alliée bombarde ce viaduc pour couper les lignes d’approvisionnement allemandes. Après chaque passage des avions, l’Organisation Todt déploie des dizaines de français sélectionnés par les Maires et réquisitionnés pour réparer les dégâts qui, toutefois, restent toujours mineurs.
D’ailleurs, l’avant-veille de l’attaque par le maquis, ces manœuvres sont à l’ouvrage une nouvelle fois. Et le lendemain 17 juillet 1944, une nouvelle attaque aérienne des P47 Thunderboldt vient larguer des quantités de bombes sur l’ouvrage. Sans résultat probant.
Une fois le matériel explosif au complet, il s’agit de faire des repérages sur l’objectif et de constituer l’équipe de sabotage.
Le 16 juillet à 11 heures Farjon et Montet sont chez Bergeron à Dreux et vont reconnaitre à vélo l’objectif. En fin de journée, la 14 ème attaque aérienne survient et, profitant de la panique, les résistants déposent les explosifs qui sont cachés dans les touffes d’orties au pied du viaduc.

L’équipe est constituée de July, Farjon, Montet, Bergeron, Dablin père et fils, Agoutin, les frères Quinsac, Marange et Ranson ainsi que le Hollandais, agent instructeur parachuté.
Explosifs et mitraillettes sont donc sur place. Il faut maintenant constituer le groupe d’attaque et fixer l’heure. Ce sera le 18 juillet à 23 heures.
Il n’est pas nécessaire que tous soient présents lors de l’action de sabotage. Et il faut limiter les risques en cas d’accrochage avec les soldats qui gardent de l’ouvrage. L’opération doit se dérouler dans la discrétion et il faudra aussi neutraliser les gardes-voies français réquisitionnés de nuit le long du viaduc.
Deux groupes sont prévus : Farjon, Bergeron et Montet avec repli sur Dreux ensuite, et les Dablin avec le Hollandais en repli sur Brissard.
A 23 heures, l’équipe est à nouveau rassemblée. Les infatigables Dablin et le Hollandais ont déjà préparé les armes. Chacun reçoit les consignes qui le concernent et, dans la nuit noire, les six hommes se dirigent vers l’objectif, emportant le matériel. Avant de se mettre au travail une reconnaissance est effectuée sur le viaduc par Farjon et Dablin père, qui grimpent le long du remblai et parcourent le tablier d’un bout à l’autre. Rien à signaler, ni Allemands, ni gardes-voies. On peut donc opérer. A l’aide de sa masse, Bergeron défonce successivement l’entrée des trois chambres de mine situées au pied des piles.
Les coups résonnent dans la nuit avec un bruit assourdissant. Un sac d’explosif est placé dans chacune des chambres et un supplémentaire dans celle du milieu ; un cordon porte-feu relie tout le dispositif. Un solide bourrage est ensuite appliqué.
Minuit vient de sonner dans le lointain lorsque le feu est mis et les crayons d’allumage écrasés. Avant cinq heures le viaduc, en principe aura sauté.
Chacun regagne sa bicyclette mais la nuit est assombrie et c’est à qui culbutera dans les trous de bombes remplis d’eau. Qu’importe, maintenant puisque l’affaire est faite.
On se sépare, car il ne fait pas bon traîner sur les routes à cette heure et à un tel moment.
Naturellement, personne ne dort, car dans les vêtements trempés, le froid se fait sentir et l’énervement est grand : l’opération réussira-t-elle ? N’a-t-on rien oublié ?
Trois heures quinze… Une immense lueur emplit le ciel d’une énorme explosion… Un silence, puis le bruit d’une masse de matériaux qui retombent. A Brissard, en forêt, ou à Dreux tous ceux qui sont au courant ont une minute d’intense émotion.
Des cheminots ne tardent pas à apporter des précisions : le viaduc a sauté, plus de cinquante mètres du tablier sont détruits, la voie est définitivement coupée. Les Allemands ne pourront plus convoyer leurs engins meurtriers vers la Normandie par cette ligne de train.

Mais quelle va être la réaction de l’ennemi ? N’y aura-t-il pas de cruelles représailles sur Dreux, sur Chérisy qui a tant souffert, il y a soixante-quinze ans en pareille circonstance par l’incendie de tout le village ? … Une heureuse idée se fait jour : c’est une bombe à retardement de l’attaque de la veille qui a fait tout le travail Les Allemands s’empressent d’adopter la version sans doute pour ne pas donner trop de prestige au groupe drouais.
Les Anglais, eux, ne s’y trompent pas. Le soir même Sinclair transmet un télégramme du Général Eisenhower : « Adresse félicitations du grand état-major interallié à l’équipe qui a procédé à la destruction du viaduc de Chérisy ».
Pendant plusieurs semaines la voie ne laissera plus passer aucun train. Les alliés entreront à Dreux dès le 16 août après un combat de peu d’importance.
Le viaduc sera réhabilité de façon provisoire par les Américains afin de rétablir cette voie d’acheminement du matériel, cette fois allié, pour les combattants qui progressent dans la libération de la France occupée.


La chronologie des arrestations et des attaques allemandes pose une question cruciale : Comment les allemands en sont-ils venus à procéder une série d’arrestations et à détruire plusieurs groupes de résistance après Chérisy ?
En effet on constate une accélération de la répression allemande dans les jours qui suivent :
La plupart des chefs de la Résistance du Nord de l’Eure et Loir sont recherchés par la police allemande et doivent se cacher tel Jules Vauchey en fuite ou même Sinclair et Silvia Montfort qui passent dans l’Orne se réfugier chez Jérome Lévèque dirigeant local de la résistance.
Pour comprendre la rapidité de cette répression, il faut remonter au parachutage du 20 juillet 44 soit deux jours après Cherisy :
Cette nuit-là dans la plaine de La Pommeraie, il y a une centaine de maquisards présents et la quasi-totalité des chefs de la résistance du département. Jules Divers du groupe de Clévilliers est l’un d’eux et il repère deux jeunes hommes inconnus qui s’intéressent de près au système de communication utilisé par Sinclair.
Le 24 juillet à Châteauneuf en Thymerais, les SS arrêtent Vivier, Lecointe, le couple Fascio et Momot. Certains d’entre eux sont liés à la résistance, d’autres non. Fascio qui porte des verres épais comme Sinclair est molesté vivement. On leur demande s’ils connaissent un nommé Jourdan et on fait endosser à Madame Fascio un manteau abandonné par Silvia Montfort sur le terrain de parachutage. Or Jourdan est le nom de guerre de Confais présent lui aussi. Quant à Vivier, c’est un nom proche du pseudonyme de René Dufour, dirigeant de la résistance qui était présent et se faisait interpeller sur le terrain par le nom de « Duvivier ».
Faute de preuves, tout le monde est relâché mais Vivier reste détenu et est transféré à Chartres où il sera torturé avant d’être déporté. Vivier réussira à s’échapper du convoi qui le transporte en camp.
Il y a donc un lien entre ce parachutage, la présence de deux inconnus et les arrestations qui suivent. C’est probablement le signe d’une infiltration par les services spéciaux des SS.
Quant à l’arrestation de Pierre July qui est la première de la série, on découvrira après la libération qu’une souricière a été organisée chez Bergeron où l’on attend une réunion.
Les informations qui suivent sont issues de mes recherches dans les dossiers des condamnations de collaborateurs après la Libération.
Henri Mertens est interprète à la Kommandantur de DREUX et il est sollicité à de nombreuses reprises par les juges de la libération pour témoigner dans les dossiers. On l’extrait des camps que ce soit à Morancez ou à Pithiviers où il attend son propre jugement.
Le 24 aout 1945, il est interrogé par le juge François dans une affaire qui concerne Pierre Ligier, un jeune homme de Chartres qui avait des contacts fréquents avec la Gestapo.

Pierre Ligier est né en Allemagne en 1926 d’un père français et d’une mère allemande. Celle-ci est infirmière au lycée Marceau de Chartres où son fils est scolarisé durant l’occupation. Elle devient la maitresse de Lorenz Kreuzer, chef de la Gestapo et se comporte en fanatique nazie.
Pierre Ligier fréquente les officiers et participe aux arrestations de résistants et même aux séances brutales.
Henri Mertens est très connu dans la région drouaise, plusieurs habitants se souviennent de lui au volant de sa rutilante voiture lorsqu’il assiste en tant qu’interprète les officiers allemands qui procèdent aux arrestations. On apprendra après-guerre qu’il renseigne aussi la résistance en communiquant des informations notamment à Gilbert Courtois du groupe de Dreux. Plusieurs dossiers de condamnations de collaborateurs évoquent des témoignages signés de résistants attestant cette attitude de Mertens.
Mertens est présent le 24 juillet 1944 lorsque la Gestapo monte une souricière autour de la maison de Bergeron qui a été dénoncé après l’affaire du viaduc de Cherizy. Pierre Ligier est également présent. Lorsqu’un petit groupe de 7 personnes se présentent au rendez-vous fixé par la résistance, Mertens tente de les prévenir du danger sans succès et ils sont arrêtés. Ligier a vu les signes faits par Mertens et le dénonce aux allemands comme traitre ; il sera arrêté, interrogé puis relâché.
Quant à l’arrestation de Pierre July le 24 juillet à 18 heures sur les marches du palais de justice de Dreux, elle se déroule en présence de Ligier et de Félix Rhoem l’adjoint de Lorenz Kreuzer. July est emmené à l’Hôtel de France, siège de la Kommandantur pour interrogatoire.
En 1945 il déclarera au juge François que Ligier fût également présent lors des perquisitions chez Dablin et chez Bergeron qui avaient réussi à échapper à l’arrestation avec Cailleaux mais, par contre, André Lortie a été arrêté.
Ligier fera partie du transport qui conduit July sous bonne garde à Crucey où Yvonne Léroic compagne du chef local de la résistance est arrêtée également. Ligier est toujours là lorsque Pierre July indique aux allemands l’endroit où sont cachées les armes reçues par le dernier parachutage à la Pommeraie.
La série d’arrestations coïncide bien avec deux faits d’armes de la résistance : la destruction du viaduc de Cherisy le 18 et le parachutage du 20 juillet 44.
La rapidité des arrestations après ces faits semble indiquer que la Gestapo était bien renseignée sur l’activité de la résistance drouaise, ce que Pierre July confirmera lorsqu’il apprendra des allemands qu’ils connaissent parfaitement les noms de tous les chefs de la résistance locale.
La 7-ème division blindée américaine débarque à peine sur Utah Beach lorsque que le planning est arrêté et que la libération de Dreux est envisagée. Et c’est cette division, intégrée au commandement du Général Walton H. Walker au sein du 20-ème Corps d’Armée, qui sera chargée de libérer l’Eure et Loir avec l’appui de la 5-ème division d’infanterie qui se trouve entre Nantes et Angers sur la rive droite de la Loire.
Le 12 aout 1944, trois corps d’Armée américaine sont prêts à envahir le département d’Eure et Loir avec comme objectifs Châteaudun, Chartres et Dreux.
Les 70 Panzer allemands se voient assigner la défense de Dreux et de la région nord-est en débordant sur la Seine et Oise (Dourdan, Ablis). Fidèles à leur stratégie de repli laissant sur place des Kampfgruppe (Seidel, Gunther Wöst) appuyés par des SS Panzerjäger, les forces allemandes continuent de ralentir les Américains à Faverolles, au Boullay Thierry, à Puiseux puis vers Houdan.
A Dreux, dont la défense est assurée par le Major Hugo Messerschmitt, un bataillon médiocre en effectifs oblige le haut Commandement allemand à constituer une ligne de défense au sud de la ville avec les 700 hommes du Sturm bataillon AOK7, 500 hommes de la 352ème ID, les Kampfgruppe SS Weber, Braun et Wahl plus l’artillerie des canons de 88 et 75, éléments de la Flak (DCA allemande).
Au sud de Dreux, on recense une quarantaine d’Allemands morts au combat, les batailles d’arrière-garde ne menaçant pas la progression américaine vers la ville.
La prise de Dreux est désormais confiée au XV ème corps américain.
A l’ouest de la ville, des canons de 88 pilonnent un peloton de chars légers M5 américains au passage à niveau des Corvées. Les chars US de la Task force Boyer se replient en arrière du hameau.

En soutien, le major Giorlando reçoit l’ordre de prendre Dreux avec des compagnies du 15ème bataillon d’infanterie, des tanks et un peloton d’assaut. Il fait 150 prisonniers chez l’ennemi et occupe les ponts à 18 heures. Son rapport signale que les FFI furent très efficaces en travaillant de concert avec la police française et son unité.
Les résistants sont environ 200 répartis aux abords de la ville vers Les Corvées et autant à l’intérieur de Dreux où ils se sont infiltrés. Tout le monde doit se retrouver à la Kommandantur logée dans l’Hôtel de France. Ce lieu deviendra le PC des FFI dirigés par Roland Farjon qui les commande.
Dans la soirée du 19 au 20 aout, le successeur de Farjon désigné par lui pour prendre la direction des groupes est assassiné devant l’Hôtel de France.
Il s’agit de Georges Binois, proche de l’OCM et de Jules Martinet, qui habite Marsauceux et n’est pas considéré comme un combattant mais possède une solide carrière militaire acquise en 1940 où il fût blessé dans les combats. Sa mort ne sera jamais éclaircie et restera un mystère inexpliqué.
Ces quelques jours passés par des maquisards et des résistants logés à Dreux à la Libération vont faire ressortir des conflits entre différentes personnes de qualité dont Pierre July, Maurice Viollette, André Sarrut et Albert Lethuillier.
Rédigé par Albert HUDE le 4 juillet 2024. Tous droits réservés.
Introduction par Albert Hude, réalisateur :
Lors des recherches pour la rédaction du livre “La Résistance en Eure et Loir” il est apparu la nécessité de recenser une foule de données historiques pour approcher ces évènements lors de l’Occupation en Eure et Loir.
Au travers de multiples interviews et de nombreux documents et témoignages de familles, cette masse de données a été compilée pour être traduite en un ouvrage destiné à plusieurs publics dont la jeunesse scolarisée.
Mais le contenu comme la forme ont vite trouvé leurs limites auprès des collégiens et lycéens dont la culture de l’écrit n’était plus partagée avec les générations antérieures.
C’est pour résoudre cette difficulté et faire sauter cette barrière qui freinait la connaissance que ce film documentaire a été conçu en passant à la culture de l’image et du son.
Les 15 personnes qui s’expriment ici reflètent la diversité des faits et des actes de résistance, lesquels ne se limitent pas aux combats clandestins des maquisards au demeurant fort peu nombreux entre 1942 et 1944.
Pour en savoir plus sur la réalisation du film, rendez-vous sur la page “Un film documentaire pour ne pas oublier”.
DERNIERE NOUVELLE : Vous pouvez désormais voir en ligne ce film en vous rendant sur la case “Documents” puis “Videos” pour visionner ce film gratuitement. Attention , Tous droits réservés.
La liste des résistants est mise à jour régulièrement.
Découvrez les nouvelles fiches :
Dans la catégorie des résistants liés à un groupe, on y ajoute :
Et aussi une nouvelle catégorie avec la récupération des aviateurs. Voir “Lieux puis lieux symboliques puis Récupération des aviateurs” pour découvrir le cas du “Take it Easy” ou celui de “l’odyssée du MZ 630”.
Et aussi, la description photographique de maquis de la Ferté Vidame : “Lieux puis Maquis” ou encore un texte détaillant l’activité du Secteur-Nord dans “Groupes de village”.
A noter trois prochaines conférences :
Bonne Lecture.
Samedi 28 janvier 2023
Commune de La Puisaye, salle des fêtes, accueil à 15h30 projection de 16 à 18 heures
avec échanges et débats. Ont été évoqués les parcours d’habitants du village durant l’Occupation: le curé Pierre Bréchemier qui cachait des armes, le boucher Jahandier( cuistot du maquis), le jeune parisien Georges Crémieux qui rejoint la résistance à 15 ans, etc…
Possibilité d’acquérir des ouvrages dont le livre “Le Maquis de la Ferté Vidame”.

15 grands témoins s’expriment dans ce documentaire, qu’ils soient maquisards combattants ou simples civils soutenant la résistance en prenant des risques énormes. Hommes et femmes engagés pour la libération du pays dont certains paieront avec leur vie le prix de ce combat.
Après la projection, un moment d’échanges complémentaire au film est revenu sur des faits locaux qui ont marqué ce village.
Pour la vingtaine d’habitants de ce village, ce fût la découverte des évènements qui se sont déroulés à La Puisaye durant l’Occupation, moment privilégié pour faire tomber quelques idées reçues et autant de “légendes” qui tantôt niaient la résistance et tantôt la survalorisait.
Ce village comme d’autres a participé à l’élan patriotique qui a permis à quelques habitants de rejoindre à différents niveaux d’implication les rangs des clandestins.
Le site s’est enrichi récemment d’une relation sur un crash aérien de juillet 1944.
Vous pouvez consulter cette note sous la catégorie “Lieux symboliques” et la sous catégorie “récupération des aviateurs”
Dans la même rubrique, voir aussi le crash du MZ630 et les réseaux de récupération d’aviateurs de la région sud de l’Eure vers le maquis de Crucey.
Vous pourrez aussi prendre connaissance de la conférence sur Raoul et Jean Claude Dauphin et le réseau Hunter à Nonancourt (rubrique Conférence)
Enfin voici quelques photos de la présentation de la grande expo du CEDREL aux enfants de CE2,CM1 et CM2 lors de la manifestation “3 jours pour la Résistance à Nonancourt”. ( rubrique Avec les scolaires)
Bonne lecture.
Un nouveau livre est disponible : Le maquis de la Ferté Vidame
Au long de ces 200 pages éclairées par plus de 150 documents photographiques, ce livre décrit la patiente construction d’un maquis de 50 combattants soutenus par des dizaines de civils autour des fermes de la région. Combats, parachutages d’armes, missions de renseignements, bombardements y sont relatés d’après les témoignages écrits ou oraux des combattants eux-mêmes.
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Rien ne prédestinait cette petite bourgade agricole pour être le creuset d’un important maquis. Commerçants, artisans, gendarmes, instituteurs, ouvriers agricoles, ils seront une cinquantaine à agir dans la clandestinité avec le soutien indispensable de dizaines de familles civiles.
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Plusieurs classes de troisième du collège d’Auneau ont participé à des présentations audiovisuelles sur la réalité de la Résistance locale entre Auneau et Denonville de 1943 à 1944.( Photo locale)
Un questionnaire avait été préparé par les enseignants pour servir d’appui aux élèves. Des échanges par questionnement direct des collégiens au conférencier ont poursuivi ces présentations.
Par la suite une évaluation des retours a été effectuée par les enseignants en salle de classe.
Un projet a été réalisé en partenariat avec la Mairie de NONANCOURT et le Collège Jean Claude DAUPHIN : 3 jours pour la Résistance.
Cette animation s’est déroulée du 21 au 23 juin 2022 et a été couplée avec les travaux des collégiens du collège Jean Claude DAUPHIN qui ont réalisé, avec l’appui du CEDREL, une expo spécifique sur ce médecin du maquis de Vendresses (Ardennes) où il s’était mis à la disposition de la résistance locale , évitant ainsi de partir au STO.
Cela s’est déroulé à la salle des fêtes de Nonancourt avec un programme chargé : projection du film “Résister en Eure et Loir”, conférence d’Albert HUDE sur “la Résistance à Nonancourt”, concert de jazz en soirée, visites guidées des expositions, etc…
Voici le programme détaillé :

Outre la réalisation par les collégiens volontaires du Club Histoire, l’expo du CEDREL a été présentée à une soixantaine de jeunes enfants des écoles primaires de la ville en respectant une pédagogie adaptée pour ces classes d’âge.
Focus sur l’expo complète en 22 panneaux qui traite des parties suivantes :
C’est le plus ancien du département mais il ne se constitue qu’en février 1944 avec la livraison de deux mitraillettes STEN par Gabriel HERBELIN (futur “Duroc” de Plainville) et Jean RENAULDON (vétérinaire à La Loupe) à Joseph LE NOC lequel est chargé du recrutement des jeunes de la région boisée.
En Mai, une dizaine de résistants prend le maquis dans les bois situés au sud du Parc Citroën au lieudit le Pénitencier. En juin le maquis comptera 50 unités et devra déménager car les lieux sont trop proches d’une brigade SS venue faire la chasse aux maquisards et qui loge dans ce Parc avec automitrailleuses, semi chenillés et compagnie cynophile.
Voici l’histoire de ce maquis :
LA FORMATION DU MAQUIS
Aux origines
Dès 1940 se manifeste un besoin de combattre la résignation des populations locales. Mary Thibault maire de Morvilliers prend des initiatives : il récupère des tracts venus de Paris à Ivry la Bataille et qui lui sont remis par Paul Vigueur, un enseignant communiste.
Les tracts sont diffusés sous le manteau auprès de ses amis et des personne sures ; ils appellent à ne pas perdre l’espoir d’une libération et à rester prudent.
Ces tracts sont cachés dans une boite en fer et posés dans le creux d’arbre dans la cour de sa ferme aux Pleins.
Mais il est dénoncé et les Allemands perquisitionnent. Ils ne trouvent rien et Mary Thibault s’en sort bien. Il va continuer sa propagande.

Il est en lien avec Jules Brantonne, contrôleur des impôts, avec les garagistes Seguin et Maurice Pécoul directeur du Silo. S’ajoutent Gilbert Lair, Charles Avice, Henry Lescene et d’autres. Agriculteurs, fonctionnaires, artisans se retrouvent dans une même idée patriotique : faire quelque chose contre l’occupant, mais quoi ?


Ce groupe constitue, pour l’instant, un simple réseau de relations sans aucun objectif militaire.
En novembre1943, se présente aux Pleins un aviateur canadien récupéré par Alfred Avisse devant l’église. Il recherche des contacts avec des résistants. Conduit chez Mary Thibault, il passe la nuit dans la grange et est conduit le lendemain à Chartres où Thibault a obtenu un contact. Mais le lendemain, 23 novembre 43, la Gestapo est dans la cour de la ferme.
Les SS arrêtent alors Mary Thibault et Alfred AVISSE qui feront 47 jours de prison à Chartres mais Thibault sera libéré devant son obstination à nier toute appartenance à la Résistance.
Avec son secrétaire de Mairie, l’instituteur Chaumont, des fausses cartes d’identité seront créées pour les jeunes réfractaires au STO mis en place en février 43.


Chaque jeune aura 6 fausses cartes à des noms divers. Elles seront cachées à Morvilliers chez Thibault. S’il y a une arrestation, le jeune doit rapporter l’ancienne carte et en reçoit une nouvelle.
Le renfort des jeunes
Mary Thibault est libéré le 3 février 44. Il est ramené en voiture par Alain Le Noc et Dufour directeur des services vétérinaires de Chartres. Arrivés à Tardais dans la Simca 5, deux jeunes à pied sont sur la route : Joseph et un cousin arrivent de Bretagne où ils étaient cachés pour ne pas partir en Allemagne.

Dufour s’arrête et la famille Le Noc se reconnait mutuellement : père, fils, cousin tout le monde s’entasse dans la Simca 5 pour aller ensemble à Morvilliers.
Ces retrouvailles vont déclencher la création du maquis de la Ferté Vidame.
Tout va alors très vite.
Joseph est chargé de trouver des jeunes patriotes. Des mitraillettes lui sont livrées le lendemain par Gabriel Herbelin, futur chef du maquis de Plainville qui n’existe pas encore. Des armes ont déjà été parachutées en 43 à Meslay le Grenet et récupérées par les premiers résistants du département.




Le recrutement commence et va s’accélérer.
CREATION DU MAQUIS EN FORET
Il faut trouver un lieu pour cacher les armes et se réunir en toute discrétion. Une maison forestière Javeline au lieu-dit le Pénitencier fait l’affaire. Située vers le chêne d’Auvilliers elle s’avère rapidement trop petite et surtout mal placée car à 50 mètres de là le bois où elle se trouve est contigu au Parc Citroen qui regorge d’Allemands et notamment de SS.





Façade et Entrée Petit Château, les 110 chambres sont occupées par les soldats et leurs officiers


Le maquis va éclater en trois endroits :
1°) La Tuilerie près des fermes Bichon et Le Noc à la Chapelle Fortin



Le fournil du poste de radio ,ferme d’Alain LE NOC, Les Loquets.


La Fortinière ferme de Marcel BICHON


2°) Les Rayers dans une dépendance de la ferme Thibault habitée par Mr Barreau

Les Rayers

3°) Cocherel chez Le Noc / Le Toupin



ET A SENONCHES ?
La ville a été très tôt investie en masse par les Allemands. Des dizaines d’officiers de sous-officiers et leurs ordonnances sont logées de force chez l’habitant. Les soldats se partagent entre les cantonnements en forêt et les villages où des garnisons sont installées dans des fermes.
Les châteaux et autres maisons bourgeoises sont réservés aux officiers et aux SS. Il en est ainsi de La Fresnaye, La Hézière, La Mancelière, Tardais, La loge des Bois, le Gland, La Ferté Vidame, le Château Blanc, l’Ermitage, le pavillon des Remises etc…
Par exemple au château du Gland une douzaine de ces officiers occupent la plupart des chambres en ayant relégués les propriétaires dans les annexes. Un contingent de 50 soldats est stationné à proximité dans la ferme de la Chauvière.


Cour du Château. Les soldats logent au dessus du préau de l’école en activité.


Le Château de Tardais occupé par les SS. Le propriétaire juif a quitté la France.

Maison Pupil ( annexe de la Kommandantur)
LE CAMP GNEISENAU

Senonches constitue un carrefour bien abrité par sa forêt. Le lieu est choisi pour implanter un gigantesque dépôt de munitions sur plus de 500 hectares à l’abri sous le couvert des chênes. GNEISENAU, le nom choisi, est celui d’un héros militaire prussien que les nazis glorifient au moment où le doute s’installe après les revers de 1943 (Stalingrad).
Comment fonctionne ce dépôt ?
Des wagons en provenance de La Loupe arrive par voie ferrée en gare de Senonches. Ils sont déchargés et les munitions transférées sur des camions réquisitionnés auprès des commerçants. Puis tout est dirigé vers le dépôt route de Belhommert.
A l’entrée de la forêt un poste de garde allemand contrôle les véhicules et les passagers. La zone est interdite à toute circulation privée. Les chargements sont déposés le long des lignes forestières sous des bâches et des branchages à raison d’un demi wagon tous les 50 mètres.
Il y a aussi un grand dépôt d’essence réservé aux véhicules allemands.




Le personnel d’exécution est constitué de prisonniers de guerre des régiments coloniaux qui se sont battus héroïquement à Senonches en 40. Il y a aussi 200 espagnols prisonniers, rescapés de la guerre d’Espagne et qui sont fournis par Vichy aux Allemands. Enfin de nombreux civils de la région sont salariés pour effectuer ces travaux de transport. Ce sont des volontaires qui souhaitent gagner un meilleur salaire qu’à la ferme. Ils seront nombreux à déserter le chantier lors des bombardements de juillet 44 et remplacés par des hommes réquisitionnés de force.

Bombardements. Traces de cratères au Rond de l’Aitre.


Dans ces conditions particulièrement difficiles, il n’y aura pas de résistance organisée à Senonches à part quelques civils qui vont renseigner les maquis.
Le cimetière de Senonches contient les tombes d’un équipage anglais abattu en 1942 lors d’une mission de bombardement sur des installations allemandes plus lointaines.
La Flak (DCA allemande) est i à Senonches.mplantée dans plusieurs points de la ville, protégeant ainsi le dépôt de munitions.

Notons le rôle très engagé de l’Abbé Corre, blessé en 14 et circulant en moto avec un bras défaillant pour apporter aux maquisards les informations nécessaires ou secourir un aviateur tombé. Les premiers résistants (Adolpho Sanchez Garcia et Edmond Antier) disparaitront en 42 probablement déportés. D’autres patriotes apparaitront en 44 avec Maurice Legrand, Georges Perche et quelques autres mais aucun groupe structuré ne verra le jour avant la Libération du 14 aout 44.
Dans le cimetière de Senonches est inhumé Michel Cauty un senonchois qui a rejoint le groupe de résistants Parisel à Chartres le 1er aout 44. Ce cheminot marié et père de 3 enfants participe à l’insurrection chartraine. Il est blessé le 18 à Vauparfonds (La Cavée) et décèdera à l’hôpital. Il sera déclaré Mort pour la France et une rue de Senonches portera son nom.

LES MAQUISARDS
On comptera une cinquantaine de jeunes maquisards à La Ferté Vidame, et plus d’une centaine de personnes assurant leur base arrière (renseignement, hébergement, restauration, faux papiers, cache d’armes, etc…)
Ils sont répartis en 4 groupes sous la direction d’un chef et le tout est commandé par le gendarme Gustave Roussel déserteur de la brigade de La Ferté Vidame qui est parti avec arme, uniforme et moto de service en début juillet 44.


G.Roussel, gendarme déserteur et Chef du Maquis.
Organigramme du maquis
Groupe de commandement : Gustave Roussel (Jim) , Maurice Jahandier (Beefsteack), André Landriau (Van), Jean Coutau (radio), Gaston Le Polotec (Pedro)
Groupe du Corps franc : Joseph Le Noc (Anatole) La chapelle Fortin
Groupe Brahim : Bernard Bichon (Brahim) La Chapelle Fortin
Groupe Robert : Robert Lefévre (Robert) la Ferté Vidame
Groupe Clarck : Fernand Jourdain (Clarck) Vannes
Chaque groupe de 10 à 12 hommes obtient une zone d’interventions particulière connue de ses membres dont ils sont originaires ce qui permet de connaitre tous les points de ravitaillement, les abris et les replis.
Le plus âgé (René Collet) a 34 ans et le plus jeune (André Marie) 16 ans.
Il y aura aussi un groupe commandé par Jules Brantonne (Hélène) qui est constitué par des plus âgés autour de La Lande sur Eure.
La formation au combat des maquisards
Tous ces jeunes gens n’ont aucune expérience militaire. Ils étaient trop jeunes pour la mobilisation de 39-40 et ils ont aujourd’hui de 20 à 23 ans. Ce sont des requis pour le STO qui devraient partir travailler en Allemagne.
Réfractaires sans cartes d’identité ni d’alimentation, ils ont dû quitter la maison pour se cacher des contrôles français ou allemands. En rejoignant le maquis, ils doivent accepter une discipline inconnue jusqu’alors.
Ce sont les chefs de groupe, souvent anciens militaires (Brahim, Clarck, Jim), qui vont les former à l’action clandestine : maniement d’armes, renseignements, parachutages, etc. Ils seront aidés par des envoyés de Londres comme Robert Bruhl (Georges) et Gérard Dedieu (Pierre).

Boy, Pat, Estell au maquis de la Tuilerie


« Georges » et les maquisards en 44 sur la place de l’actuelle salle des fêtes .
Tout cela se passe en forêt et souvent de nuit.
Ils logent dans des bâtisses abandonnées ou des fermes où plusieurs travaillent de jour. La nourriture est fournie par des familles complices et quelques commerçants : le boucher Godard, l’épicier Roger, le boulanger Devé, le café Clouet et quelques autres. Tous seront payés pour ces marchandises car les parachutages fournissent de l’argent au maquis sous un contrôle très strict qui sera vérifié à la libération.

Café Roger à Réveillon
LES PARACHUTAGES
Organiser les parachutages résulte d’un processus complexe mis en place depuis Londres par Paul Schmitt (Kim) et son représentant eurélien André Gagnon (Kim J.).
Deux terrains sont homologués près de ce maquis (Fusain à La Saucelle et Pastel à St Lubin de Cravant) et un troisième est prévu à la Ferté Vidame (Tableau) mais ne sera jamais utilisé.
Le terrain Fusain est situé dans la plaine de La Saucelle à la Pommeraie, vaste étendue de terres desservie par un unique chemin de terre et entouré de bois.


Le terrain de parachutage de La Pommeraie commune de la Saucelle.


3 parachutages seront effectués sur ce terrain dont la phrase code les annonçant à la BBC sera : « Tiens voilà du boudin ». Cette phrase entendue dans n’importe quel lieu donne le feu vert pour que les résistants, avertis de l’existence du terrain, se retrouvent la nuit suivante par lune claire sur le lieu avec charrettes et chevaux pour emporter le matériel.
Le 7 juin, le 10 puis le 20 juillet 1944 des dizaines de containers d’armes seront réceptionnés sans encombre par les maquis de la Ferté Vidame, Crucey, Saulnières, Dreux et Plainville. Ce sont des dizaines d’hommes qui ne se connaissent pas qui se retrouvent lors de ces nuits de réception. Parfois, des agents allemands infiltrés seront détectés dans les groupes. Début aout un dernier parachutage se fera en catastrophe, containers éparpillés, parachutes dans les arbres et vers le début de l’après midi les Allemands sont là et découvrent les armes cachées dans le bois.
Roger Angoulevant, jeune maquisard qui gardait le dépôt, est arrêté et échappe de justesse à l’exécution.
A St Lubin de Cravant deux parachutages sont prévus mais un seul sera effectif.


Plusieurs endroits recevront les stocks d’armes :
Le Silo de La Ferté Vidame
La maison de Maurice Pécoul
La ferme de René Blondel à Lamblore
Le Presbytère de La Puisaye
La ferme Le Toupin à Cocherel


Maison du directeur Pécoul qui reçoit aussi des stocks d’armes en pleine ville.


Presbytère de La Puisaye, cache d’armes avec la complicité de l’abbé BRECHEMIER
Le stockage d’armes est très périlleux et dangereux et ils doivent parfois être déplacés pour déjouer les contrôles allemands et les dénonciateurs.
Ainsi le 10 aout 44 à 10 Heures du matin, deux soldats allemands se présentent à l’orée du bois de la Tuilerie à La Chapelle Fortin et où se tient le maquis. Non repérés par la sentinelle distraite, ils tombent sur des civils en armes qui sont surpris par cette intrusion. Des coups de feu éclatent et un soldat est tué par Beefsteack tandis que l’autre s’enfuit vers la Kommandantur.
Les allemands reviendront en force avec canons et mortiers pour détruire le maquis. Mais les résistants ont pris le large avec les stocks d’armes pour se cacher au Bois Poirier puis à Cocherel.
COMBATS ET REPRESSION
La stratégie adoptée est claire : combats d’embuscades de nuit sur des convois allemands et pas d’attaques frontales. Les attaques devant se dérouler en forêt et loin des habitations.
Un seul écart à cette stratégie coutera la vie à trois maquisards de la Ferté Vidame.






Georges Collet, Jean Rousseau et Marcel Bravo seront arrêtés dans la planque des Rayers et conduits au Château du Gland où le major allemand Anton Schifferer les fait torturer puis fusiller après les avoir obligés à creuser leurs tombes.
Bien qu’il soit douteux, y compris pour le Major, que ces trois maquisards soient les auteurs d’une attaque meurtrière pour le secrétaire de la Kommandantur de la Ferté Vidame, ils sont exécutés sans jugement. Le 9 aout un commando du maquis dirigé par André Chopin (Fred) avait posté son fusil mitrailleur sur la route de Brezolles au bois de Malassis à 10 heures du matin. Un véhicule allemand débouche et prend les rafales : deux morts et une femme blessée qui disparaitra.
Cette attaque s’étant déroulée à 300 mètres de la planque des Rayers et tout près de la ferme des Pleins autre lieu de la Résistance, les contrôles des SS commencent par ces lieux où ils découvriront ces trois jeunes.
Les SS fouillent les fermes et menacent les habitants. Aux Pleins, chez Mary Thibault, où logent Solange Roussel (Simone Berthier) épouse de Gustave Roussel (Jim, chef du maquis) et leurs trois enfants, les SS découvrent des uniformes anglais, des vélos cachés et du matériel de la résistance. Ils menacent d’exécuter toute la famille et un simple contre temps permet à ces victimes désignées de s’enfuir et se cacher. De rage, la ferme est brulée entièrement par des grenades incendiaires y compris les animaux. Elle sera reconstruite après la guerre.


Ferme des Pleins reconstruite avec les dommages de guerre.
Il y a eu de nombreuses attaques du maquis contre les convois allemands et on ne dénombre aucune autre perte dans leurs rangs au moment des combats.
Le 21 juin 44 sur la RD 45 entre Moussonvilliers et la Ferté Vidame : deux véhicules dont un est incendié (groupe Clarck).
Le 7 juillet, attaque de nuit sur la route de St Maurice les Charencey contre un convoi : 3 camions endommagés par les crottins, 3 allemands tués et un blessé.
Le 18 juillet 44, Joseph accompagné de Le Polotec et de Roussel se rend sur la route de Neuilly sur Eure de nuit pour faire sauter le pylône d’observation allemand qui domine à 40 m de haut la plaine de La Loupe. Les pains de plastic sont posés et le pylône s’écroule. Il sera reconstruit sur un terrain miné mais inutilisable car les américains arrivent.

le pylône de Neuilly sur Eure
Le même groupe attaque le 6 aout sur la D4 un convoi qui doit s’enfuir refusant le combat.
D’autres attaques meurtrières pour les Allemands se dérouleront jusqu’à la libération par les Américains le 15 aout 44 : 8 aout un camion-citerne sur la route de Verneuil, 10 aout un convoi sur la RN12 et une camionnette à Rohaire, 11 aout aux Guérinots à la Lande sur Eure vers Longny, 12 aout combat de 6 heures contre les SS de la brigade anti-maquis sur la route de Marchainville, 13 aout une camionnette route de Moutiers, 14 aout un camion explosé par mine route de la Madeleine Bouvet.
Le 14 aout le P38 Lightning du lieutenant Eugène Baker s’écrase dans le parc Citroën appartenant à la famille Vieljeux. Il a été touché suite à un largage de ses bombes dont une a explosé au sol et atteint l’appareil qui volait à 40 mètres d’altitude seulement.
Baker sera enterré à la Ferté Vidame et sa famille viendra des USA se recueillir ici.
LA LIBERATION
Les Américains arrivent le 14 aout près de Senonches et sont victimes de tirs de canons de 88 postés de part et d’autre du pont de chemin de fer route de Laudigerie.

Pont SNCF des canons de 88

Stèle de l’équipage tué (Laudigerie)
On relève plusieurs blessés et un tué (James Newberry) dans un Sherman.Un duel d’artillerie s’engage et plusieurs maisons sont en flammes ainsi que les Ets Vezard.
Quelques habitants se découvrent résistants et tentent de régler des comptes avec des éléments collaborateurs de la population. A la Kommandantur, les officiers sont les premiers à partir en direction de Dreux, laissant sur les bureaux les lettres de dénonciations d’habitants contre d’autres.
La ville est laissée aux mains d’un comité local de libération constitué par des volontaires qui vont gérer la population, car les forces US continuent à la poursuite des Allemands.


Libération de Senonches
La libération de la Ferté Vidame a été précédée d’un tir d’obus par les chars alliés qui tentent de neutraliser les SS cantonnés à la Richardière. Mais les tirs sont mal réglés et le père Guillain est tué au cimetière par un obus. C’est le 15 aout 44 et la population sort des maisons pour les accueillir mais ils ne s’attardent pas car un groupe de combat allemand a été installé à la Mancelière (kampfgruppeWeber). Ces allemands sont sacrifiés pour retarder avec des moyens ridicules l’avancée américaine.
Avant de partir, les Allemands tentent de rançonner les notables : notaire, pharmacien, maire et docteur sont pris en otages contre versement d’argent.
Les véhicules sont volés aux habitants, c’est la débandade.
Sur la place de l’Hotel de ville le maquis apparait en armes avec Jules Brantonne qui destitue le Maire et réorganise la ville(postes de surveillance, ravitaillement) .
En haut de la tour du silo est installé un fusil mitrailleur qui surveille les routes de Verneuil, de Brezolles et de la Lande. Des gardes armés sont postés aux 4 coins de la ville car la Werhrmacht est encore sur l’Avre à Verneuil. Et il y a des incursions allemandes car les soldats ignorent que la Ferté Vidame a été libérée.
Le 17 aout, André Marie (Charley) a 16 ans et il est en poste route de Verneuil lorsque débouche un camion allemand avec 4 SS. Il est seul et tire des rafales de sten obligeant les soldats à fuir. Il fait prisonnier le chauffeur et le ramène avec le camion en ville où il sest détenu au petit château.

Prisonniers allemands gardés par les FFI dans la cour du petit château.
La liberté retrouvée, les réglements de compte commencent avec ceux qui se sont enrichis avec la collaboration. Chez Belé, qui recevait les officiers à déjeuner régulièrement alors que la population manquait de tout, les griefs fusent. Des années plus tard on retrouvera la trace de ses acquisitions immobilières de biens juifs.
Joseph Le Noc avait reçu l’ordre du maquis de jeter une grenade à travers la vitrine de la boutique lors d’un de ces repas. Il avait renoncé en pensant aux habitants qui en auraient payé le prix fort.

Boutique Belé La Ferté Vidame
Dans la région deux stèles de fusillés


Belhomert Stèle Nion père et fils
A la Lande sur Eure, Madame Husson est institutrice et loge au premier étage de la mairie. Elle est aussi à la tête d’un petit groupe de résistants en contact avec la Ferté Vidame. Lors de la débâcle allemande, la milice qui n’a pu avoir sa tête, mitraille la façade de son logement.


Toutes photos non sourcées proviennent de collection personnelle et des dons des familles de résistants.
Pour aller plus loin :
Lire “La Résistance en Eure et Loir” d’Albert HUDE, éditions du Petit Pavé 2015.
Du même auteur et chez le même éditeur : “Le maquis de la Ferté Vidame” 2022.