La Résistance rurale de Clévilliers

 • dans les dans les dans les dans les dans les du CEDREL
 • Publié le 05/04/2026

Dans ce secteur agricole, entre Thymerais et Drouais, s’est épanoui un des deux plus gros groupes de résistance rurale d’Eure et Loir.

Initié par un belge installé en France depuis des années, ce groupe a commencé modestement en 1940 à contester la présence allemande dans la région. Mais il a fallu près d’un an pour qu’un cultivateur et un responsable industriel puissent se reconnaitre l’un, l’autre dans une idée simple : refuser la présence allemande et agir pour cela.

3 ans plus tard, au moment du débarquement allié, les résistants de ce groupe, portant le nom de “Secteur Nord” autour de Clévilliers, se comptaient 450 engagés sur un territoire de 41 communes.

La stricte organisation de ces clandestins, en 8 sous groupes commandés chacun par un officier, a attiré l’attention des Alliés qui cherchaient à développer les liaisons entre la France occupée et la Grand Bretagne. S’appuyant sur ce groupe encore embryonnaire en 1942, les Alliés ( S.O.E britannique et B.C.R.A. gaulliste) ont testé son efficacité pour la mise en place du réseau de parachutages destinés à la résistance de Paris puis des groupes d’Eure et Loir et environs. 35 à 40 opérations de parachutages s’y dérouleront entre mars 1943 et août 1944.

La réussite de cette vaste opération doit à la présence incontournable de 3 responsables que sont Ginette Jullian la radio, André Gagnon l’organisateur et Jules Divers le combattant.

André GAGNON
Ginette JULLIAN
Jules DIVERS

Autour de ces trois pivots de la résistance locale de Clévilliers, c’est toute une organisation qui s’est mise en place durant des années et dont le point de départ est fixé par Jean Moulin lui-même en 1940 à Chartres où il exerce son mandat de Préfet de l’Eure et Loir.

Jean Moulin et le Feldkommandant allemand Von Gütlingen
dans la cour de la préfecture à Chartres en juillet 1940.

Le département est occupé depuis juin 1940 et est soumis, comme tout le territoire national, à la convention d’armistice signée entre Pétain et Hitler .

En conséquence, tous les services administratifs que ce soient la gendarmerie ou les pompiers, y compris le Préfet et ses collaborateurs sont tenus d’appliquer toutes les décisions des Allemands.

Jean Moulin a fait le choix de rester en poste, malgré les brutalités qu’il a subi en juin de la part des officiers allemands, et cherche à trouver les moyens de s’opposer aux occupants ou, du moins, à ralentir leurs mesures coercitives contre la population. Mais il sait aussi que l’avenir du pays sera très sombre si les Français ne réagissent pas contre cette situation d’occupation.

C’est ainsi que le Préfet Moulin remarque que le commissaire de police Charles Porte, proche de Jean Decote, le chef de cabinet préfectoral, pourrait partager cette idée de préparer l’avenir en s’organisant avec des personnes sûres. Porte essaie effectivement de construire un noyau de futurs résistants chartrains. A ce titre et disposant de nombreux contacts il est en mesure de constituer un pôle d’attractivité pour les patriotes chartrains volontaires.

En 1942, Decote est limogé par le Préfet collaborationniste Lebaube et assigné à résidence en Seine et Oise. Lors de son départ, sur le quai de la gare de Chartres, Charles Porte lui communique son soutien de manière évidente alors que le commissaire est chargé par Lebaube de s’assurer du départ du fonctionnaire.

Il y a un témoin de la scène : il s’agit de André Gagnon, célèbre coureur cycliste chartrain et vendeur de vélos. Avec le “Vélo sport chartrain” son club, il a tissé un réseau de relations personnelles sur un grande partie du département, réseau qu’il met au service de l’embryon de résistance constitué par la SFIO dont il est membre.

A ce titre, il est intervenu plusieurs fois avec succès auprès de Jean Decote pour obtenir de l’information sur les prétentions allemandes et pour tenter de protéger des citoyens visés par la répression. C’est pour cela qu’il assiste au départ du fonctionnaire et c’est à cette occasion qu’il remarque des liens secrets entre Porte et Decote.

Gagnon saisira l’occasion peu de temps après pour solliciter, avec succès, le commissaire afin d’obtenir des papiers pour des soldats français recherchés après leur évasion des camps locaux.

Un lien est ainsi créé entre le militant socialiste et le commissaire en poste sous l’Occupation. Ce sera ce lien qu’on retrouve peu après dans la préparation du premier parachutage en Eure et Loir à Meslay le Grenet.

A Londres, Jean Moulin, qui a rejoint De Gaulle en 1941, est chargé de mettre sur pied une organisation permettant les parachutages en France occupée à l’instar du SOAM, le service installé en zone sud qui permet les communications et les livraisons de matériel anglais aux groupes de résistance.

Pour la zone Nord, étroitement surveillée par les Allemands, la partie n’est pas gagnée d’avance. L’un des premiers objectif de Jean Moulin est de fournir des postes de radio émetteurs récepteurs en nombre pour la résistance parisienne qui doit construire ce réseau de communications clandestin avec Londres.

Jean Ayral a été désigné sous le nom de code “PAL” pour conduire cette opération vitale pour la résistance.

C’est l’un des premiers à avoir rejoint Londres en 1940 et il a acquis une bonne expérience des manipulations radio lors de sa formation réalisée conjointement avec, entre autres, François Briant (Pal W) qui sera son radio.

Les deux hommes sont parachutés en France non occupée avec Daniel Cordier, futur secrétaire de Jean Moulin, le 27 juillet 1942. Ils rejoignent la région lyonnaise où ils retrouvent Jean Moulin.

Jean AYRAL

Pour atteindre l’objectif de fournir des postes de radio aux résistants parisiens, Ayral cherche à établir des contacts avec les premiers résistants dans une zone peu éloignée de Paris et pas trop surveillée par les Allemands. Il faut aussi contacter des éléments sûrs pour la mise en place d’un réseau qui sera permanent.

L’Eure et Loir parait bien répondre à ces critères, mais se pose le problème des hommes chargés de ces taches lourdes: repérer des terrains de parachutages, mobiliser des équipes pour réceptionner, stocker et distribuer sous contrôle les armes et le matériel livré.

Ayral reçoit de Jean Moulin l’idée du contact à Chartres avec Charles Porte qu’il a connu quand il était Préfet. Mais “un commissaire” en poste sous Pierre Lebaube, préfet aux ordres des Allemands, cela fait bondir Jean Ayral qui se voit sèchement recadré par Jean Moulin lui assénant : ” c’est Mon commissaire”. Il est vrai que cela peut surprendre de recommander un fonctionnaire de police exécutant les ordres du Préfet de la collaboration, ordres fixés en fait par les Allemands. Porte sera chargé d’ailleurs, de l’arrestation d’une dizaine de militants communistes dont 4 furent fusillés à Chavannes à coté de Lèves le 30 avril 1942, après la tentative d’incendie de la librairie allemande de Chartres. Lors de leur détention, certains dénonceront, par le témoignage de leurs familles, la brutalité du traitement réservé par le commissaire et son adjoint.

La préparation du parachutage

La mission confiée à Jean Ayral (PAL) nécessite une phase d’essai sur le terrain et il faut trouver pour cela une équipe sûre et peu nombreuse. Ayral décide de superviser le test du premier parachutage en étant présent sur le terrain.

Ayant sollicité André Gagnon et mettant à profit la recommandation de Jean Moulin vis à vis de Charles Porte, Ayral doit désormais recruter des bras locaux pour assurer le succès de l’opération.

C’est le groupe embryonnaire de Clévilliers, dirigé par Jules Divers, qui correspond le mieux à la demande. Commencés en 1940 à titre individuel, les actes de résistances de Jules Divers ont évolués vers la constitution d’un noyau des quelques ruraux dans cette partie de l’Eure et Loir.

Comme souvent ce sont les liens familiaux qui permettent l’élargissement du groupe initial vers une taille suffisante.

Il apparait ainsi que Paul Rougeaux, cultivateur, est le lien qui relie d’autres membres de sa famille avec Max Lebois notamment. Il apprendra après ce parachutage qu’un des deux agents reçus une autre nuit à Clévilliers (terrain Ane) n’est autre que son beau frère Dumont (René) formé à Londres, et porteur du grade de colonel du réseau Armand Spiritualist Buckmaster.

Sur “Bison” avec Rougeaux et Lebois il y a aussi Pierre Chantard, maire de Clévilliers, Alcide Manceau, maire de Meslay le Grenet et Charles Porte autour de Jean Ayral et de André Gagnon , son fils Maurice, son gendre Casalis et François Gilbert, employé agricole de Manceau.

Cette équipe a rendez vous fin février sur le terrain nommé Bison et pour lequel la phrase code (“du soldat de plomb à la flèche, ce soir nous chasserons le bison”) est passée trois fois dans la journée sur la radio anglaise BBC. Ce terrain proche de Chartres , a obtenu l’homologation du BCRA gaulliste et l’accord du S.O.E. anglais à Londres.

Mais la météo n’est pas favorable et la nuit froide passée dans le champ prévu n’a pas découragé l’équipe qui se retrouve un mois plus tard ,lors de la nouvelle lune éclairant le sol du terrain Bison.

Le 23 mars 1943 le ciel nocturne de Meslay le Grenet livre 8 containers et 2 agents (J.F. Le Gac et L.Tomé) suspendus aux parachutes éjectés par l’avion Halifax. Un parachute ne sera pas retrouvé ni son contenu ; une voisine le signalera à la Gendarmerie.

Les parachutes sont prestement enfouis dans le terrain (dont l’aspect initial est restauré par sécurité) et le contenu des lourds cylindres d’acier est stocké chez André Gagnon à Chartres. Il s’agit surtout d’une série de postes de radio émetteurs/récepteurs destiné à Paris pour créer un réseau de communication directe avec le BCRA.

Jean Moulin, revenu clandestinement en France occupée, utilisera ce réseau.

Le succès de cette première opération de parachutage en Eure et Loir sera souligné par Jean Ayral dans son rapport remis au BCRA et permettra de créer le Bureau des Opérations Aériennes (BOA) en Eure et Loir, service qui est confié à André Gagnon lequel assurera la réussite de près de 40 parachutages ultérieurs sur ce département.

Lorsque Ginette Jullian sera opérationnelle comme radio en juillet 1944 et, jusqu’à la libération de l’Eure et Loir en aout, le réseau de communications comme l’organisation des réceptions de parachutages, de stockages des armes et de leur répartition entre les groupes résistants sera très efficace et coordonné en vue des derniers combats contre les occupants allemands.

Pour aller plus loin : voir l’article sur “Meslay le Grenet” et celui sur “le secteur Nord” dans ce site.

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